Entre deux générations qui n’auraient jamais dû s’opposer, Joseph‑Antoine Bell remet de l’ordre dans son histoire avec Samuel Eto’o souvent racontée à moitié. Sur NTV, l’ancien gardien des Lions indomptables revient sur un épisode fondateur. Le jour où il a offert à un jeune ramasseur de balles nommé Samuel Eto’o son premier voyage hors du Cameroun. Un rappel qui éclaire autrement leur relation et interroge la manière dont certains récits ont été remodelés avec le temps.
Joseph‑Antoine Bell n’a pas seulement marqué son époque par ses performances et son franc‑parler. Invité sur les ondes de NTV, le gardien africain du XXe siècle a livré un témoignage de poigne. Et il éclaire d’un jour nouveau sa relation avec Samuel Eto’o, aujourd’hui président de la Fécafoot. Face aux insinuations de jalousie ou de rivalité, Bell a choisi de revenir aux faits, à ceux qui ne s’effacent pas.
Un jubilé et un adolescent : la scène que l’histoire a effacée
Il rappelle d’abord une scène que peu connaissent. Lors de son jubilé en 1994, Samuel Eto’o était pensionnaire de l’École des Brasseries du Cameroun. Il n’était en réalité qu’un adolescent qui rêvait de devenir footballeur. Ce jour-là, il a été chargé de ramasser les balles. À l’époque, ce rôle n’avait rien d’anodin.
« Être ramasseur de balles pour ce genre d’événement était un privilège, une récompense, parce que vous étiez entouré de grands joueurs »
Une manière de rappeler que les trajectoires ne se croisent pas par hasard, et que les hiérarchies étaient claires.
L’ancien portier de l’Olympique de Marseille s’étonne d’ailleurs que cet épisode soit si rarement évoqué.
« Lorsque j’ai arrêté ma carrière, Samuel Eto’o était ramasseur de balles à mon jubilé. Est‑ce qu’à cette époque j’étais jaloux ? Est‑ce que Samuel a déjà parlé de ça ? »
Mais c’est la suite de son témoignage qui donne toute sa portée à cette mise au point. Après ce jubilé, Bell décide d’inviter l’École des Brasseries à participer au tournoi de Montaigu, en France. Une opportunité rare pour de jeunes joueurs camerounais. C’est Mbarga Engelbert qui dirigeait le groupe, sous la supervision du directeur Daniel Takounang. Salomon Olembé, promis à un avenir en Europe, devait faire partie du voyage, mais il était déjà parti rejoindre Nantes.
Le rôle méconnu de Joseph-Antoine Bell dans les premiers pas de Samuel Eto’o
Pour Samuel Eto’o, ce déplacement n’était pas un tournoi comme les autres. C’était son premier voyage hors du Cameroun. « Samuel Eto’o a mis les pieds hors du Cameroun — et notamment en France — pour la première fois de sa vie grâce à Joseph‑Antoine Bell », rappelle l’ancien Lion indomptable. Une phrase lourde de sens, qui replace chacun dans son rôle et dans son époque.
En revisitant ces épisodes, Bell ne cherche pas à réécrire l’histoire. Il demande simplement qu’on ne la déforme pas. Avec une génération d’écart, les deux hommes n’ont jamais été rivaux. Ils ont évolué dans des mondes différents, à des moments différents. Mais leurs trajectoires se sont croisées, et Bell revendique ce qui lui revient : avoir contribué, à sa manière, à ouvrir la première porte internationale d’un jeune joueur qui s’appelle Samuel Eto’o Fils.
Dans un contexte où les récits se politisent et où les mémoires s’entrechoquent, ce rappel rétablit la réalité des faits. Il invite à regarder l’histoire du football camerounais avec précision, sans effacer ceux qui ont, un jour, tendu la main.











