Quatre juridictions, dont une que personne n’avait vu venir. Le 14 septembre 2026, Abdouraman Hamadou Babba a annoncé qu’il portait l’affaire des 567 570 euros du match Russie-Cameroun devant les tribunaux. Que ce soit camerounais, russes, la commission de discipline de la FIFA et le Tribunal arbitral du sport. Trois jours après la riposte de Samuel Eto’o, le dossier aura une longue traine et c’est la promesse de Abdouraman Hamadou Babba.
Le Président de l’Étoile Filante de Garoua et de l’Association des clubs de football amateur du Cameroun (ACFAC), qui revendique 500 clubs affiliés, n’est pas un nouveau venu dans les prétoires du football camerounais. Il avait déjà contesté devant le TAS l’élection de Samuel Eto’o à la tête de la Fecafoot en décembre 2021.
Sa déclaration du 14 septembre 2026 ouvre un front beaucoup plus large. Il annonce des poursuites sur quatre fronts à la fois :
- les tribunaux camerounais ;
- les tribunaux russes ;
- la commission de discipline de la FIFA ;
- le Tribunal arbitral du sport (TAS), à Lausanne.
La cible de l’action visant Moscou est la Fédération russe de football elle-même, en tant que partie payeuse.
« On ne va pas laisser la Fédération russe de football, on va les attaquer devant les tribunaux », déclare-t-il. Sur le fond du grief, sa formule est plus directe encore : « Vous ne pouvez pas demander ou faire virer de l’argent dans un compte personnel. »
Il justifie l’initiative par l’état de l’institution :
Le dossier sur lequel s’appuient ces poursuites de Abdouraman contre la Fécafoot
« La Fecafoot, le football camerounais brûle. Et on ne pouvait pas se taire. » Et prévient, à l’adresse de la fédération : « Quand vous payez mal, vous payez deux fois. »
L’affaire porte sur le cachet du match amical Russie-Cameroun disputé à Moscou le 12 octobre 2023.
Un accord signé en septembre 2023 entre la Fecafoot et l’Union russe de football fixe la part revenant au Cameroun à 567 570 euros — un total contractuel de 681 084 euros, dont 113 514 euros de TVA russe versés directement au fisc russe et qui n’ont jamais quitté la Russie. Deux factures de la Fecafoot suivent : 455 056 euros d’avance le 2 octobre 2023, puis 112 514 euros de solde le 27 octobre.
Le point qui a fait sortir le dossier du Cameroun est le compte de destination inscrit au contrat. Un compte ouvert au nom de Samuel Eto’o Fils à la Qatar National Bank de Doha, et non un compte de la fédération. Le quotidien britannique The Times, qui a publié son enquête le 10 septembre 2026, indique avoir consulté ces pièces. Camfoot les avait décrites dès juin 2025, puis de nouveau cette semaine.

Il y a des obstacles que Abdouraman et son groupe doivent franchir
La Fécafoot ne devrait pas se laisser faire et va contester avec toute l’énergie de désespoir ces accusations. Ce dossier sera attaqué sur plusieurs fronts.
D’abord la qualité à agir
Abdouraman n’est partie ni au contrat du 29 septembre 2023, ni aux comptes de la Fecafoot. Devant un tribunal russe comme devant le TAS, la première question posée ne portera pas sur les virements mais sur son droit à agir. Devant les juridictions camerounaises, la voie de la plainte pénale contourne partiellement l’obstacle, mais laisse au parquet la maîtrise des suites. Avec des procureurs à sa solde, Samuel Eto’o peut croire en un non lieu dans les tribunaux du Cameroun.
Ensuite, la clause d’arbitrage
L’accord entre les deux fédérations est soumis au droit russe et désigne le TAS de Lausanne comme juridiction compétente. Une action au fond devant un tribunal ordinaire russe se heurtera vraisemblablement à cette clause. Ce qui rend, paradoxalement, le volet TAS plus praticable que le volet moscovite, celui-là même qui fait aujourd’hui le bruit de l’annonce.
Enfin le précédent du silence
La commission de discipline et le comité d’éthique de la FIFA ont déjà été saisis de ce dossier. Une première plainte en 2024, portée par l’ancien vice-président Henry Njalla Quan Junior ; une seconde par l’ancien membre du comité exécutif Guibaï Gatama, il y a plus d’un an. Aucune n’a donné lieu à une décision publique. Une troisième saisine ne modifie pas mécaniquement cette équation.
La défense d’Eto’o, et l’argument du « compte de passage »
Le président de la Fecafoot a répondu le 10 septembre. Il y dénonçait une offensive coordonnée déclenchée, selon lui, par ses prises de position en faveur du football africain. Et par son soutien à Gianni Infantino.
« Nous avons le droit de défendre nos intérêts », écrit-il. Il n’a produit aucun document comptable retraçant le trajet des fonds.
Un autre argument circule depuis. La présence d’un document interne qui formaliserait une décision d’un comité d’urgence. Il aurait autorisé l’usage du compte personnel comme solution de passage. Ce document n’a pas été publié à ce jour, ni authentifié, ni confirmé par la Fecafoot. Il se peut aussi que la Fécafoot ait chercher à « fabriquer des preuves ». Cependant, il expliquerait le choix du compte de destination. Pas l’absence de trace de reversement, et poserait à son tour la question de la conformité d’une telle décision aux statuts de la fédération, qui imposent que ses ressources soient logées sur des comptes ouverts à son nom.











