Il n’avait jamais joué une seule minute officielle sous le maillot de Aston Villa. Il n’était même pas certain, trois semaines plus tôt, d’avoir le droit de fouler une pelouse anglaise avant ses 18 ans. Et pourtant, mercredi 12 août, à Salzbourg, Brian Djomeni Madjo a inscrit son nom dans les livres d’histoire de la Supercoupe d’Europe. C’était face au Paris Saint-Germain, pour ses tout premiers pas avec son nouveau club.
Brian Madjo, un but pour entrer dans l’histoire
La scène s’est déroulé juste avant la pause. Aston Villa, tenant du titre de l’Europa League, est mené 1-0 depuis l’ouverture du score signée Kvicha Kvaratskhelia à la 20e minute. Sur un centre de John McGinn, un géant de 1,93 mètre gagne son duel contre William Pacho et met le ballon au fond des filets. Score : 1-1. L’attaquant qui vient d’égaliser contre le champion d’Europe en titre n’a que 17 ans et 212 jours.
Ce but du binational camerounais a effacé un record vieux de trente ans. Celui de Patrick Kluivert, auteur d’une réalisation de 1996 en Supercoupe à 19 ans et 220 jours. Il évoluait sous les couleurs de l’Ajax Amsterdam. Madjo devient à la fois le plus jeune buteur et le plus jeune titulaire de l’histoire de cette compétition européenne. Paris reprendra finalement l’avantage en seconde période par Désiré Doué (61e, but validé après revue vidéo), et s’imposera 2-1, mais la soirée restera, pour le binational camerounais, celle d’une entrée en scène presque irréelle.
Un parcours qui ne doit rien au hasard
Né le 12 janvier 2009 à Enfield, dans le nord de Londres, Brian Madjo n’est pas tombé dans le football par accident. Son père, Guy Madjo, qui a été sélectionné par Otto Pfister dans sa première liste en 2006, a lui-même porté les crampons dans les divisions inférieures anglaises. Mais le fils se formera au Luxembourg, où il passe par les académies de Marisca Mersch puis du Racing Union, avant que le FC Metz ne le repère et l’intègre à son centre de formation en 2023.
Le club français lui fait signer son premier contrat professionnel en juillet 2025. Un mois plus tard, le 17 août, il dispute ses premières minutes en Ligue 1 face à Strasbourg. Sa progression est fulgurante, au point qu’Aston Villa décide de passer à l’action dès janvier 2026, déboursant environ 12 millions d’euros pour s’attacher ses services.
Bloqué par la FIFA, sauvé par le TAS
L’histoire aurait pu s’arrêter net avant même de commencer. En tant que mineur au moment du transfert, Madjo se heurte à la réglementation de la FIFA encadrant les transferts internationaux de joueurs de moins de 18 ans, censée protéger les jeunes footballeurs des déracinements précoces. Aston Villa doit alors porter l’affaire devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS), qui tranche en sa faveur le 4 août 2026 — soit huit jours seulement avant la finale de ce mercredi. Le TAS s’est appuyé notamment sur sa nationalité britannique. Un feuilleton administratif qui aurait pu briser l’élan d’un adolescent ; il choisit d’y répondre par quatre buts inscrits lors de la présaison en cours, puis par ce moment d’histoire face au PSG.
Son entraîneur, Unai Emery, saluera d’ailleurs des débuts qu’il a qualifiés de « remarquables ».
Un cœur qui a longtemps hésité entre trois maillots
Reste une question qui intéressera particulièrement le public camerounais : sous quelles couleurs Brian Madjo écrira-t-il la suite de sa carrière internationale ? Sa situation est singulière. En mars 2025, c’est le Luxembourg — pays qui l’a formé dès le plus jeune âge — qui l’appelle en équipe A pour trois matches amicaux. Mais dès septembre 2025, il opère un changement d’allégeance vers l’Angleterre, son pays de naissance, où il compte depuis neuf sélections et quatre buts avec les moins de 17 ans.
Le Cameroun, pays de ses deux parents, reste une option ouverte sur le papier : les règles de la FIFA lui permettraient encore de choisir les Lions Indomptables, dans la mesure où il n’a disputé que des matches de jeunes ou amicaux avec d’autres sélections. Les Camerounais rêvent les yeux grand ouverts. Mais à ce jour, aucune annonce, aucune déclaration du joueur ou de son entourage n’indique qu’un scénario vers les Lions Indomptables soit à l’étude.
À 17 ans, avec un record continental déjà à son palmarès et un avenir international encore à trancher, Brian Madjo n’en est qu’au tout début de son histoire. Mais elle a débuté, mercredi soir à Salzbourg, de la plus fracassante des manières.











