Suite et fin
Manœuvre délicate
Le cortège a donc été forcé à ralentir. Comme il le fait rarement. Paul Biya a plongé pendant un long moment ses yeux dans ces eaux boueuses. Un peu perdu devant cette réalité que son peuple vit au quotidien. Depuis une vingtaine d’années. La sécurité a hésité. On a décidé de faire violer au président de la République les bases élémentaires du code de la route. Il a pris le sens giratoire (rond-point) à l’envers. A la manière de ces jeunes, dans les banlieues françaises, spécialistes des rodéos sur des autoroutes dangereuses. Il est passé à gauche, côté Trésor. Mais un Trésor d’infortune.
Alors que le cortège s’engage dans la délicate manœuvre, le peuple observe, hilare, sous la pluie devenue très fine. Puis, soudain, un bruit sourd. Ou, plutôt, un chœur calme mais déterminé de damnés qui huent le chef de l’Etat. "C’est une honte pour notre pays", "La honte", "Houuuuu !", "Voilà le Cameroun !", "Prends l’avion", "Prends même le bateau !", "Houuuuuuu !", "La honte !", "Un président qui viole le code de la route", etc. Rien ne les arrête. Pas même ces éléments de la Garde présidentielle que certains se permettent même de narguer. La scène dure une poignée de secondes. Insolite. Inédite. Au cœur d’une Poste centrale déchaînée, sous un ciel qui s’éclaircit peu à peu en cette heure où le soleil se couche.
Source Quotidien Mutations
Manœuvre délicate
Le cortège a donc été forcé à ralentir. Comme il le fait rarement. Paul Biya a plongé pendant un long moment ses yeux dans ces eaux boueuses. Un peu perdu devant cette réalité que son peuple vit au quotidien. Depuis une vingtaine d’années. La sécurité a hésité. On a décidé de faire violer au président de la République les bases élémentaires du code de la route. Il a pris le sens giratoire (rond-point) à l’envers. A la manière de ces jeunes, dans les banlieues françaises, spécialistes des rodéos sur des autoroutes dangereuses. Il est passé à gauche, côté Trésor. Mais un Trésor d’infortune.
Alors que le cortège s’engage dans la délicate manœuvre, le peuple observe, hilare, sous la pluie devenue très fine. Puis, soudain, un bruit sourd. Ou, plutôt, un chœur calme mais déterminé de damnés qui huent le chef de l’Etat. "C’est une honte pour notre pays", "La honte", "Houuuuu !", "Voilà le Cameroun !", "Prends l’avion", "Prends même le bateau !", "Houuuuuuu !", "La honte !", "Un président qui viole le code de la route", etc. Rien ne les arrête. Pas même ces éléments de la Garde présidentielle que certains se permettent même de narguer. La scène dure une poignée de secondes. Insolite. Inédite. Au cœur d’une Poste centrale déchaînée, sous un ciel qui s’éclaircit peu à peu en cette heure où le soleil se couche.
Source Quotidien Mutations

