Granit Xhaka et ses coéquipiers de la Nati Suisse abordent la Coupe du Monde 2026 avec de grandes ambitions, portés par un parcours qualificatif sans accroc.
Cet article fait partie du Réseau d’experts 2026 du Guardian, une collaboration entre certains des meilleurs médias des 48 pays qualifiés.
Le plan de jeu
La Suisse participe à sa sixième Coupe du monde consécutive. Elle s’est s’envolée vers la côte ouest américaine avec de solides ambitions, en établissant son camp de base à San Diego. « Nous voulons disputer la meilleure Coupe du monde jamais jouée par une équipe suisse », a déclaré le sélectionneur Murat Yakin à Blick. « Le sentiment d’avoir pu atteindre la finale du dernier Championnat d’Europe nous donne des raisons de rêver. » Ils ont été éliminés aux tirs au but en quart de finale face à l’Angleterre.
La Suisse n’a jamais dépassé le stade des quarts de finale en Coupe du monde. Cela s’est passé pour la première et dernière fois sur ses propres terres en 1954. Depuis, ses aventures se sont généralement arrêtées en huitièmes de finale. Ce fut le cas à Doha en 2022, avec une lourde défaite 6-1 face au Portugal.
Les supporters suisses ont néanmoins de nombreuses raisons d’aborder ce tournoi avec espoir. La Nati a traversé les qualifications sans difficulté. Elle a terminé en tête de son groupe devant le Kosovo, la Slovénie et la Suède, avec quatre victoires et deux nuls.
Le groupe affiche un bel équilibre entre les cadres expérimentés — Granit Xhaka, Manuel Akanji, Ricardo Rodriguez — et une jeune génération incarnée notamment par Dan Ndoye, Fabian Rieder et Johan Manzambi. Par ailleurs, l’équipe a jusqu’ici été épargnée par les blessures. L’attaquant de Burnley Zeki Amdouni semble avoir gagné sa course contre la montre après une rupture des ligaments croisés.
Noah Okafor fait également son retour, après avoir été mis à l’écart suite à un Euro 2024 difficile. Il avait manifesté sa frustration de ne pas jouer. Cela l’avait conduit à des déclarations publiques cinglantes envers Yakin. L’attaquant de Leeds a depuis présenté ses excuses au sélectionneur et au reste du groupe. Il traverse actuellement la meilleure période de sa carrière. « Nous avons tous les deux fait ce qu’il fallait. Son évolution est très positive. Il pourrait être un joueur clé à la Coupe du monde », a affirmé Yakin.
Le système de prédilection de Yakin est un 4-2-3-1. Il a récemment expérimenté un 3-4-3 avec Denis Zakaria en piston droit . Cette formation qui avait conduit la Suisse jusqu’en quarts à l’Euro.
L’entraîneur
Murat Yakin n’a jamais joui d’une grande considération. Cependant, le défenseur Rodriguez est l’un de ceux qui lui rendent hommage.
« Murat fait vraiment du bon travail », dit-il. « Au fil des années, il est devenu encore plus ouvert et communicatif. Il nous parle beaucoup, nous demande parfois notre avis et nous écoute vraiment. Il est brillant là-dedans. »
Sa nomination comme successeur de Vladimir Petkovic en août 2021 avait surpris plus d’un. Il entraînait alors le FC Schaffhausen en deuxième division. Des passages à vide ont émaillé son mandat . La défaite face au Portugal, des performances décevantes à l’approche de l’Euro 2024, et les critiques publiques de Xhaka à son égard. Mais après un tournoi réussi, il a prolongé son contrat jusqu’en 2028.
Le joueur star
Le capitaine Granit Xhaka, 33 ans, demeure le joueur le plus important de la sélection. Pivot du jeu de construction helvétique, il dicte le tempo et assure l’équilibre entre défense et attaque. Ce sera probablement sa dernière Coupe du monde avec le recordman de sélections suisses. Après deux saisons éclatantes au Bayer Leverkusen, il en a enchaîné une tout aussi impressionnante à Sunderland. Le promu en Premier League a décroché une place en Ligue Europa lors de la dernière journée. Xhaka, comme il le dit lui-même, est comme un bon vin rouge : il se bonifie avec l’âge.
Le joueur à suivre
Johan Manzambi. La saison remarquable du milieu de terrain genevois à Fribourg n’a pas échappé aux plus grands clubs européens. À peine une semaine ne passe sans qu’une nouvelle rumeur circule sur sa prochaine destination. Il pourrait devenir le transfert suisse le plus cher de l’histoire après la Coupe du monde. Et Manzambi devrait dépasser les 45 millions d’euros de frais de transfert qu’Arsenal avait versés au Borussia Mönchengladbach pour Xhaka en 2016. Sa polyvalence est un atout majeur. Il peut évoluer en numéro 6, 8, 10, voire en pointe. En sélection, il n’est pas encore un titulaire indiscutable, mais est souvent introduit en cours de jeu dans un couloir. Yakin a dit de lui qu’il pouvait être une « arme secrète » en Amérique du Nord:
« Son évolution est vraiment impressionnante. Dès sa première convocation l’été dernier, nous avons immédiatement perçu l’incroyable potentiel qu’il possède. »
Murat Yakin
Héros de l’ombre
Remo Freuler. Le Zurichois a dû batailler ferme pour s’imposer au plus haut niveau. Sa signature à Lucerne puis son transfert en Serie A, à l’Atalanta, en 2016 avaient surpris beaucoup de monde. Il s’est parfaitement acclimaté à l’Italie et est devenu de plus en plus incontournable en sélection. Depuis qu’il a conquis sa place de titulaire après le Mondial 2018, il est indispensable. Il complète idéalement le meneur Xhaka au milieu. À 34 ans, il se distingue par son abattage, sa robustesse dans les duels et son intelligence de jeu. Sans oublier quelques buts importants inscrits au bon moment.
Ce qu’on peut attendre des supporters de la Suisse lors de cette Coupe du Monde 2026
Les supporters suisses se déplacent habituellement en masse lors des grands tournois. Cette fois, le tableau sera bien différent : seuls environ 500 supporters ont obtenu des billets pour les matchs de groupe via la fédération suisse. Et environ 2 000 pour les phases à élimination directe. Comme au Qatar il y a quatre ans, la situation géopolitique dissuade certains de faire le déplacement. À quoi s’ajoutent les coûts élevés des vols, de l’hébergement et des transports. Leur chant fétiche reste le « Schwiizer Nati, olé olé ». Les fans ont également composé un hymne à l’attaquant Breel Embolo, calqué sur l’air de The Lion Sleeps Tonight.
La relation avec les États-Unis et Trump
N’attendez aucune déclaration politique de la part des joueurs sur le président américain. Ni sur la situation géopolitique. Le président de la fédération suisse, Peter Knäbel, l’a clairement indiqué fin 2025 :
« Nous veillerons à nouveau cette année à ce que l’équipe puisse et doive se concentrer à 100 % sur le sport. Si un sujet touche directement à nos valeurs en tant qu’association, nous prendrons — comme par le passé — une position claire. »
Les relations commerciales entre les États-Unis et la Suisse ont été tendues ces derniers mois. Donald Trump s’en est pris à la Confédération en avril :
« La Suisse se présente comme un pays « petit et brillant » », a-t-il lancé sur CNBC. « Elle est brillante parce qu’elle ne nous paie presque rien. Maintenant elle paye un peu. Elle devrait payer bien davantage. »
Rédigé par Christian Finkbeiner pour Blick










