Mbvoumin : "Former en Afrique même"

Publié le 19 janvier 2012
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Avant la CAN, l’association Foot Solidaire s’élève contre le trafic des jeunes joueurs africains. Et égratigne la France. Entretien avec son fondateur.

Jean-Claude Mbvoumin, en plein mercato et juste avant la CAN, vous dénoncez à nouveau le trafic des jeunes footballeurs africains, ce marché parallèle, clandestin, entre l’Afrique et l’Europe...

Ce sujet, nous sommes dessus depuis plus de dix ans et il reste plus que jamais d’actualité. Des agents véreux continuent de se livrer à un véritable trafic d’êtres humains. Ils font miroiter à des gamins des contrats pros en Europe mais ils les abandonnent à leur arrivée en gardant l’argent versé par les familles. Le phénomène touche l’Afrique mais aussi l’Asie du Sud-Est. L’autre scandale se situe au niveau des centres de formation qui rejettent sans aucun accompagnement les jeunes joueurs qui n’ont pas percé.

Avez-vous connaissance de cas récents en France ?

Plein... Il y a quelques semaines, un Guinéen de 17 ans a été laissé seul dans un hôtel près de Roissy, à peine le pied posé en France. Le prétendu agent qui l’avait fait venir a disparu dans la nature. Un autre jeune a joué la saison dernière en CFA en région parisienne avant de se casser une jambe et d’être abandonné à son sort. Actuellement, deux Camerounais et un Cap-Verdien jouent dans des clubs amateurs du Sud, mais ils sont sans papier et vivent de quelques primes de matches. Que vont-ils devenir ?

Vous êtes très critique pour les instances du foot français...

Pour l’instant, nous n’arrivons pas à faire signer notre Charte pour la protection des jeune joueurs par l’ensemble des clubs pros. Ce texte n’est pourtant qu’un engagement moral sans impact financier. Je trouve aussi dommage que Noël Le Graët, le président de la Fédération, n’ait pas encore trouvé le temps de nous recevoir de manière officielle. La FFF serait pourtant bien placée pour recenser les problèmes sur le terrain, ce que notre association ne peut pas faire seule.

Foot Solidaire vient d’organiser un colloque sous l’égide des Nations Unies avec le soutien de la Ligue des droits de l’homme. Votre cause progresse-t-elle dans les instances internationales ?

Oui. Le soutien de l’ONU dans notre combat n’est pas neutre. La FIFA, l’UEFA mais aussi pour la première fois la CAF (Confédération africaine de football) étaient représentées la semaine dernière à Lausanne. Idem l’Association européenne des clubs. Le fait très positif est aussi l’intérêt que manifestent les fédérations nationales africaines, qui sont les premières concernées par les conséquences du pillage des jeunes et des mauvaises pratiques.

« Les académies privées ne suffisent pas »

Tiken Jah Fakoly, la star ivoirienne du reggae disait récemment à L’Equipe Mag que pour « contrer cela, il faut absolument que les dirigeants africains mettent du blé dans le sport et le développement ». Il a raison ?

Oui ! La solution passe par la formation et le professionnalisme en Afrique même. Pour faire en sorte que les jeunes qui échappent aujourd’hui massivement au système fédéral entrent dans de vraies filières et que les footballeurs puissent vivre de leur passion et de leur talent dans leur pays d’origine. Les meilleurs partiront toujours en Europe mais les joueurs moyens ne seront pas laissés pour compte. Les académies privées ne suffisent pas. Le vrai enjeu est d’assurer l’éducation des jeunes footballeurs, quel que soit leur avenir dans ce sport. Aux états d’agir sur la gouvernance de leur football et d’inciter le secteur privé à investir dans les Championnats pros. »

Recueilli par Jean LE BAIL, Lequipe


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