Le Times a repris une bonne partie de l’enquête que Camfoot avait mené sur un possible détournement de fonds russes en faveur de Samuel Eto’o. Vingt-quatre heures après son enquête sur le cachet du match Russie-Cameroun d’octobre 2023, Samuel Eto’o a répondu. Pas sur les documents, ni sur le devenir des 567 570 euros : sur les intentions de ceux qui les publient. Le président de la Fecafoot décrit une attaque concertée, déclenchée selon lui par ses prises de position en faveur du football africain et par son soutien affiché à Gianni Infantino. Pendant ce temps, deux plaintes déposées devant le comité d’éthique de la FIFA restent sans réponse connue. Et celles déposées auprès du Comité d’Éthique de la Fécafoot depuis 2022 sont toujours sans réponse.
La riposte est venue de sa page Facebook, dans la nuit du 10 au 11 septembre 2026. Le « semi-illettré le plus intelligent du monde » trouve que la simultanéité des attaques en révèle la coordination.
« Comme par hasard, ils sont tous de sortie », écrit en substance le président de la Fecafoot, qui relève les mêmes accusations et les mêmes éléments de langage repris presque au même moment par des journalistes qu’il dit acquis à ses adversaires. Il sait de quoi il parle puisqu’une bonne partie du budget de la Fécafoot sert à nourrir une horde de « déstabilisateurs sociaux ». Il y voit la réponse à sa décision de parler au nom « des intérêts africains « : il a suffi, dit-il, qu’il prenne la parole pour les défendre pour que tous se manifestent.
Et en manipulateur assumé, cela devient du « eux contre moi ». Ceux qui passent leur temps, écrit-il, à donner des leçons de démocratie acceptent beaucoup moins bien qu’un Africain s’exprime librement, défende ses convictions et refuse de se taire. « Nous avons le droit de défendre nos intérêts. »
Ce que dit l’enquête à laquelle il répond
Eto’o parle de cabale, et affirme que l’objectif poursuivi est de le détruire.
Le 10 septembre 2026, le quotidien britannique a publié un article intitulé « Infantino ally Samuel Eto’o accused of mishandling €500k Russia payment ». Cela parle bien des fonds russes qui ont atterri dans le compte de Samuel Eto’o. Celui-ci dénonce une « offensive coordonnée ». Le journal indique avoir consulté des factures et un contrat établissant que deux paiements — 455 056 euros puis 112 514 euros, soit 567 570 euros — devaient être versés sur un compte ouvert au nom de Samuel Eto’o à la Qatar National Bank de Doha. Il s’agit du cachet du match amical disputé par les Lions indomptables à Moscou le 12 octobre 2023.
Le point soulevé par les plaignants n’est pas l’existence de ces versements, mais leur suite.
« À ma connaissance, il n’existe aucun élément comptable ou bancaire démontrant que les fonds transférés sur le compte personnel de Samuel Eto’o au Qatar ont ensuite été transférés vers un compte officiel de la Fecafoot ou enregistrés dans sa comptabilité », déclare au Times Guibaï Gatama, ancien membre du comité exécutif de la fédération.
Il rappelle que les statuts imposent que les ressources de la Fecafoot soient logées sur des comptes ouverts au nom de la fédération. Et il n’y a pas de voie de contournement.
Gatama affirme avoir saisi le comité d’éthique de la FIFA il y a plus d’un an, sans retour. Une première plainte avait été déposée en 2024 par Henry Njalla Quan Junior, ancien vice-président de la Fecafoot, sur des faits présumés de trucage de matchs et d’abus de pouvoir. Lui non plus n’a reçu de nouvelles.
La FIFA, elle, s’en tient à sa ligne. « Le président de la FIFA n’a aucune influence sur les organes judiciaires de la FIFA, qui sont indépendants, déclare un porte-parole. La FIFA accueille favorablement tout examen légitime. Mais cet examen n’autorise pas à amplifier des allégations non étayées concernant le président de la FIFA. »
Fonds russes: Comment Samuel Eto’o veut jouer sur la fibre émotionnelle des africains
Samuel Eto’o conteste le calendrier de la publication. Selon lui, la concentration des articles coïncide avec son engagement public aux côtés de Gianni Infantino. Il a été cité début septembre dans les écritures judiciaires de la FIFA devant un tribunal de New York. Il est décrit comme soutien du projet avorté FIFA Forward Enterprise.
Qu’un dossier ressorte au moment où il devient politiquement utile est une observation banale du travail de presse. Elle ne dit rien de la solidité des pièces.
On se serait attendu à ce que le Président de la Fécafoot réponde aux trois questions que posent les documents. Pourquoi un contrat entre deux fédérations désigne-t-il un compte personnel comme destinataire du cachet. Ce que sont devenus les 567 570 euros une fois arrivés à Doha. La Fecafoot a bien produit la déclaration, prévue au contrat, attestant qu’elle a bien reçue ces fonds?
Ce silence de la FIFA sur des dossiers dont la pertinence est avérée, interroge
Aucune des deux plaintes déposées devant le comité d’éthique de la FIFA n’a donné lieu à une décision publique. On est en droit de savoir pourquoi. L’éthique ne devrait-elle pas être d’une importance capitale lorsque l’on fonctionne avec des structures super-étatiques? La gestion des hommes doit répondre à des critères justes et universels.
Le silence de la FIFA est surprenante. Elle affirme clairement que son règlement ne l’oblige pas à informer les plaignants de l’état d’une procédure. Et la publication des décisions y est décidée au cas par cas. Une instruction en cours, un classement sans suite et une plainte jamais ouverte produisent, vues de l’extérieur, le même silence. Pourquoi donc certaines plaintes aboutissent et pas d’autres ?
Camfoot soupçonnait déjà, en vertu de plusieurs informations Infantino d’avoir influencé une décision d’une commission de la CAF. La commission de discipline de cette institution avait conclu à l’insuffisance des preuves concernant la manipulation de matchs. Cette Commission était au courant que notre média avait fait une enquête. Et avait authentifié les voix de Samuel Eto’o et de Valentine Nkwain des audios de manipulation de matchs. Il était aussi simple d’engager une entreprise de « forensic » pour situer la vérité. Au lieu de cela, ils ont trouvé un alibi pour bloquer le dossier.
Autre chose troublante. L’amende de 200 000 dollars infligée à Eto’o pour son contrat d’ambassadeur avec un opérateur de paris a été annulée. C’était en février 2025. Le motif de compétence a été utilisé, sans examen du fond. Et pourtant, des journaux télévisés des quatre coins du Cameroun ont couvert la cérémonie en l’honneur de sa nomination comme Ambassadeur de cette marque.











