Casablanca, stade Larbi Zaouli, dimanche 9 août 2026. Coup de sifflet final. Les Lionnes Indomptables explosent de joie. En face, les Super Falcons du Nigeria, championnes d’Afrique en titre, dix fois sacrées sur le continent, viennent de tomber. Score final : 1-0. Une ligne de plus dans l’histoire du football camerounais, et une place en demi-finale de la CAN féminine 2026. Au bout du chemin : un billet direct pour la Coupe du Monde féminine 2027, au Brésil.
Il fallait un exploit pour effacer ce genre d’histoire. Camerounaises et Nigérianes se sont affrontées treize fois en CAN depuis 1998. Le bilan, avant ce dimanche, penchait lourdement du côté nigérian : neuf victoires dans le temps réglementaire, deux succès aux tirs au but, et une seule victoire camerounaise, vieille de 2012. Le Nigeria avait même remporté la finale de 2016… à Yaoundé, devant le public camerounais. Puis les Lionnes, en quarts de finale de la CAN 2022, ont encore perdus.
Face à ce constat, la sélectionneuse Valentine Nguele avait choisi la franchise avant le match : « Le Nigeria est une grande équipe et il part favori. » Un discours sans détour, mais sans complexe non plus. Elle voulait voir ses joueuses jouer leur football, sans se laisser paralyser par l’histoire.
Sur le terrain, dimanche, cette histoire a d’ailleurs failli se répéter. Le Nigeria a dominé une large partie de la rencontre : 62 % de possession, huit tirs cadrés, une nette supériorité territoriale. Rasheedat Ajibade a même tenté sa chance dès la deuxième minute. Mais le Cameroun avait un plan, et une héroïne du jour.
Le coup franc qui a tout changé
20e minute. Coup franc à l’entrée de la surface nigériane. Myriam Maéva Nyadjou s’avance. Frappe enroulée, pleine lucarne. Chiamaka Nnadozie, pourtant l’une des meilleures gardiennes du continent, ne peut rien faire. Un but d’une pureté rare.
Restait à tenir. Pendant plus de soixante-dix minutes, les Lionnes Indomptables ont défendu cet avantage avec les dents. Gift Monday, Joe Echegini, Uchenna Kanu ont multiplié les assauts en fin de match. À chaque fois, une femme s’est dressée : la gardienne camerounaise Michaely Bihina, auteure d’une prestation majuscule. Elle a multiplié les arrêts décisifs jusqu’au coup de sifflet final.
Une équipe qu’on n’attendait même pas au Maroc
Le plus fou, dans cette histoire, c’est que le Cameroun n’aurait même pas dû être à cette CAN. Éliminées par l’Algérie lors du dernier tour des qualifications (défaite 3-1 sur l’ensemble des deux confrontations), les Lionnes Indomptables ont été repêchées par la CAF grâce à l’élargissement du tournoi de 12 à 16 équipes.
La préparation, elle non plus, n’a pas été un long fleuve tranquille. Jean-Baptiste Bisseck, le sélectionneur, est limogé fin octobre 2025. Un intérim est assuré par son adjointe Joséphine Ndoumou Mike, avant l’arrivée de Valentine Nguele, ancienne entraîneure du FC Ebolowa. Elle a été nommée à peine quelques semaines avant le début de la compétition. Moins de vingt-quatre heures après sa nomination, elle publie déjà une liste élargie de 42 joueuses. Un chantier XXL, mené dans l’urgence, avec l’appui du coordinateur technique Dimitri Lipoff, passé par l’Olympique lyonnais, le PSG ou encore Al Ahly, et de son adjoint Frederic Anikine.
Les semaines suivantes n’ont pas été simples pour autant. Plusieurs médias camerounais ont évoqué un climat tendu dans le groupe, entre désaccords sur la gestion des primes, débats autour du brassard de capitaine, et adaptation à la nouvelle politique du staff. De quoi nourrir le doute, à un mois d’un rendez-vous continental majeur.
Sur le terrain, pourtant, l’équipe a répondu. Versées dans le groupe D avec le Mali, le Ghana et le Cap-Vert, les Lionnes Indomptables ont fini premières avec sept points : deux victoires, contre le Mali (2-1) puis le Ghana (1-0), et un match nul face au Cap-Vert (1-1). Seulement deux buts encaissés en trois matches : la défense la plus solide du tournoi, ou presque. La base parfaite pour aller chercher, ensuite, la tête du Nigeria.
Les visages de l’exploit
Myriam Maéva Nyadjou, l’auteure du but en or, incarne la nouvelle génération camerounaise : jeune, décomplexée, et visiblement peu impressionnée par le maillot d’en face.
Michaely Bihina, gardienne évoluant à Benfica, a livré la performance de sa carrière face au Nigeria. Sans elle, l’histoire aurait sans doute été différente.
Colette Ndzana, capitaine à seulement 25 ans, symbolise le passage de témoin dans le vestiaire des Lionnes, désormais construit autour d’une génération plus jeune.
Gabrielle Onguéné, 37 ans, reste la mémoire vivante du groupe. Dernière survivante de la génération qui a porté le Cameroun vers trois finales continentales (2004, 2014, 2016) et deux Coupes du monde, elle apporte l’expérience qui a manqué lors des échecs précédents.
Un Mondial déjà en poche, une demi-finale à jouer
Grâce à ce succès, le Cameroun décroche sa qualification pour la Coupe du Monde féminine 2027 au Brésil : les quatre demi-finalistes de cette CAN obtiennent en effet leur billet direct. Une première depuis huit ans pour les Lionnes Indomptables, qui n’avaient plus atteint ce stade de la compétition depuis leur troisième place de 2018.
Le parcours, lui, ne s’arrête pas là. En demi-finale, le Cameroun affrontera le Maroc, pays hôte, qui a éliminé l’Afrique du Sud. Un nouveau test de très haut niveau attend les Camerounaises, à deux victoires d’un premier titre continental que leur histoire, pourtant riche de trois finales perdues, ne leur a encore jamais offert.
Pour l’heure, une certitude : à Casablanca, les Lionnes Indomptables ont fait tomber un tabou vieux de plus de dix ans. La suite s’écrira sur le terrain, mais elle s’écrira au Brésil, quoi qu’il arrive.







