J’ai dit au Colonel Griblin, commandant du groupement de Dschang, "vivement que la paix revienne". Il m’a répondu : "Bien sûr, vous, les Camerounais, vous serez contents. Mais, nous, les militaires français, qu’est-ce que nous allons devenir ? Heureusement qu’il y a le Congo" »
L’armée ne fait pas de quartier. Les cadavres sont exposés dans les villages, de même que les têtes des prisonniers qui ont été décapités. Entre février et mars 1960 cent cinquante-six villages bamilékés sont incendiés et rasés. Un bilan méticuleux des destructions de biens publics sera opéré : 116 classes, 3 hôpitaux, 46 dispensaires, 12 stations agricoles, 40 ponts seront détruits. Personne n’a recencé les logements privés détruits ni les récoltes incendiées. Personne n’a pu dénombrer les dizaines de milliers de civils qui ont été massacrés. On ne saura jamais.
Jeannette Kamtchueng témoigne, de ses souvenirs de petite fille :
« Le soir, les convois des militaires reviennent remplis des têtes qui sont déversées et exposées au carrefour qui deviendra le carrefour des maquisards, jusqu’à mon départ du Cameroun, en 1976, et même peut-être jusqu’à aujourd’hui. C’est au coeur de Bafoussam, à une trentaine de mètres de la maison de mes parents que tout cela est exposé. C’est aussi là que les exécutions ont lieu. Après une certaine pause, en raison de la famine et en l’absence de tout secours, les populations sont rentrées dans les royaumes sans maisons et sans cultures. D’autres sont allées dans les camps créés par l’occupant, sans eau, sans accès au bois, et terrorisées par les militaires.
A son retour, papa n’était qu’un témoin renvoyé par Dieu, pour témoigner de ce qu’est l’horreur coloniale, l’hitlérisme version tropicale. Il parlait tout seul, il se défendait, ne sortait pas. Son corps était présent, mais sa personne, son esprit, sa personnalité étaient restés dans les camps de la mort. Certains, surtout l’occupant lui-même, ont osé avancer le chiffre de 400 000 morts. Sur quelle période ? Les gens morts dans la région du Mungo sont-ils comptés ? Beaucoup sont morts là -bas. D’autres ont été tatoués et renvoyés à l’Ouest où les massacres et les entassements dans les camps faisaient rage. A-t-on compté ceux qui mourraient dans les camps de concentration, ceux des camps d’extermination (BBm, Yoko), tous les camps militaires de l’Ouest ? Et Ban
L’armée ne fait pas de quartier. Les cadavres sont exposés dans les villages, de même que les têtes des prisonniers qui ont été décapités. Entre février et mars 1960 cent cinquante-six villages bamilékés sont incendiés et rasés. Un bilan méticuleux des destructions de biens publics sera opéré : 116 classes, 3 hôpitaux, 46 dispensaires, 12 stations agricoles, 40 ponts seront détruits. Personne n’a recencé les logements privés détruits ni les récoltes incendiées. Personne n’a pu dénombrer les dizaines de milliers de civils qui ont été massacrés. On ne saura jamais.
Jeannette Kamtchueng témoigne, de ses souvenirs de petite fille :
« Le soir, les convois des militaires reviennent remplis des têtes qui sont déversées et exposées au carrefour qui deviendra le carrefour des maquisards, jusqu’à mon départ du Cameroun, en 1976, et même peut-être jusqu’à aujourd’hui. C’est au coeur de Bafoussam, à une trentaine de mètres de la maison de mes parents que tout cela est exposé. C’est aussi là que les exécutions ont lieu. Après une certaine pause, en raison de la famine et en l’absence de tout secours, les populations sont rentrées dans les royaumes sans maisons et sans cultures. D’autres sont allées dans les camps créés par l’occupant, sans eau, sans accès au bois, et terrorisées par les militaires.
A son retour, papa n’était qu’un témoin renvoyé par Dieu, pour témoigner de ce qu’est l’horreur coloniale, l’hitlérisme version tropicale. Il parlait tout seul, il se défendait, ne sortait pas. Son corps était présent, mais sa personne, son esprit, sa personnalité étaient restés dans les camps de la mort. Certains, surtout l’occupant lui-même, ont osé avancer le chiffre de 400 000 morts. Sur quelle période ? Les gens morts dans la région du Mungo sont-ils comptés ? Beaucoup sont morts là -bas. D’autres ont été tatoués et renvoyés à l’Ouest où les massacres et les entassements dans les camps faisaient rage. A-t-on compté ceux qui mourraient dans les camps de concentration, ceux des camps d’extermination (BBm, Yoko), tous les camps militaires de l’Ouest ? Et Ban

