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Eto’o, ce héros

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J’ai rencontré Samuel Eto’o pour la première fois dans un hôtel d’Accra, dans la cohue d’un hall surpeuplé, entre les marchands du temple et les supporters sparadraps. Il n’était alors qu’un enfant surdoué en quête de gloire, Lion indomptable dans tous les sens du terme. C’est dans la capitale ghanéenne, en Coupe d’Afrique des nations 2000, qu’Eto’o est sorti de l’ombre. Ses premières prises de balle m’ont subjugué, ses déplacements, son sens du jeu, du collectif, son intelligence et son charisme m’ont bluffé. Il fallait voir ce visage enfantin, ce petit sourire en coin qui semblait vous défier, qui semblait vous dire : « Regardez bien ce que je vais devenir… ».

Le 2 octobre 2012
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Douze ans se sont écoulés et le gamin poseur s’est mué en icône africaine. Il est devenu l’incarnation de la réussite sociale par le football, un héros continental. Son agenda demande maintenant une organisation minutieuse. Un jour au Gabon, où il a lancé un centre de formation, un autre en Côte d’Ivoire ou au Cameroun, encore un à Milan ou à Barcelone, puis à Moscou et à, et à…. Il prend un jet comme d’autres le métro, lui qui s’était retrouvé sans papier en France ou perdu gare de Lyon avec son grand ami Essola sur un quai en partance pour ses rêves. Il n’a jamais regretté ces moments qui ont musclé sa personnalité, façonné sa force de caractère et dicté son parcours.

Son ego surdimensionné, cette volonté de réussir l’ont poussé à ne jamais s’endormir sur son talent, à ne jamais considérer ses victoires comme des aboutissements mais plutôt comme des points de départ vers d’autres conquêtes. Je revois encore Bernard Lacombe insister auprès de Jean-Michel Aulas à l’été 2003 lors de la Coupe des Confédérations pour récupérer le phénomène, me convoquer pour ajouter ma voix à la sienne devant le président. Eto’o a bien failli venir à Lyon, ça s’est joué à pas grand chose mais il n’était pas question pour le Camerounais de s’asseoir sur des détails financiers…

Les anciens me disaient qu’il n’écoutait pas assez les conseils mais il traçait sa route, conscient qu’un destin en 3D se profilait. Sans jamais oublier ses racines. Ses amis de galère, Sonor, Serge et les autres, sont restés à ses côtés, c’était leur promesse de départ comme on grave dans l’écorce du chêne centenaire ses amours de jeunesse. L’an passé, je suis allé le voir à Moscou. Quand tant de cassandres annonçaient la fin d’une belle histoire, lui répondait : « Je ne vais pas m’enterrer… » Il ne s’était pas trompé. Le voilà leader du championnat russe avec l’Anzhi et en Ligue Europa. Les critiques lui servent de moteur, elles ne le laissent jamais insensibles, encore aujourd’hui à 31 ans. En juin dernier à Yaoundé, lors du jubilé de Patrick Mboma, il m’a glissé sur un ton de reproche : « Tu vois, tous ceux qui avaient dit que je venais pour l’argent… » Ces combats le font avancer à sa manière. Prouver, toujours prouver. Se battre, toujours se battre quitte à irriter, à énerver. On ne peut pas comprendre les réactions d’Eto’o si on ne connaît pas son passé et son présent. Il s’est souvent considéré dévalorisé car Africain. « Si je m’appelais Etoodinho… » m’avait-il dit dans une interview en expliquant son manque de reconnaissance par ses origines. Pas faux. Devenir le footballeur le mieux payé du monde avait donc un sens profond sur son échelle des valeurs. C’était comme un aboutissement pour ce môme qui courait derrière Roger Milla pour obtenir l’autographe de son idole, pour ce môme qui se cotisait avec les copains du quartier pour manger les beignets à un coin de rue…

La semaine passée, le premier ministre du Cameroun l’a reçu officiellement pour lui demander de revenir en sélection nationale. Il se murmure que Paul Biya, le président, a fait passer un message : Eto’o devait aider son pays à se qualifier pour la CAN 2013. La star a accepté et il est de nouveau en position de force. Magnifique destin. Une qualification contre le Cap Vert rehausserait encore son aura. Je suis heureux de son retour. Il est, à mes yeux, le plus grand joueur de l’histoire du continent. Une dernière anecdote : un jour, il m’avait expliqué qu’au Real, à ses débuts, son but était de s’asseoir sur le banc de touche juste à côté de Nicolas Anelka. Il voulait simplement passer à la télé, être reconnu. Eto’o n’en a vraiment plus besoin…

HERVE PENOT (twitter : hpenot_lequipe)


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