STRATÉGIE DE LA TENSION
Au Cameroun, la sortie antisémite d'un ministre rappelle le spectre de la haine ethnique
Par Maria Malagardis — 5 février 2019 à 19:07
En justifiant l'extermination des Juifs par une prétendue «arrogance», le ministre délégué à la Justice Jean de Dieu Momo révèle aussi la tentation du pouvoir de raviver la division dans un pays qui traverse une période tumultueuse.
L'actu Libé, tous les matins.
En quelques phrases, le ministre délégué à la Justice Jean de Dieu Momo, jusqu’alors homme politique camerounais de second plan, s’est taillé dimanche une réputation planétaire dont le régime en place à Yaoundé se serait bien passé. Surtout dans cette période particulièrement tumultueuse pour le Cameroun : des manifestations y ont été violemment réprimées le 26 janvier, suivies deux jours plus tard par l’arrestation de plusieurs personnalités de l’opposition, dont son leader, Maurice Kamto, toujours détenu à ce jour sans notification des charges contre lui. Emprisonné à Yaoundé, il a entamé cette semaine une grève de la faim.
C’est précisément pour commenter cette situation tendue que le ministre intervenait dimanche dans Actualités hebdo, une émission de la télévision publique. Mais au bout d’une vingtaine de minutes d’interview, tout dérape. «L’histoire bégaye…», commence par expliquer le ministre avec un grand sourire. Avant de poursuivre : «En Allemagne, il y avait un peuple qui était très riche et qui avait tous les leviers économiques, c’était les Juifs. Ils étaient d’une arrogance telle que les peuples allemands se sentaient un peu frustrés. Puis un jour est venu au pouvoir un certain Hitler, qui a mis ces populations-là dans des chambres à gaz. Il faut que les gens instruits comme M. Kamto puissent savoir où ils amènent leur peuple.»
Ces «propos inappropriés», le gouvernement camerounais les a dénoncés avec empressement dès lundi, se désolidarisant de la sortie outrageusement antisémite de son ministre délégué à la Justice.
Branle-bas de combat
Tollé immédiat ! Les propos antisémites du ministre se répandent comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. Et dans la foulée, à trois heures du matin, dans la nuit de dimanche à lundi, l’ambassade israélienne au Cameroun publie un communiqué officiel virulent dans lequel elle se dit «outragée par cette sortie». Branle-bas de combat, quelque
Au Cameroun, la sortie antisémite d'un ministre rappelle le spectre de la haine ethnique
Par Maria Malagardis — 5 février 2019 à 19:07
En justifiant l'extermination des Juifs par une prétendue «arrogance», le ministre délégué à la Justice Jean de Dieu Momo révèle aussi la tentation du pouvoir de raviver la division dans un pays qui traverse une période tumultueuse.
L'actu Libé, tous les matins.
En quelques phrases, le ministre délégué à la Justice Jean de Dieu Momo, jusqu’alors homme politique camerounais de second plan, s’est taillé dimanche une réputation planétaire dont le régime en place à Yaoundé se serait bien passé. Surtout dans cette période particulièrement tumultueuse pour le Cameroun : des manifestations y ont été violemment réprimées le 26 janvier, suivies deux jours plus tard par l’arrestation de plusieurs personnalités de l’opposition, dont son leader, Maurice Kamto, toujours détenu à ce jour sans notification des charges contre lui. Emprisonné à Yaoundé, il a entamé cette semaine une grève de la faim.
C’est précisément pour commenter cette situation tendue que le ministre intervenait dimanche dans Actualités hebdo, une émission de la télévision publique. Mais au bout d’une vingtaine de minutes d’interview, tout dérape. «L’histoire bégaye…», commence par expliquer le ministre avec un grand sourire. Avant de poursuivre : «En Allemagne, il y avait un peuple qui était très riche et qui avait tous les leviers économiques, c’était les Juifs. Ils étaient d’une arrogance telle que les peuples allemands se sentaient un peu frustrés. Puis un jour est venu au pouvoir un certain Hitler, qui a mis ces populations-là dans des chambres à gaz. Il faut que les gens instruits comme M. Kamto puissent savoir où ils amènent leur peuple.»
Ces «propos inappropriés», le gouvernement camerounais les a dénoncés avec empressement dès lundi, se désolidarisant de la sortie outrageusement antisémite de son ministre délégué à la Justice.
Branle-bas de combat
Tollé immédiat ! Les propos antisémites du ministre se répandent comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. Et dans la foulée, à trois heures du matin, dans la nuit de dimanche à lundi, l’ambassade israélienne au Cameroun publie un communiqué officiel virulent dans lequel elle se dit «outragée par cette sortie». Branle-bas de combat, quelque

