Parce que leur morphologie s’est adaptée aux contraintes du réseau social, ces contenus sont incontestablement plus « efficaces » que leurs prédécesseurs pour capter l’attention de l’internaute. Mais ils incarnent aussi une nouvelle logique : celle qui vise en priorité à être liké, commenté et partagé directement sur le réseau social, davantage qu’à être lu sur un site tiers.
Or rien ne provoque mieux cet effet que l’indignation. Comme le relève Molly Crockett, professeure en psychologie à l’université Yale, l’indignation est le carburant de ces réseaux sociaux, qui « exacerbent la façon dont on [l’]exprime, en gonflant les stimulus déclencheurs, en réduisant son coût et en amplifiant les bénéfices personnels que l’on en tire ». En clair, s’indigner en ligne, c’est flatter son ego en collectionnant les likes et les cœurs.
Pour les producteurs de contenus, le plus infaillible est donc de parler de ce qui peut énerver le lecteur : « les clichés sexistes dans les pubs », les réactions à une énième ineptie de Donald Trump, les « énormités proférées dans les médias » par les signataires d’une tribune parue dans Le Monde, un montage larmoyant montrant les militants écologistes assassinés en 2017…
Une tendance qui présente des risques
Comme le note le Financial Times, ce phénomène peut conduire à une forme de surenchère continue. Mais on peut discerner au moins trois autres conséquences :
1. D’abord, on fait des raccourcis.
C’est ce que décrivent la sociologue Sarah Sobieraj et le professeur de sciences politiques Jeffrey Berry dans The Outrage Industry : Political Opinion Media and the New Incivility, paru en 2014. Dans leur ouvrage, les auteurs prennent l’exemple d’une vidéo montrant un policier arrosant des manifestants de bombe au poivre dans le cadre du mouvement Occupy Wall Street, en 2011.
Même si de nombreuses zones d’ombres subsistaient quant au contexte, un certain nombre de médias ont très vite fait le lien entre cette séquence et des épisodes passés de violences policières. Et poussé les spectateurs à s’indigner de ce que cette mise en parallèle désignait, de fait, comme « un nouvel épisode » de violence gratuite de la part des forces de l’ordre.
Même chose avec l’affaire Keaton Jones, plus récente. Le 9 décembre 2017, la mère de ce jeune garçon publie une vidéo dans laquelle, en pleurs, il explique faire l’obje
Or rien ne provoque mieux cet effet que l’indignation. Comme le relève Molly Crockett, professeure en psychologie à l’université Yale, l’indignation est le carburant de ces réseaux sociaux, qui « exacerbent la façon dont on [l’]exprime, en gonflant les stimulus déclencheurs, en réduisant son coût et en amplifiant les bénéfices personnels que l’on en tire ». En clair, s’indigner en ligne, c’est flatter son ego en collectionnant les likes et les cœurs.
Pour les producteurs de contenus, le plus infaillible est donc de parler de ce qui peut énerver le lecteur : « les clichés sexistes dans les pubs », les réactions à une énième ineptie de Donald Trump, les « énormités proférées dans les médias » par les signataires d’une tribune parue dans Le Monde, un montage larmoyant montrant les militants écologistes assassinés en 2017…
Une tendance qui présente des risques
Comme le note le Financial Times, ce phénomène peut conduire à une forme de surenchère continue. Mais on peut discerner au moins trois autres conséquences :
1. D’abord, on fait des raccourcis.
C’est ce que décrivent la sociologue Sarah Sobieraj et le professeur de sciences politiques Jeffrey Berry dans The Outrage Industry : Political Opinion Media and the New Incivility, paru en 2014. Dans leur ouvrage, les auteurs prennent l’exemple d’une vidéo montrant un policier arrosant des manifestants de bombe au poivre dans le cadre du mouvement Occupy Wall Street, en 2011.
Même si de nombreuses zones d’ombres subsistaient quant au contexte, un certain nombre de médias ont très vite fait le lien entre cette séquence et des épisodes passés de violences policières. Et poussé les spectateurs à s’indigner de ce que cette mise en parallèle désignait, de fait, comme « un nouvel épisode » de violence gratuite de la part des forces de l’ordre.
Même chose avec l’affaire Keaton Jones, plus récente. Le 9 décembre 2017, la mère de ce jeune garçon publie une vidéo dans laquelle, en pleurs, il explique faire l’obje

