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Yolaine prend place sur les bancs d'un bâtiment construit en 1998 par les Français. Un magnétoscope diffuse des clips de prévention (il n'y a que le son), il fait frais. Une centaine de personnes, des femmes essentiellement, entre 30 et 40 ans, patientent, les unes recroquevillées, les autres allongées, glacées de transpiration dans leurs boubous. Les plus jeunes ont toutes le même look : cheveux lissés, minces, sacs Dior, jeans moulants. «On dit qu'elles sont prostituées parce qu'elles font ça avec des hommes qu'elles ne connaissent pas.» Tout ce monde est là pour le suivi de CD4 (taux de lymphocytes), sauf huit personnes, venues pour le dépistage (1 600 francs CFA, 3 euros, dont 1 remboursé). «Huit tests, une centaine de levées de corps encore jeunes, aujourd'hui», soupire une infirmière. «Rien n'est fait dans ce pays pour inciter les gens à se dépister, ni à mettre la capote.» Il est presque midi, Yolaine flanche : «C'est pas la peine d'attendre, personne ne vient se faire dépister. Ça confirme la rumeur.» Celle-ci dit que le professeur Anomah Ngu, médecin camerounais, a découvert le traitement du sida, «tu prends ça pendant douze jours et tu es guéri».
Le Comité national de lutte contre le sida (CNLS) a dressé en octobre un bilan désastreux des politiques publiques camerounaises, «irresponsables, immorales, inadéquates, inefficaces». Le docteur Fezeu, secrétaire permanent du CNLS estime que «les charlatans ne sont plus seulement de présumés thérapeutes, mais surtout des restaurateurs de dignité, face à la maladie réputée honteuse, culpabilisante et stigmatisante».
Taux officiel. Au Cameroun, le taux officiel de séroprévalence est de 5,5 %, et s'élève à 10 % pour les femmes de Yaoundé. Selon un responsable de l'hôpital général, les statistiques intègrent la population de 0 à 75 ans afin de présenter des chiffres stables justifiant le renouvellement des subventions, «mais, selon nous, plus de la moitié des femmes sexuellement actives de Yaoundé sont infectées». La situation inquiète les chancelleries étrangères. Les Suisses estiment que le tiers des étudiantes de l'université de Yaoundé sont séropositives. Une campagne de dépistage menée dans un des lycées les plus prestigieux du pays a été stoppée dès les premiers résultats, «colossaux», selon ce même responsable. «Le sida au Cameroun est un sujet politique très chaud, il y a d'énormes enjeux financiers.» La contamination d'une partie de la classe politique dirigeante ne relè
Yolaine prend place sur les bancs d'un bâtiment construit en 1998 par les Français. Un magnétoscope diffuse des clips de prévention (il n'y a que le son), il fait frais. Une centaine de personnes, des femmes essentiellement, entre 30 et 40 ans, patientent, les unes recroquevillées, les autres allongées, glacées de transpiration dans leurs boubous. Les plus jeunes ont toutes le même look : cheveux lissés, minces, sacs Dior, jeans moulants. «On dit qu'elles sont prostituées parce qu'elles font ça avec des hommes qu'elles ne connaissent pas.» Tout ce monde est là pour le suivi de CD4 (taux de lymphocytes), sauf huit personnes, venues pour le dépistage (1 600 francs CFA, 3 euros, dont 1 remboursé). «Huit tests, une centaine de levées de corps encore jeunes, aujourd'hui», soupire une infirmière. «Rien n'est fait dans ce pays pour inciter les gens à se dépister, ni à mettre la capote.» Il est presque midi, Yolaine flanche : «C'est pas la peine d'attendre, personne ne vient se faire dépister. Ça confirme la rumeur.» Celle-ci dit que le professeur Anomah Ngu, médecin camerounais, a découvert le traitement du sida, «tu prends ça pendant douze jours et tu es guéri».
Le Comité national de lutte contre le sida (CNLS) a dressé en octobre un bilan désastreux des politiques publiques camerounaises, «irresponsables, immorales, inadéquates, inefficaces». Le docteur Fezeu, secrétaire permanent du CNLS estime que «les charlatans ne sont plus seulement de présumés thérapeutes, mais surtout des restaurateurs de dignité, face à la maladie réputée honteuse, culpabilisante et stigmatisante».
Taux officiel. Au Cameroun, le taux officiel de séroprévalence est de 5,5 %, et s'élève à 10 % pour les femmes de Yaoundé. Selon un responsable de l'hôpital général, les statistiques intègrent la population de 0 à 75 ans afin de présenter des chiffres stables justifiant le renouvellement des subventions, «mais, selon nous, plus de la moitié des femmes sexuellement actives de Yaoundé sont infectées». La situation inquiète les chancelleries étrangères. Les Suisses estiment que le tiers des étudiantes de l'université de Yaoundé sont séropositives. Une campagne de dépistage menée dans un des lycées les plus prestigieux du pays a été stoppée dès les premiers résultats, «colossaux», selon ce même responsable. «Le sida au Cameroun est un sujet politique très chaud, il y a d'énormes enjeux financiers.» La contamination d'une partie de la classe politique dirigeante ne relè

