Oryx : la légende calcinée
Brice MBEZE
[24/03/2006]
Le premier club africain vainqueur d’une coupe d’Afrique est menacé de disparition.
Une bande d’adolescents quitte l’aire de jeu en courant et se dirige vers un robinet qui coule dans un coin du stade Mbappé Lépé. Le reporter vient de débarquer sur les lieux. Il est 12h30. Le visiteur croit alors que la séance d’entraînement du jour vient de s’achever. " Non, c’est la pause eau ", coupe le coach resté seul prostré au rond central. Les joueurs ont deux minutes pour se désaltérer. Après la " pause ", ils retrouvent leur entraîneur. La séance d’entraînement peut se poursuivre. Si Oryx a tout perdu, le club tient à conserver becs et ongles un élément fort de sa tradition : le stade Mbappé Lépé, du nom du joueur mythique de cette équipe fondée en 1928.
Oryx est l’un des premiers clubs camerounais. Il fait partie du " club des trois ". " Chaque grande famille Douala s’identifiait à une équipe ", indique subrepticement Richard Mouasso, un ancien dirigeant qui a généreusement mis à notre disposition toute la documentation relative au club. Les Deido avaient créé le Léopard. Les Akwa avaient le Caïman. Oryx était l’une des marques d’identité des Bellois (natifs de Bali). Les trois clubs se livraient une lutte d’influence terrible. Les matches qui les opposaient étaient de véritables sommets du football à Douala. Le soccer est entré au Cameroun par la capitale économique. On peut donc comprendre pourquoi ces trois équipes de tradition ont écrit les pages du football camerounais juste après l’indépendance.
Les Bellois savent rendre hommage à leurs héros. S’ils continuent de vouer un culte fou à Mbappé Lépé, ils donnent des honneurs à tous les joueurs ayant enfilé au moins la tunique jaune et rouge de Oryx. On n’a pu mesurer cela en novembre dernier lorsque Moukoko " de Confiance ", un ancien joueur du club, a été assassiné à Bali. Tout le quartier a crié sa révolte dans la rue. Ce meurtre a eu une audience forte à Douala. La " rue de la joie " où le drame a été perpétré est même fermée depuis lors. Pour qui connaissait cette rue, on mesure la valeur qu’ont les anciens joueurs aux yeux des Bellois.
Brice MBEZE
[24/03/2006]
Le premier club africain vainqueur d’une coupe d’Afrique est menacé de disparition.
Une bande d’adolescents quitte l’aire de jeu en courant et se dirige vers un robinet qui coule dans un coin du stade Mbappé Lépé. Le reporter vient de débarquer sur les lieux. Il est 12h30. Le visiteur croit alors que la séance d’entraînement du jour vient de s’achever. " Non, c’est la pause eau ", coupe le coach resté seul prostré au rond central. Les joueurs ont deux minutes pour se désaltérer. Après la " pause ", ils retrouvent leur entraîneur. La séance d’entraînement peut se poursuivre. Si Oryx a tout perdu, le club tient à conserver becs et ongles un élément fort de sa tradition : le stade Mbappé Lépé, du nom du joueur mythique de cette équipe fondée en 1928.
Oryx est l’un des premiers clubs camerounais. Il fait partie du " club des trois ". " Chaque grande famille Douala s’identifiait à une équipe ", indique subrepticement Richard Mouasso, un ancien dirigeant qui a généreusement mis à notre disposition toute la documentation relative au club. Les Deido avaient créé le Léopard. Les Akwa avaient le Caïman. Oryx était l’une des marques d’identité des Bellois (natifs de Bali). Les trois clubs se livraient une lutte d’influence terrible. Les matches qui les opposaient étaient de véritables sommets du football à Douala. Le soccer est entré au Cameroun par la capitale économique. On peut donc comprendre pourquoi ces trois équipes de tradition ont écrit les pages du football camerounais juste après l’indépendance.
Les Bellois savent rendre hommage à leurs héros. S’ils continuent de vouer un culte fou à Mbappé Lépé, ils donnent des honneurs à tous les joueurs ayant enfilé au moins la tunique jaune et rouge de Oryx. On n’a pu mesurer cela en novembre dernier lorsque Moukoko " de Confiance ", un ancien joueur du club, a été assassiné à Bali. Tout le quartier a crié sa révolte dans la rue. Ce meurtre a eu une audience forte à Douala. La " rue de la joie " où le drame a été perpétré est même fermée depuis lors. Pour qui connaissait cette rue, on mesure la valeur qu’ont les anciens joueurs aux yeux des Bellois.

