Le 4 août 2026, la Fécafoot a signé une circulaire qui remet un des sujets sensible du football camerounais sur la table : le salaire minimum des footballeurs du Cameroun. Combien un club doit-il payer un joueur professionnel, et surtout, en a-t-il les moyens ? La circulaire Fécafoot 2026-2027, référencée n°058/26/FECAFOOT/SG/DC/CL/CCNI et signée par le secrétaire général Isaac Noé Mandong, fixe les montants pour la nouvelle saison. Elle concerne deux volets bien distincts : les frais d’engagement des clubs et le salaire minimum des acteurs.
Côté frais d’engagement, un club de Elite One doit payer un million de FCFA pour s’aligner, contre cinq cent mille pour celui de Elite Two. Deux cent cinquante mille FCFA suffira pour un club de Guinness Super League. À cela s’ajoute la licence de club national, fixée à cent mille FCFA pour les pensionnaires de l’Elite One.
Côté salaires, la grille est la suivante : un entraîneur principal d’Elite One doit toucher au minimum deux cent cinquante mille mensuel. Ce sera cent cinquante mille pour son homologue d’Elite Two. Le salaire minimum Elite One d’un joueur est fixé à deux cent mille FCFA mensuels. Le salaire minimum Elite Two, comme celui de Guinness Super League, est de soixante-quinze mille FCFA. La Fécafoot exige, dans les mots de son secrétaire général, un « respect scrupuleux » de ces montants.
Une augmentation qui n’en est pas vraiment une
Ce n’est pas la première fois que Samuel Eto’o et son administration agite le drapeau d’une augmentation. En 2023, une circulaire signée par le même exécutif avait déjà fixé le salaire minimum à deux cent mille FCFA en Elite One et soixante-quinze mille FCFA en Elite Two. Trois ans plus tard, ces deux chiffres n’ont pas bougé d’un centime. La Guinness Super League avait vu son montant passer de 50 000 FCFA à 75 000 FCFA avant d’être par la suite annulée.
Si l’on remonte à 2002, Franck Happy, alors directeur du développement du football à la Fécafoot, promettait un salaire minimum porté à quatre cent mille FCFA en Elite One d’ici 2025, dans le cadre d’un projet de réduction du championnat à seize clubs. Cet objectif n’a jamais été atteint.
Le Synafoc monte au créneau
Ce qui fait réagir aujourd’hui, ce n’est donc pas tant le montant que la méthode. Le Synafoc, par la plume de son SG Daniel Blaise Ngos, a publié un communiqué pour dénoncer le caractère unilatéral de la circulaire.
Le syndicat, dirigé par l’ancien international Geremi Njitap, est cash sur le fond :
« Un salaire minimum mensuel de soixante-quinze mille francs CFA ne saurait être regardé comme une rémunération compatible avec la dignité du statut de footballeur professionnel. À ce niveau, un joueur n’est pas en mesure de faire face à ses obligations et besoins les plus élémentaires. Cette situation de précarité économique, instituée par une circulaire officielle, constitue non seulement une atteinte à la condition des joueurs, mais également un facteur de fragilisation de l’intégrité et de la crédibilité des compétitions nationales. »
Le Synafoc va plus loin sur la procédure. Il rappelle que le 10 juin 2026, à Hoofddorp aux Pays-Bas, la FIFA et la FIFPRO ont signé un accord instaurant une plateforme mondiale de dialogue social et reconnaissant officiellement les joueurs comme partenaires sociaux à part entière. Pour le syndicat, ce cadre impose désormais qu’aucune décision touchant les conditions de travail et de rémunération des footballeurs ne soit prise sans concertation préalable avec leurs représentants. Or, la circulaire du 4 août a été publiée sans consultation du Synafoc, ce qui explique la tension entre les deux structures, un contentieux qui ne date pas d’hier entre Samuel Eto’o et Geremi Njitap.
Les clubs du Cameroun ont-ils les moyens de payer aux footballeurs ce salaire minimum ?
C’est la question qui compte vraiment pour l’avenir des championnats. Un club d’Elite One aligne en général vingt-cinq à trente joueurs sous contrat professionnel. Même en supposant, de façon totalement théorique, que tout l’effectif soit payé au strict minimum de deux cent mille FCFA, la seule masse salariale des joueurs représenterait déjà plusieurs millions de FCFA par mois, sans compter le staff technique, les dirigeants, les frais de déplacement, l’hébergement et la logistique d’une saison.
En face, les ressources structurelles des clubs camerounais restent modestes. La subvention clubs Cameroun débloquée par l’État s’élève à cinq cent soixante millions de FCFA, destinée aux clubs d’Elite One et d’Elite Two. C’est sensé être réparti à hauteur des deux tiers pour les seize clubs d’Elite One et d’un tiers pour les clubs d’Elite Two. Cette enveloppe est censée couvrir en priorité les salaires des joueurs et du staff technique. Ramenée au nombre de clubs, cette subvention pèse peu face aux charges réelles d’une saison complète. À cela s’ajoute le partenariat renouvelé entre la Fécafoot et MTN, estimé à environ neuf cents millions de FCFA sur deux ans, dont 54% doivent revenir aux clubs, 35% aux infrastructures et 11% au fonctionnement. Ces montants d’Argent n’arriveraient pas aux clubs selon les Présidents qui payent souvent avec leurs propres ressources.
L’autre problème majeur, les ressources centralisées que la Fécafoot ne redistribue pas
Il y a aussi que la Fécafoot a totalement centralisé tous les points d’entrée d’argent. Les recettes de billetterie souvent faibles dans des stades peu remplis, là encore sont gérées par la fédération. Un système de falsification des clubs antérieurs défavorise les clubs formateurs de bénéficier des transferts même occasionnels de jeunes joueurs vers l’étranger.
En dehors de ces robinets, les clubs camerounais tirent l’essentiel de leurs moyens de sources peu prévisibles. Les droits télé, qui font vivre les grands championnats européens, sont bradés à des station de télé proches des amitiés du Président. Ils ne représentent pas une manne comparable à ceux des autres pays africain.
Cette dépendance à des financements irréguliers rend chaque relèvement du salaire minimum footballeurs Cameroun, même minime, difficile à absorber pour une partie des clubs. Et après, il faut qu’une vraie économie du football s’installe pour que les salaires suivent la convention offre – demande. Pour ce faire, la Fécafoot doit se consacrer à ses missions régaliennes et mettre en place une véritable structure professionnelle capable de gérer ces compétitions. Le dire c’est facile, vivre sur des promesses encore plus, mais y arriver, cela demande de la vision et des compétences.












