Les paradoxes africains d'Eric Dupond-Moretti
Par Vincent Hugeux,
publié le 02/02/2019 à 07:00 par l'express
(3/4)
Deux mois auparavant, lors d'un entretien téléphonique avec l'auteur de ces lignes, Eric Dupond-Moretti avait déjà nié avoir jamais envisagé intervenir de quelque manière que ce soit dans la procédure Mokoko. Au terme d'un long monologue, ponctué de "Attendez !" péremptoires et de "Vous n'imaginez quand même pas, Monsieur !" quelque peu surjoués, il avait martelé ceci : "Si d'aventure je devais un jour travailler pour les autorités du Congo, c'est que j'aurais acquis la conviction de pouvoir oeuvrer dans le sens de l'ouverture, du pluralisme et de la démocratie."
A entendre l'opposant radical Andréa Ngombet, animateur du collectif Sassoufit, le cabinet DM&V aurait "fourni une aide technique" en amont du procès Mokoko. Thèse que récuse fermement l'avocat. Aux dires du même Ngombet, le très sulfureux homme d'affaires Jean-Yves Ollivier, pilier de la Françafrique très en cour au palais, a lui aussi contribué à l'introduction de Dupond-Moretti auprès de Sassou. Ce que l'intéressé, président de la Fondation Brazzaville, dément vigoureusement, arguant qu'il n'a "jamais rencontré" l'illustre ténor à la voix de... baryton.
A l'évidence, la coopération avec Brazza s'est intensifiée au fil des mois. Un autre communiqué diffusé sur papier à en-tête par le même cabinet, le 14 novembre 2018, dénonce l'attaque menée par "un individu cagoulé", au coeur de la nuit précédente, contre l'ambassade du Congo en France, rue Paul-Valéry, dans le 16e arrondissement. Bilan : quelques slogans tagués sur les murs de l'édifice et une voiture incendiée. "Les autorités congolaises, indiquent les mandataires parisiens, entendent que ce type d'agressions (sic), qui tendent (re-sic) à se répéter, ne reste pas impuni, et vont donc déposer plainte" contre X dans le cadre de l'enquête confiée à la police judiciaire par le parquet de Paris.
On notera toutefois qu'avant de plaider pour la présidence, Dupond-Moretti avait figuré au sein du collectif d'avocats constitué pour défendre Marcel Ntsourou, ex-n°2 des services secrets congolais, condamné en septembre 2014 aux travaux forcés à perpétuité pour rébellion armée, au terme d'un procès consécutif aux affrontements meurtriers survenus à la mi-décembre 2013 à Brazzaville entre ses miliciens et l
Par Vincent Hugeux,
publié le 02/02/2019 à 07:00 par l'express
(3/4)
Deux mois auparavant, lors d'un entretien téléphonique avec l'auteur de ces lignes, Eric Dupond-Moretti avait déjà nié avoir jamais envisagé intervenir de quelque manière que ce soit dans la procédure Mokoko. Au terme d'un long monologue, ponctué de "Attendez !" péremptoires et de "Vous n'imaginez quand même pas, Monsieur !" quelque peu surjoués, il avait martelé ceci : "Si d'aventure je devais un jour travailler pour les autorités du Congo, c'est que j'aurais acquis la conviction de pouvoir oeuvrer dans le sens de l'ouverture, du pluralisme et de la démocratie."
A entendre l'opposant radical Andréa Ngombet, animateur du collectif Sassoufit, le cabinet DM&V aurait "fourni une aide technique" en amont du procès Mokoko. Thèse que récuse fermement l'avocat. Aux dires du même Ngombet, le très sulfureux homme d'affaires Jean-Yves Ollivier, pilier de la Françafrique très en cour au palais, a lui aussi contribué à l'introduction de Dupond-Moretti auprès de Sassou. Ce que l'intéressé, président de la Fondation Brazzaville, dément vigoureusement, arguant qu'il n'a "jamais rencontré" l'illustre ténor à la voix de... baryton.
A l'évidence, la coopération avec Brazza s'est intensifiée au fil des mois. Un autre communiqué diffusé sur papier à en-tête par le même cabinet, le 14 novembre 2018, dénonce l'attaque menée par "un individu cagoulé", au coeur de la nuit précédente, contre l'ambassade du Congo en France, rue Paul-Valéry, dans le 16e arrondissement. Bilan : quelques slogans tagués sur les murs de l'édifice et une voiture incendiée. "Les autorités congolaises, indiquent les mandataires parisiens, entendent que ce type d'agressions (sic), qui tendent (re-sic) à se répéter, ne reste pas impuni, et vont donc déposer plainte" contre X dans le cadre de l'enquête confiée à la police judiciaire par le parquet de Paris.
On notera toutefois qu'avant de plaider pour la présidence, Dupond-Moretti avait figuré au sein du collectif d'avocats constitué pour défendre Marcel Ntsourou, ex-n°2 des services secrets congolais, condamné en septembre 2014 aux travaux forcés à perpétuité pour rébellion armée, au terme d'un procès consécutif aux affrontements meurtriers survenus à la mi-décembre 2013 à Brazzaville entre ses miliciens et l

