Il ne manque que six mois avant l’élection à la présidence de la FIFA, prévue le 18 mars 2027 à Rabat. Samuel Eto’o s’est fait le porte-voix de Gianni Infantino. Il affirme se battre pour l’Afrique. Cependant la bataille pour les 54 voix de la CAF réveille une autre histoire. Celle des élections de 2017 quand une coalition dont Eto’o était proche a fait tomber Issa Hayatou. Neuf ans plus tard, une autre coalition, proches de la FIFA, essaie d’élargir ses pouvoirs.
Dans une série d’entretien, le président de la Fecafoot a défendu sans détour le patron de la FIFA.
« Aujourd’hui, le président Infantino donne la possibilité aux Africains de rêver de développer le football », a-t-il déclaré. Il ajoute : « Avec un budget de 20 ou 40 millions, nous aurions eu des Mbappé, des Tchouaméni. »
Ce raisonnement révèle l’homme dans sa transcendance la plus basique. En certains lieux, l’on affirme qu’il ne croit qu’au pouvoir de l’argent. Cela peut s’apparenter au proverbe populaire “argent en main, caleçon en bas”.
Le Président de la Fécafoot ne se soucie même plus de se dédire d’un contexte à un autre. On se souvient qu’il était préalablement contre le fait d’allonger à quatre ans la tenue des Coupe d’Afrique des Nations. En février 2020, sur RFI, Eto’o s’opposait à la proposition d’Infantino : « Comment va-t-on financer notre football ? »
Leur rapprochement lui a fait changer d’avis. Il aurait appuyé cette recommandation et aussi la décision finale du Comité Exécutif de la CAF.
Le bloc CAF, pièce maîtresse de l’élection de la FFA, une unanimité contestée
Son argumentaire est d’abord financier. En ce qui le concerne, les fédérations africaines, dont certaines fonctionnent avec des budgets très modestes, ne peuvent pas regarder le football mondial avec les yeux de l’Europe. Il cite en exemple le programme FIFA Forward, qui a contribué au financement du nouveau siège de la Fecafoot. Un exemple qui fait débat à Yaoundé. Ce chantier, d’abord autofinancé, n’avait plus besoin que de finition à sans arrivée en poste. Puis par la suite, la Fécafoot s’est endetté auprès de UBA à raison d’à peu près 2,5 milliards FCFA pour terminer les travaux. Et Samuel Eto’o nous apprend qu’il a aussi bénéficié d’un soutien de Infantino et son projet FIFA Forward ?
Dans un scrutin où chaque fédération pèse une voix, l’Afrique représente plus d’un quart du corps électoral. Avec la Conmebol (Amérique du Sud), la CAF constitue aujourd’hui le principal socle d’Infantino.
Le 6 août 2026, à l’issue de son comité exécutif, la CAF a annoncé son soutien « unanime » au président de la FIFA. Son communiqué indique avoir pris acte des explications et des excuses de la FIFA sur les « dysfonctionnements » du projet FIFA Forward Enterprise contesté.
Cette unanimité est contestée. Selon Sport News Africa, dans une enquête du journaliste Romain Molina, seuls quatre membres auraient exprimé ouvertement leur soutien durant la réunion : le président de la CAF Patrice Motsepe, le Marocain Fouzi Lekjaa, le Mauritanien Ahmed Yahya et le Djiboutien Souleiman Waberi. La majorité des autres membres serait restée silencieuse. Le même média précise que ce silence ne vaut pas opposition. La CAF n’a pas démenti publiquement ces informations.
Membre du comité exécutif de la CAF depuis mars 2025, Samuel Eto’o a choisi de s’afficher parmi les défenseurs les plus visibles d’Infantino.
2017 : la chute de Hayatou, et ceux qui l’ont provoquée
Le 16 mars 2017 à Addis-Abeba, Issa Hayatou, président de la CAF depuis 1988, est battu par le Malgache Ahmad Ahmad, par 34 voix contre 20. C’est la fin d’une ère de presque 30 ans. Camfoot décrivait alors les relations entre Hayatou et Gianni Infantino, élu un an plus tôt à la tête de la FIFA, comme « tendues ».
Samuel Eto’o avait apporté son soutien à la candidature d’Ahmad Ahmad à la présidence de la CAF. Le nouveau président le remerciera en le faisant ensuite son conseiller spécial. L’ancien capitaine des Lions a œuvré à rallier des soutiens contre son compatriote Issa Hayatou en faveur de l’Italo-Suisse. Certainement là aussi pour le bien de l’Afrique !
Mais la plus grosse traitrise fut sans aucun doute le partenaire de longue date de Issa Hayatou, Constant Omari. Celui qui était alors président de la fédération congolaise et membre du Conseil de la FIFA, va intègrer l’équipe dirigeante d’Ahmad. Puis il est désigné deuxième vice-président de la CAF en mai 2017, avant de devenir premier vice-président.
Les trajectoires ont depuis divergé. En novembre 2020, Ahmad Ahmad a été suspendu par la commission d’éthique de la FIFA. Et Constant Omari a été suspendu un an par la FIFA en 2021, dans le cadre d’une procédure menée par la commission d’éthique indépendante. En août 2026, lors d’un Space, il a accusé Gianni Infantino d’avoir manœuvré pour obtenir sa mise à l’écart.
Omari, défenseur posthume de Hayatou, qui contredit son « ami » Samuel Eto’o
En juillet 2026, dans une vidéo, le même Constant Omari rend hommage à Issa Hayatou, décédé en août 2024. Il lui attribue le mérite de l’augmentation du nombre de places africaines en Coupe du monde :
« Ce n’est pas une libéralité de qui que ce soit », affirme-t-il, mais « une bataille menée par les Africains eux-mêmes ».
Cela contredit directement l’argument d’Infantino bienfaiteur de l’Afrique, et que la chronologie officielle nuance : l’élargissement à 48 équipes et la répartition des places ont été adoptés par le Conseil de la FIFA en 2017, sous la présidence d’Infantino.
Parmi les figures associées à l’équipe d’Ahmad Ahmad après 2017, Samuel Eto’o est aujourd’hui le plus visible dans le camp Infantino. Ahmad Ahmad a quitté le premier plan. Constant Omari s’est retourné contre le président de la FIFA et revendique désormais l’héritage de Hayatou.











