Le Cap-Vert vit un moment fondateur : pour la première fois de son histoire, l’archipel participe à une Coupe du monde. Portés par une génération talentueuse, un esprit collectif rare et une philosophie résumée par le mot morabeza — l’art de rester serein — les Blue Sharks abordent le Mondial 2026 avec l’envie de surprendre. Dans un Groupe H relevé avec l’Espagne, l’Uruguay et l’Arabie saoudite, ils veulent prouver que leur ascension fulgurante n’est pas un accident.
Une équipe façonnée par la diversité et la cohésion
Le Cap-Vert n’a disputé son premier match de qualification qu’en 2000. Vingt-six ans plus tard, le pays se retrouve au Mondial. Une progression fulgurante, portée par un groupe unique : 26 joueurs, 25 clubs, 14 pays représentés… et plus de natifs de Rotterdam que de Praia.
Pour une nation bâtie sur la diaspora, cette diversité n’est pas un défi : c’est une force. Bubista, le sélectionneur, l’a résumé après la qualification : « L’unité naît du respect des différences. »
Le groupe vit ensemble depuis près de cinq ans. Physiques, disciplinés, mais aussi très techniques, les Blue Sharks assument un football inspiré des îles : jeu au sol, créativité, transitions rapides. Ryan Mendes, Willy Semedo ou Jovane Cabral incarnent cette identité offensive.
La seule interrogation concerne Logan Costa, défenseur de Villarreal, encore en convalescence après une rupture des ligaments croisés.
Bubista, l’homme qui a donné une âme à la sélection
Bubista vient d’un milieu modeste : père liftier et berger, mère élevant dix enfants. La famille a tout misé sur l’éducation, mais le football a fini par l’emporter.
Ancien capitaine de la sélection, passé par le Portugal, l’Espagne et l’Angola, il a été surnommé « le capitaine silencieux ». Aujourd’hui encore, il parle peu, mais ses principes sont clairs : rigueur, identité, unité.
Il impose le créole comme langue obligatoire en sélection : « C’est la langue officielle de l’équipe nationale. Elle nous rassemble. »
En six ans, il a construit un groupe soudé, discipliné et fier de représenter l’archipel.
Ryan Mendes, le capitaine éternel
Ryan Mendes est l’âme de cette équipe. Repéré très tôt au Havre, il avait été considéré comme la pépite de l’académie avant même Riyad Mahrez. Une blessure a freiné sa carrière en club, mais en sélection, il reste une légende.
Capitaine, meilleur buteur, leader technique, il pourrait devenir le premier joueur cap-verdien à atteindre les 100 sélections. À 36 ans, il n’a plus la même explosivité, mais son influence demeure immense.
Dailon Livramento, la révélation qui a changé le destin du Cap-Vert
Dailon Livramento n’a rejoint la sélection qu’il y a deux ans, mais il est déjà entré dans l’histoire. Quatre buts en qualifications, dont un bijou en Angola, le but décisif contre le Cameroun et l’ouverture du score contre l’Eswatini.
Il était la pièce manquante : un vrai numéro 9 pour compléter les ailiers talentueux. Né à Rotterdam, fils de la chanteuse cap-verdienne Marizia, il est aussi musicien. Son frère, membre du groupe Broederliefde, a même chanté lors de la fête populaire organisée à Praia après la qualification.
Kevin Pina, le moteur discret
Kevin Pina est l’un des joueurs les plus sous-estimés du groupe. Installé en Russie, il a mené Krasnodar à un premier titre national en 2025. Milieu infatigable, propre techniquement, il forme avec Deroy Duarte un duo essentiel pour équilibrer l’équipe.
Il marque peu, mais ses rares buts sont souvent spectaculaires.
Une diaspora immense prête à enflammer les tribunes
On aurait pu croire que les contraintes d’entrée aux États-Unis freineraient les supporters. Mais la diaspora cap-verdienne est immense : plus de 500 000 personnes vivent aux États-Unis, autant que sur les îles.
Les Blue Sharks seront donc soutenus en masse : maillots bleus, drapeaux, chapeaux en forme de requin, musique, danse, morna… La culture cap-verdienne voyagera avec l’équipe.
La chanson Nha Terra de Soraia Ramos est déjà devenue un hymne officieux du tournoi.










