Élu à la tête de la Fédération camerounaise de football en décembre 2021, réélu quatre ans plus tard, Samuel Eto’o a vu son mandat scandé par une série de procédures disciplinaires, judiciaires et financières. Certaines ont été tranchées, d’autres annulées, plusieurs restent ouvertes. Cet article de référence les recense dans l’ordre, en distinguant à chaque étape ce qui a été établi. Elle est mise à jour au fil des développements.
11 décembre 2021. Samuel Eto’o est élu président de la Fecafoot face au sortant Seidou Mbombo Njoya, au terme d’une campagne tendue. Ancien capitaine des Lions Indomptables, il arrive avec un capital de sympathie considérable et une promesse de rupture avec la gestion précédente.
20 juin 2022, Barcelone. Eto’o est condamné à 22 mois de prison avec sursis et à une amende pour fraude fiscale. Cela est liée à l’exploitation de ses droits à l’image durant sa carrière en Espagne, après avoir plaidé coupable. La peine, assortie du sursis, n’entraîne pas d’incarcération. Selon les règles en vigueur à la Fécafoot, le Comité Exécutif aurait dû constater la violation d’un article des Règlements Généraux. Et constater la vacance du pouvoir. Cependant, réuni autour de la première vice-présidente, ils ont refusé de bouger, violant leurs propres règlementations. Cela n’a donc eu aucun effet sur son mandat à la Fecafoot.
Décembre 2022, Coupe du monde au Qatar. En marge du Mondial, Eto’o présente ses excuses après une altercation physique avec un influenceur algérien qui l’avait interpellé sur un match controversé du Cameroun. Il avait eu le temps de ruer de coups ce supporter de l’Algérie. La FIFA l’a protégé une fois de plus
11 juin 2023, San Diego. Le Cameroun et le Mexique se quittent sur un match nul (2-2) en amical, au Snapdragon Stadium. Le cachet de ce match, évalué à 600 000 dollars, a été versé dans le compte personnel de Samuel Eto’o. fera l’objet deux ans plus tard d’une saisine du FBI par un cabinet d’avocats de Los Angeles agissant pour des opposants d’Eto’o.
Août 2023, les enregistrements. Camfoot obtient des extraits audio entre Samuel Eto’o et l’homme d’affaires Valentine Nkwain. On y entend, selon des propos relatifs à la montée de Victoria United (Opopo) en Elite One. Camfoot publie une série d’enquêtes documentant la concentration des désignations d’arbitres sur les matchs du club et une série de décisions litigieuses.
29 septembre 2023, Yaoundé et Moscou. L’accord n° 29-09-2023/1 en vue d’un match amical est signé par Blaise Djounang, secrétaire général de la Fecafoot, et Maxim Mitrofanov, secrétaire général de l’Union russe de football. Sa clause 5.1.1 fixe à 567 570 euros le montant revenant à la Fecafoot, auxquels s’ajoutent 113 514 euros de TVA russe versés par Moscou à son administration fiscale. Le compte de destination désigné est au nom de Samuel Eto’o Fils, à la Qatar National Bank de Doha. La clause 5.10 impose à la Fecafoot de fournir une déclaration attestant qu’elle est le bénéficiaire ultime de ces revenus.
2 octobre 2023, Yaoundé. La Fecafoot facture 455 056 euros, l’avance de 80 %, payables avant le 6 octobre. Signature : Benoît Angbwa, bureau de la coordination générale.
12 octobre 2023, Moscou. Le Cameroun s’incline 1-0 face à la Russie en amical. Le cachet de ce match, 567 570 euros selon les factures, aurait été réclamé sur un compte personnel d’Eto’o domicilié à la Qatar National Bank de Doha.
27 octobre 2023, Yaoundé. Seconde facture de la Fecafoot, 112 514 euros, présentés comme « le paiement final du total des indemnités de participation ». Mêmes coordonnées bancaires, même signataire.
14 novembre 2023, Moscou. L’Union russe de football émet l’ordre de virement n° 42485 d’un montant de 111 075,71 euros au bénéfice de Samuel Eto’o Fils, à la Qatar National Bank. OTP Bank accepte l’opération le jour même, signatures électroniques vérifiées. Le motif renvoie à l’accord n° 29-09-2023/1.
2023, le démenti des voices. Interrogé par La Gazzetta dello Sport sur les enregistrements, Eto’o dément toute irrégularité : il dit s’être adressé « à un ami, quelqu’un qui investit dans le football » et l’avoir rassuré en promettant de faire « tout son possible pour éviter les erreurs d’arbitrage » à son encontre.
2024, plainte à la FIFA. Henry Njalla Quan Junior, ancien vice-président de la Fecafoot, saisit le comité d’éthique de la FIFA. Sa plainte vise des faits présumés de trucage de matchs et d’abus de pouvoir. Il déclarera par la suite avoir fait l’objet de menaces.
Juillet 2024, la CAF sanctionne. La commission de discipline de la Confédération africaine de football inflige à Eto’o une amende de 200 000 dollars pour avoir signé un contrat d’ambassadeur rémunéré avec l’opérateur de paris russe 1XBET, également sponsor des deux ligues de football pro du Cameroun et des sélections nationales masculine et féminine. La décision retient une violation grave « des principes d’éthique, d’intégrité et d’esprit sportif ». Sur le volet manipulation de matchs, la même instance juge les preuves « insuffisantes ».
1er octobre 2024, suspension FIFA. La FIFA rend publique une suspension de six mois interdisant à Eto’o l’accès aux matchs des sélections nationales, pour son comportement envers des officiels lors de la Coupe du monde féminine U20 disputée en Colombie.
Février 2025, l’amende annulée. L’amende de 200 000 dollars est annulée en appel. Les avocats d’Eto’o obtiennent gain de cause sur un point de compétence : seule la commission d’éthique indépendante de la CAF pouvait connaître d’un dossier de ce type, et non sa commission de discipline. L’annulation est procédurale et ne se prononce pas sur le fond du dossier 1XBET.
19 et 20 juin 2025, Camfoot publie les pièces. Camfoot met en ligne la facture du 2 octobre 2023 puis le contrat liant les deux fédérations. Sa clause 5 fixe à 567 570 euros le montant revenant à la Fecafoot, payable à 80 % d’avance et 20 % après le match — sur un compte dont le titulaire désigné est Samuel Eto’o Fils, à la Qatar National Bank. Le contrat est signé par les secrétaires généraux des deux fédérations.
30 juin 2025, la réponse de la Fecafoot. Le Comité d’urgence de la fédération évoque « des documents frauduleusement obtenus ou partagés par des anciens employés » et affirme que « toutes les décisions ont toujours été débattues lors des sessions du Comité d’urgence ». La fédération conteste le mode d’obtention des pièces, non leur authenticité.
Août 2025, le FBI saisi. Le site Sportingintelligence rapporte qu’un cabinet d’avocats de Los Angeles a demandé au FBI d’enquêter sur la disparition du cachet de 600 000 dollars de l’amical Mexique-Cameroun de San Diego. Aucune information publique n’indique à ce jour qu’une enquête ait été ouverte à la suite de cette demande.
Vers 2025, seconde plainte à la FIFA. Guibaï Gatama, ancien membre du comité exécutif de la Fecafoot, saisit à son tour le comité d’éthique de la FIFA sur les circuits financiers de la fédération. Il déclarera un an plus tard n’avoir reçu aucune nouvelle.
29 novembre 2025, la réélection. Samuel Eto’o est réélu président de la Fecafoot pour un second mandat de quatre ans. Contrairement aux usages, il a avancé la date du scrutin et pris tout le monde de court. Le Président de la FIFA, Gianni Infantino, s’est empressé de le féliciter publiquement.
16 mai 2026, Limbé. Six joueurs de Victoria United sont exclus de l’effectif après un match soupçonné d’avoir été arrangé. Le club, dont la montée en Elite One est au cœur des enregistrements de 2023, se retrouve à nouveau au centre d’une affaire de manipulation.
18 mai 2026, enquête Camfoot. Une enquête de Camfoot documente des paris suspects autour de la rencontre Victoria United – Aigle Royal, relançant la question de l’intégrité des compétitions professionnelles camerounaises.
28-31 juillet 2026, l’épisode FIFA Forward Enterprise. La FIFA annonce la création de FIFA Forward Enterprise, structure commerciale valorisée 20 milliards de dollars destinée à ouvrir le capital de ses compétitions à des investisseurs privés, avec le fonds Thrive Capital de Joshua Kushner pressenti pour une part minoritaire. Le 30 juillet, les 55 associations de l’UEFA votent à l’unanimité contre. Le projet, hyper contesté, est retiré le 31 juillet, trois jours après son annonce.
Août 2026, l’UEFA passe à l’offensive. L’UEFA prépare une plainte pénale en Suisse contre Gianni Infantino et engage devant la justice américaine une procédure visant à obtenir des documents de la FIFA. Dans ses écritures en défense, la FIFA cite le soutien public de Samuel Eto’o au projet FFE.
Début septembre 2026, la campagne pour la Présidence de la FIFA s’ouvre. Eto’o appelle publiquement les fédérations africaines à soutenir Infantino. Le 6 septembre, ce dernier annonce sa candidature à sa réélection à la présidence de la FIFA en 2027. Deux plaintes déposées par d’anciens dirigeants de la Fecafoot devant le comité d’éthique de la FIFA restent sans réponse à ce jour.
Trois procédures ont abouti à une décision : la condamnation fiscale espagnole de 2022, qu’Eto’o a reconnue ; l’amende CAF de 2024, annulée pour un motif de compétence en 2025 ; la suspension FIFA de 2024, purgée. Sur le volet manipulation de matchs, la seule instance à s’être prononcée a conclu à l’insuffisance des preuves.
Les autres dossiers — le cachet de San Diego, le cachet de Moscou, les deux plaintes déposées devant le comité d’éthique de la FIFA — restent ouverts ou sans réponse publique. Aucun n’a donné lieu à une décision. Samuel Eto’o bénéficie, pour chacun d’eux, de la présomption d’innocence.
D’un dossier à l’autre, une même interrogation revient, formulée par les plaignants comme par les observateurs : la capacité des instances du football — fédérale, continentale, mondiale — à instruire dans un délai lisible des dossiers visant leurs propres dirigeants. C’est cette question, plus que chacun des dossiers pris isolément, qui donne à cette chronologie sa cohérence. On se pose aussi la question de savoir pourquoi, malgré des preuves, certains semblent protéger. Camfoot continue la veille.
Page mise à jour au fil des développements. Dernière mise à jour : 11 septembre 2026.