Achille Mbembé suite te fin
D’où viendra-t-elle, cette grande idée ?
Parfois pris pour un « singe » sur les stades européens, ce jeune homme est devenu, peut-être malgré lui ou encore à son insu, l’emblème d’un pays profondément divisé contre lui-même – un pays très profondément corrompu et miné par la médiocrité ; un pays auquel Eto’o rappelle sans cesse, par ses performances, une certaine idée de l’excellence ; mais un peuple qui, esclave des plaisirs violents et rapides, a pris goût à la vénalité.
A l’exemple de l’équipe nationale de football, Samuel Eto’o représente donc notre songe et notre cauchemar à la fois, une poétique du possible – ce que ce pays pourrait être s’il s’y prenait vraiment, sérieusement, et autrement.
En même temps, et paradoxalement, la réussite, tout comme celle des Lions Indomptable, ne fait que mette à nu ce fond obscur de notre culture qui consiste en un attachement libidinal au principe servile.
Et c’est en cela que ce joueur si talentueux et si généreux est l’expression vivante d’une manière du tragique qui semble sinon habiter, du moins accompagner notre histoire coloniale et postcoloniale.
Il est à cet égard significatif que lors d’une interview récente, l’unique point positif qu’il ait pu mettre au crédit de ce pays est qu’il ne soit point en guère. Après bientôt cinquante ans d’indépendance, la minceur d’un tel bilan n’échappe personne.
Significatif aussi est cette sorte d’impatience qu’il ne cesse de manifester à l’égard de ceux qui, ne comprenant pas quel projet l’anime vraiment, cherchent sans cesse à le ramener à des choses vulgaires. Il a raison.
Il reste que pour véritablement changer les choses – ce qui n’est pas la même chose que faire la charité – il faut être porteur d’une grande idée.
D’où lui viendra-t-elle, cette grande idée ?
Il est injuste d’adresser cette question à Eto’o tout seul, ou d’attendre que nos footballeurs changent les choses à notre place.
Au fait, que nos footballeurs soient en passe de devenir nos « intellectuels » en dit long sur le type de société et de culture que nous avons fini par créer.
D’où viendra-t-elle, cette grande idée ?
Parfois pris pour un « singe » sur les stades européens, ce jeune homme est devenu, peut-être malgré lui ou encore à son insu, l’emblème d’un pays profondément divisé contre lui-même – un pays très profondément corrompu et miné par la médiocrité ; un pays auquel Eto’o rappelle sans cesse, par ses performances, une certaine idée de l’excellence ; mais un peuple qui, esclave des plaisirs violents et rapides, a pris goût à la vénalité.
A l’exemple de l’équipe nationale de football, Samuel Eto’o représente donc notre songe et notre cauchemar à la fois, une poétique du possible – ce que ce pays pourrait être s’il s’y prenait vraiment, sérieusement, et autrement.
En même temps, et paradoxalement, la réussite, tout comme celle des Lions Indomptable, ne fait que mette à nu ce fond obscur de notre culture qui consiste en un attachement libidinal au principe servile.
Et c’est en cela que ce joueur si talentueux et si généreux est l’expression vivante d’une manière du tragique qui semble sinon habiter, du moins accompagner notre histoire coloniale et postcoloniale.
Il est à cet égard significatif que lors d’une interview récente, l’unique point positif qu’il ait pu mettre au crédit de ce pays est qu’il ne soit point en guère. Après bientôt cinquante ans d’indépendance, la minceur d’un tel bilan n’échappe personne.
Significatif aussi est cette sorte d’impatience qu’il ne cesse de manifester à l’égard de ceux qui, ne comprenant pas quel projet l’anime vraiment, cherchent sans cesse à le ramener à des choses vulgaires. Il a raison.
Il reste que pour véritablement changer les choses – ce qui n’est pas la même chose que faire la charité – il faut être porteur d’une grande idée.
D’où lui viendra-t-elle, cette grande idée ?
Il est injuste d’adresser cette question à Eto’o tout seul, ou d’attendre que nos footballeurs changent les choses à notre place.
Au fait, que nos footballeurs soient en passe de devenir nos « intellectuels » en dit long sur le type de société et de culture que nous avons fini par créer.

