Visionnaire pour les uns, dérangeant pour d’autres, Iya Mohammed a lancé les projets les plus ambitieux de l’histoire récente de la Fécafoot avant d’être stoppé net. Siège, centres techniques, infrastructures régionales : autant de chantiers qui disent à la fois son audace… et les limites d’un football camerounais souvent rattrapé par ses propres crises.
Un siège moderne comme symbole d’une fédération adulte
Dès 2009, fraîchement réélu, Iya Mohammed annonce son intention de « construire un siège digne de ce nom » pour la Fécafoot. La fédération occupait déjà l’exigu immeuble de Tsinga, jugé dépassé et inadapté à ses missions croissantes.
Le 13 novembre 2012, il pose officiellement la première pierre du futur siège au quartier Warda à Yaoundé. Le projet est ambitieux : un immeuble moderne de cinq niveaux, doté de bureaux lumineux, d’une salle informatique, d’un restaurant, d’une grande salle de conférence et d’un étage présidentiel conçu pour offrir un cadre de travail serein.
Dans son discours, Iya insiste sur la portée symbolique de l’édifice de la Fécafoot:
« En Afrique, on est considéré comme un adulte le jour où on bâtit au-dessus de sa tête un toit pour abriter sa famille. La Fécafoot, institution cinquantenaire, se devait d’accéder dans le gotha des institutions adultes du Cameroun. »
Iya Mohammed
Pour lui, ce siège doit être le catalyseur du passage au professionnalisme, un outil de modernisation administrative et un lieu de rassemblement pour tout le football camerounais.
Un vaste programme d’infrastructures : centres techniques, stades, ligues régionales
Le siège n’est qu’un volet d’un programme beaucoup plus large.
« Nous ne pouvons pas prétendre former des champions dans des installations du siècle dernier. Si nous voulons un football moderne, il faut des outils modernes. »
Iya Mohammed
Dans son allocution de 2012, Iya Mohammed détaille une vision structurée, approuvée par le gouvernement :
- Extension du Centre Technique National d’Odza, avec terrains gazonnés, futsal, beach soccer, hébergement 3 étoiles, restructuration des bâtiments existants.
- Construction des sièges des Ligues régionales, notamment celui du Littoral à Douala, déjà engagé via une convention avec la mairie de Douala 3e.
- Centres techniques zonaux à Mbankomo, Bafoussam, Buea et Maroua, destinés à offrir des installations de formation et d’entraînement dans toutes les régions du pays.
- Stades municipaux : Ngoumou, Mbouda (déjà opérationnel), Guider (en finition).
Cette stratégie visait à doter le Cameroun d’un réseau d’infrastructures cohérent, capable de soutenir la formation, la détection et la préparation des sélections nationales.
Un rêve longtemps resté inachevé
Cette ambition se déploie dans un environnement complexe :
- un État qui n’a construit aucun stade depuis 1972,
- des ligues régionales dépourvues de sièges,
- un football local fragilisé par des problèmes structurels et des scandales administratifs.
Malgré cela, Iya Mohammed estime que la Fécafoot dispose des moyens nécessaires — sponsors, retombées des Coupes du monde, partenariats — pour mener à bien ces projets.
« Au Cameroun, construire n’est jamais le plus difficile. Le plus difficile, c’est de convaincre tout le monde que le projet appartient à l’institution, pas à l’homme qui le porte. »
Treize ans après la pose de la première pierre, le siège de Warda est devenu réalité, mais son bâtisseur initial n’aura jamais vu son projet aboutir. Entre ambitions modernisatrices, crises internes et ruptures de gouvernance, l’œuvre d’Iya Mohammed reste celle d’un dirigeant qui a voulu doter le football camerounais d’infrastructures à la hauteur de son potentiel, sans jamais parvenir à aller au bout de sa vision.
Son passage à la tête de la Fécafoot laisse ainsi une question ouverte : que serait aujourd’hui le paysage du football camerounais si ces chantiers — du Centre Technique d’Odza aux sièges régionaux — avaient été menés avec la continuité et la stabilité qu’ils exigeaient ?
Plus qu’un héritage inachevé, son parcours rappelle que bâtir pour le long terme reste l’un des défis majeurs d’un football qui aspire à la modernité, mais peine encore à s’en donner durablement les moyens.












