7. La contre-attaque soviétique
Il semble aujourd’hui si évident de jouer avec quatre défenseurs que l’on a peine à croire que l’inventeur de cette tactique ne soit pas vénéré au panthéon du football. Pourtant, cette révolution est presque passée inaperçue. Ce sont les Brésiliens qui ont popularisé ce schéma à la fin des années 1950, mais le premier à l’avoir mis en pratique est Boris Arkadiev, le formidable entraîneur russe dont l’ouvrage, Les Tactiques du football, paru en 1946, a été le livre de chevet des entraîneurs du bloc soviétique pendant des décennies. Arkadiev, un esthète qui emmenait ses joueurs dans les musées avant les grands matchs, avait une imagination fertile. Comme Chapman, il est fasciné par la contre-attaque. Son expérience de maître d’escrime à l’Ecole militaire de Moscou, où il a enseigné aux jeunes recrues les subtilités de la parade, y est peut-être pour quelque chose. “Nos joueurs ont travaillé pour s’écarter du WM schématique, pour insuffler l’âme russe dans cette invention anglaise, pour compenser le peu de cas que nous faisons des dogmesâ€, s’enorgueillit Arkadiev au terme de l’éblouissante saison 1940 réalisée par son équipe, le Dynamo de Moscou. “Nous avons semé le trouble chez l’adversaire, désarmé face à la soudaineté de nos actions. Notre ailier gauche, Sergueï Ilyine, a marqué l’essentiel de ses buts depuis une position d’avant-centre, notre ailier droit, Mikhaïl Semitchastny, depuis l’intérieur gauche, et notre avant-centre, Sergueï Soloviev, depuis les ailes.†La presse de l’époque acclame ce “désordre organiséâ€.
Après 1975, Arkadiev reprend en main l’équipe du CSKA Moscou, qui remporte à cinq reprises le titre de champion d’URSS. Ces succès auraient pu se poursuivre si Staline n’avait pas décidé de démanteler l’équipe, au motif que plusieurs de ses joueurs avaient contribué à la défaite soviétique face à la Yougoslavie aux Jeux olympiques de 1952. Mais Arkadiev avait d’ores et déjà accompli sa mission.
Jonathan Wilson
© Copyright Courrier International
Il semble aujourd’hui si évident de jouer avec quatre défenseurs que l’on a peine à croire que l’inventeur de cette tactique ne soit pas vénéré au panthéon du football. Pourtant, cette révolution est presque passée inaperçue. Ce sont les Brésiliens qui ont popularisé ce schéma à la fin des années 1950, mais le premier à l’avoir mis en pratique est Boris Arkadiev, le formidable entraîneur russe dont l’ouvrage, Les Tactiques du football, paru en 1946, a été le livre de chevet des entraîneurs du bloc soviétique pendant des décennies. Arkadiev, un esthète qui emmenait ses joueurs dans les musées avant les grands matchs, avait une imagination fertile. Comme Chapman, il est fasciné par la contre-attaque. Son expérience de maître d’escrime à l’Ecole militaire de Moscou, où il a enseigné aux jeunes recrues les subtilités de la parade, y est peut-être pour quelque chose. “Nos joueurs ont travaillé pour s’écarter du WM schématique, pour insuffler l’âme russe dans cette invention anglaise, pour compenser le peu de cas que nous faisons des dogmesâ€, s’enorgueillit Arkadiev au terme de l’éblouissante saison 1940 réalisée par son équipe, le Dynamo de Moscou. “Nous avons semé le trouble chez l’adversaire, désarmé face à la soudaineté de nos actions. Notre ailier gauche, Sergueï Ilyine, a marqué l’essentiel de ses buts depuis une position d’avant-centre, notre ailier droit, Mikhaïl Semitchastny, depuis l’intérieur gauche, et notre avant-centre, Sergueï Soloviev, depuis les ailes.†La presse de l’époque acclame ce “désordre organiséâ€.
Après 1975, Arkadiev reprend en main l’équipe du CSKA Moscou, qui remporte à cinq reprises le titre de champion d’URSS. Ces succès auraient pu se poursuivre si Staline n’avait pas décidé de démanteler l’équipe, au motif que plusieurs de ses joueurs avaient contribué à la défaite soviétique face à la Yougoslavie aux Jeux olympiques de 1952. Mais Arkadiev avait d’ores et déjà accompli sa mission.
Jonathan Wilson
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