Le feuilleton judiciaire autour du stade d’Olembé vient de connaître un tournant décisif. La condamnation de l’État camerounais par le Cirdi a été actée. Au-delà de l’aspect financier, cette affaire interroge sur l’héritage des infrastructures sportives et l’image du football camerounais sur la scène internationale.
Le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi) a rendu sa sentence. Cette instance arbitrale basée à Washington condamné l’État du Cameroun à verser environ 50 milliards de FCFA au groupe italien Piccini. Cette décision intervient près de sept années après l’éviction de l’entreprise du chantier du complexe sportif d’Olembé en 2019.
Le tribunal arbitral a retenu deux manquements majeurs à l’encontre de Yaoundé. Une expropriation jugée illégale et un défaut de « traitement juste et équitable » envers son partenaire contractuel. Des principes fondamentaux du droit international des investissements que le Cameroun n’aurait pas respectés dans la gestion de ce dossier.
Décomposition d’une facture salée
Contrairement aux rumeurs qui ont circulé dans les médias locaux, évoquant des montants oscillant entre 250 et 300 milliards de FCFA, la réalité chiffrée est bien différente. Ces sommes correspondent en fait aux prétentions initiales formulées par Piccini dans sa requête. Le Cirdi a revu ces exigences fortement à la baisse.
La condamnation se structure autour de deux postes principaux. D’abord, une indemnisation de 17 milliards de FCFA pour le préjudice matériel, incluant notamment les équipements abandonnés sur le site du stade. Ensuite, 35 milliards de FCFA couvrant les frais de procédure accumulés durant ces longues années de contentieux. Une addition finale qui dépasse légèrement les 50 milliards, frais compris.
Pourquoi le Cameroun ne peut pas vraiment faire appel
Face à ce verdict, les autorités camerounaises ont annoncé leur intention de contester la décision. Yaoundé préparerait un recours en annulation devant le Cirdi et envisagerait même de saisir d’autres instances. Mais le cadre juridique de l’arbitrage international limite considérablement les marges de manœuvre.
La Convention de Washington de 1965, qui régit le fonctionnement du Cirdi, pose un principe clair : les sentences rendues sont définitives et obligatoires. Il n’existe pas de cour d’appel permettant de rejuger l’affaire sur le fond. Les mécanismes post-sentence se limitent à des procédures strictement encadrées : rectification d’erreurs matérielles, interprétation en cas de désaccord sur le sens de la décision, ou révision si un fait nouveau et décisif est découvert.
Reste la procédure d’annulation prévue à l’article 52 de la Convention. Mais celle-ci ne constitue en rien un nouvel examen du dossier. Elle ne peut être invoquée que pour des vices de procédure graves, et non pour contester l’appréciation des arbitres sur le fond. Un chemin étroit qui rend l’issue de la contre-attaque camerounaise incertaine.
Un stade, des Lions et une question d’héritage
Pour les passionnés de football camerounais, cette affaire dépasse le simple cadre juridique et financier. Le stade d’Olembé, inauguré en grande pompe pour la Coupe d’Afrique des Nations 2021, devait incarner la vitrine du football camerounais et le temple des Lions Indomptables. Il a effectivement accueilli des rencontres de la compétition continentale et continue de servir d’écrin pour les matches de l’équipe nationale.
Mais l’ombre de ce contentieux plane désormais sur l’édifice. Les équipements laissés sur place par Piccini, dont la valeur est au cœur de l’indemnisation, rappellent que la construction de ce joyau sportif s’est achevée dans la douleur et les conflits. Pour les supporters, la question de la pérennité et de la gestion de ces infrastructures reste entière.
Ce que cela dit de la gestion du sport au Cameroun
Au-delà du cas d’Olembé, cette condamnation met en lumière les défis structurels auxquels fait face le sport camerounais. La gestion des grands projets d’infrastructures, les relations avec les partenaires internationaux, la transparence des procédures : autant de domaines où les leçons de cette affaire pourraient servir à l’avenir.
Pour les Lions Indomptables, qui s’appuient sur des infrastructures de qualité pour préparer leurs échéances internationales, la stabilité de ces équipements est cruciale. Le stade d’Olembé reste un outil précieux pour le développement du football national. Mais son histoire mouvementée rappelle que derrière chaque pelouse, il y a des choix politiques, économiques et juridiques dont les conséquences se mesurent parfois en milliards.












