Deux anciens dirigeants de la Fecafoot ont saisi le comité d’éthique de la FIFA au sujet de Samuel Eto’o. L’un en 2024, sur des faits présumés de trucage de matchs et d’abus de pouvoir. L’autre il y a plus d’un an, sur les circuits financiers de la fédération. Ni l’un ni l’autre n’a reçu la moindre nouvelle. Pendant ce temps, le président de la Fecafoot est cité par la FIFA elle-même, dans ses écritures judiciaires aux États-Unis, comme soutien du projet avorté d’ouverture du capital de la Coupe du monde.
La question n’est pas nouvelle : dès le 29 septembre 2023 — le jour même où se signait le contrat du match russe — Camfoot titrait « Voici pourquoi Infantino et Motsepe protègent Samuel Eto’o ? ». Trois ans plus tard, elle reste sans réponse.
Le silence, en matière d’éthique sportive, n’est pas une réponse neutre. Il est le terrain sur lequel poussent toutes les interprétations. C’est très exactement ce qui se joue aujourd’hui autour de Samuel Eto’o qui va au front pour ses amis.
Deux plaintes, deux plaignants
La première a été déposée en 2024 par Henry Njalla Quan Junior, ancien vice-président de la Fecafoot. Elle vise des faits présumés de trucage de matchs et d’abus de pouvoir. Njalla Quan déclare avoir fait l’objet de menaces depuis.
La seconde émane de Guibaï Gatama, ancien membre du comité exécutif de la fédération. Elle porte sur les circuits financiers, et notamment sur le cachet du match amical Russie-Cameroun d’octobre 2023, dont le contrat désignait comme compte de réception un compte personnel ouvert au nom de Samuel Eto’o à Doha. Elle a été déposée il y a plus d’un an.
Les deux hommes affirment n’avoir reçu aucune communication du comité d’éthique depuis leurs saisines.
Ce que prévoit le règlement
L’institution se dédouane de n’avoir commis aucune irrégularité. Cela conditionne toute la lecture : la FIFA n’a aucune obligation d’informer un plaignant. Son règlement ne prévoit pas de tenir les auteurs de signalements au courant de l’avancement d’une procédure, et la publication des décisions y est décidée « au cas par cas ». C’est déjà une ouverture béate sur des cas d’abus. La FIFA décide donc quand elle veut de se saisir de certains dossiers si elle veut.
Pour l’institution, un silence n’est donc pas, en soi, l’indice d’une plainte enterrée. Il peut recouvrir une instruction en cours, un classement, ou une plainte jamais ouverte. C’est précisément le problème : vu de l’extérieur, ces trois situations sont rigoureusement indiscernables.
La réponse de la FIFA
Interrogée sur ce dossier, la FIFA s’en tient à sa ligne constante, celle de l’étanchéité entre la présidence et les organes juridictionnels.
« Le président de la FIFA n’a aucune influence sur les organes judiciaires de la FIFA, qui sont indépendants, déclare un porte-parole. La FIFA accueille favorablement tout examen légitime. Mais cet examen n’autorise pas à amplifier des allégations non étayées concernant le président de la FIFA. »
En clair, toute décision lui appartient. C’est donc pour cette raison que les saisines contre les amis du Président Infantino n’ont aucune chance d’aboutir. L’on ne peut rien vérifier de l’extérieur.
La lecture des plaignants
Les deux anciens dirigeants, eux, font une lecture politique de ce silence.
« Les acteurs du football camerounais interprètent le silence de la FIFA comme un soutien politique et institutionnel à Samuel Eto’o », affirme Guibaï Gatama, qui estime cette perception renforcée par la proximité affichée avec Gianni Infantino.
Njalla Quan formule les choses plus prudemment.
« Monsieur Eto’o a publiquement exprimé un soutien appuyé à Monsieur Infantino. C’est évidemment son droit. Mais lorsqu’un alignement politique et institutionnel aussi fort coexiste avec des controverses non résolues, des questions légitimes sur la nature de cette relation finissent par se poser. »
Njalla Quan
Tous deux sont d’anciens dirigeants écartés, en conflit ouvert avec la direction actuelle de la fédération. Ils ont donc, comme la majorité des contradicteurs de Samuel Eto’o, exclus du football pour une période de 5 à 10 ans.
Le calendrier de l’été 2026
Ce qui rend la séquence lisible, c’est son enchaînement.
Le 28 juillet 2026, la FIFA annonce la création de FIFA Forward Enterprise, une structure commerciale valorisée 20 milliards de dollars, destinée à ouvrir le capital de ses compétitions à des investisseurs privés — le fonds Thrive Capital de Joshua Kushner étant pressenti pour une participation minoritaire.
Le 30 juillet, les 55 associations membres de l’UEFA votent à l’unanimité contre le projet, qui franchit selon elles « une ligne que les institutions du football ne devraient jamais franchir ». Le 31 juillet, il est retiré. Trois jours auront suffi.
En août, l’UEFA prépare une plainte pénale en Suisse contre Gianni Infantino et engage devant la justice américaine une procédure visant à obtenir des documents de la FIFA. Dans ses écritures en défense, la FIFA cite le soutien public de Samuel Eto’o au projet : l’ancien attaquant y est présenté comme estimant que l’opération aurait été « très bonne pour les nations africaines » et aurait permis de « rééquilibrer le rapport de force dans le football ».
Début septembre, Eto’o appelle publiquement les fédérations africaines à soutenir Infantino, estimant que le football africain a bénéficié de sa direction. Camfoot avait déjà relevé ce soutien appuyé au président de la FIFA fragilisé fin août, puis les questions qu’il soulève. Le 6 septembre, Infantino annonce sa candidature à sa réélection à la présidence de la FIFA en 2027.
Ce que cette chronologie dit
Comme cela se dit, Samuel Eto’o a t-il senti l’occasion d’améliorer son sort auprès de Gianni Infantino? On sait que le poste de Président de la CAF devrait bientôt être vacant. Et si Infantino se rangeait derrière lui, ce serait un soutien de poids.
Ce qu’elle établit, en revanche, c’est que le dirigeant visé par ces plaintes est simultanément un soutien déclaré du président sortant, cité comme tel dans les écritures judiciaires de l’institution même qui doit instruire les plaintes le concernant.
Cette configuration crée une apparence de conflits d’intérêt. Et les codes d’éthique du football sont précisément écrits pour éviter les apparences de ce genre.











