Il y a 37 ans, Joseph Antoine Bell quittait la CAN 1988, organisée au Maroc, en tant que vainqueur. Un deuxième sacre continental pour le portier des Lions Indomptables, après celui de 1984.
Presque quarante ans plus tard, Joseph Antoine Bell est de retour au Maroc, à l’occasion de la 35e édition de la Coupe d’Afrique des nations. Présent pour accompagner la sélection camerounaise par ses analyses, l’ancien gardien a échangé avec Le360 Sport sur ce retour chargé de souvenirs, l’affiche Cameroun–Maroc en quart de finale, mais aussi l’évolution du football africain.
En 1988, le Cameroun décroche sa deuxième CAN au Maroc, emmené par Claude Le Roy et porté par des figures comme Roger Milla. Dans les cages, Joseph Antoine Bell avait été impérial, avec un seul but encaissé sur toute la compétition. Un souvenir marquant lui revient encore aujourd’hui: «Pour la finale, le Roi avait ouvert le stade gratuitement à tout le monde… et ils étaient venus, sauf qu’ils étaient venus pour soutenir l’adversaire », plaisante-t-il. Avant d’ajouter: «Le souvenir aussi, c’est la tristesse des copains qui perdent en face… souvent ce sont des amis. Pendant le match, vous ne vous faites pas de cadeaux».
Brillant avec les Lions Indomptables, Bell devait pourtant composer avec ses obligations en club, à l’Olympique de Marseille: «J’étais aussi joueur, capitaine de l’OM, et à l’époque les fenêtres FIFA n’existaient pas. Les clubs n’étaient pas obligés de nous lâcher. Je jouais le mercredi en France, et le jeudi au Maroc. Je prenais l’avion tout le temps pour venir».
«Le champion n’a qu’une obligation: battre l’adversaire»— Joseph Antoine Bell
Et pour Joseph Antoine Bell, le football africain a clairement changé de dimension. Élargissement des nations participantes, joueurs évoluant dans les plus grands clubs, investissements croissants… Le niveau s’est homogénéisé: «Le niveau est élevé, mais surtout, tout le monde en a pris conscience. Il n’y a pas de nations faibles, mais il y a aussi des nations fortes. Et le champion ne bat pas les autres 3 ou 4-0».
Il cite même le Maroc en exemple: «J’ai vu des Marocains critiquer Regragui parce qu’ils n’ont pas battu le Mali ou la Tanzanie largement… Le champion n’a qu’une obligation: battre l’adversaire».
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Sur le plan organisationnel, Bell note forcément un changement, et salue le travail du Royaume: «Ça a changé et évolué. Si on ne bouge pas, on n’avance pas. Le Maroc montre très bien qu’il est un pays qui évolue. Ce qu’il y avait en 1988 était satisfaisant, mais 2025 aussi. Tout s’est amélioré».
Une progression qui symbolise, selon lui, une Afrique qui prend confiance, mais qui doit encore s’affirmer, notamment face aux clubs européens: «Les joueurs africains libérés trop tardivement par les clubs, ça mérite que les Africains se révoltent un peu. Vous ne pouvez pas avoir une règle, et des dispenses à la règle… Les exceptions ne doivent pas dépasser la règle. C’est un manque de respect».
Bell illustre son propos par une scène vécue en tant que joueur: «J’ai vu un international français féliciter un jeune sélectionné en Espoirs, puis demander à un international africain s’il ne pouvait pas éviter d’aller en sélection pour ne pas se blesser… alors que c’était un match amical France Espoirs contre une équipe africaine. Vous vous rendez compte?»
Maroc – Cameroun, une affiche XXL
Le quart de finale entre les deux Lions, ce vendredi 9 janvier au Complexe Moulay Abdellah, s’annonce explosif. D’un côté, des Camerounais en quête d’un sixième sacre continental. De l’autre, des Marocains hôtes, déterminés à confirmer leur statut et leur place au 11e rang mondial.
«Ça va être un gros match, indécis. Comme je vous l’ai dit, un petit détail peut tout changer, il faudra être concentré», prévient Bell.
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Le Cameroun, fidèle à sa réputation, reste une menace permanente: «L’équipe du Cameroun est forte mentalement, de génération en génération. Ça se reproduit encore aujourd’hui. Pour battre le Cameroun, il y aura forcément fort à faire».
La nomination tardive de David Pagou n’a, selon lui, rien d’un handicap: deuxième place du groupe à égalité avec la Côte d’Ivoire, qualification arrachée en huitièmes face à l’Afrique du Sud…: «Il a fait du bon travail. Si j’avais été Regragui, j’aurais demandé à mes joueurs: pensez-vous que ce qu’on a fait depuis deux ans est inutile? Être battu par quelqu’un arrivé depuis dix jours, alors que vous êtes là depuis longtemps».
Sur le terrain, les deux équipes devront rester fidèles à leur identité: «L’équipe du Maroc est talentueuse, capable de produire du jeu. Si elle ne dénature pas son football et joue avec ses qualités, elle peut s’en sortir. C’est pareil pour le Cameroun, qui ne peut pas se réinventer en une nuit».
Et Bell de conclure sur ce qui fait souvent basculer l’histoire: «Le Cameroun a remporté la CAN cinq fois, mais sur ces cinq sacres, il est passé quatre fois par les tirs au but. Ça veut dire qu’un simple détail aurait pu tout inverser. Voilà pourquoi les sélectionneurs parlent autant de concentration. Un détail peut changer la face de l’histoire».
Par Magda Soltani et Khalil Essalak, Le360.ma











