NOURRI SUR LE TRIBALISME suite
Le discours du pouvoir n’est cependant pas entendu par tous (…) Dans les campagnes, les populations sont aussi souvent très critiques: « Paul Biya où est l’argent? Mais où donc s’en est allé l’argent? Le macabo se brade. Le sel vaut de l’or. Se brade le manioc alors que la viande de bœuf est intouchable. La banane se vend mal, la ville de Yaoundé est chère. Paul Biya où est l’argent? Mais où donc s’en est allé l’argent? Qu’as-tu donc fait de l’argent? », chantaient des femmes beti dans les années 1990. Toutefois, il est indéniable que le fonctionnement du régime a aggravé les clivages. L’une des conséquences est la partition très nette du jeu politique: aujourd’hui, le RDPC est catalogué
beti, le SDF anglo-bamiléké, l’UDC bamoun, l’UPC toutes tendances confondues bassa, l’UNDP peul et kotoko. Au sein de l’administration, des postes semblent interdits aux Bamiléké et aux Nordistes, tandis que des départements de l’université sont réputés monopolisés par telle ou telle ethnie. L’Énam apparaît ainsi comme une enclave beti tandis que l’École polytechnique passe pour une principauté bamiléké. Au cours des années 2000, les associations à caractère ethnique se sont également multipliées. Avant des élections, il est désormais coutumier de les voir annoncer leur intention de vote, invariablement en faveur de Biya. Les élites politiques, administratives ou économiques affichent aussi de plus en plus leur appartenance ethnique. Les enterrements, notamment, servent à ces démonstrations identitaires. « Même dans les sociétés dotées d’une longue histoire de
mobilité et dépourvues de traditions claires d’inhumation des défunts dans des lieux précis, il est désormais impératif d’enterrer au village, en grande pompe, les membres des “élites†urbaines.
La floraison récente des rites funèbres semble donc moins provenir d’une obligation traditionnelle que de la nécessité, pressante en ces temps électoraux, d’affirmer appartenance et origine ». La « bamiphobie » du pouvoir a également pénétré en partie les consciences. Les nombreux forums Internet d’échanges entre Camerounais en témoignent tout particulièrement. « Vous desservez et fragilisez la lutte contre le tribalisme, notre cause nationale et première », écrit un Camerounais installé en France après la lecture d’un article du journaliste Shanda Tonm
Le discours du pouvoir n’est cependant pas entendu par tous (…) Dans les campagnes, les populations sont aussi souvent très critiques: « Paul Biya où est l’argent? Mais où donc s’en est allé l’argent? Le macabo se brade. Le sel vaut de l’or. Se brade le manioc alors que la viande de bœuf est intouchable. La banane se vend mal, la ville de Yaoundé est chère. Paul Biya où est l’argent? Mais où donc s’en est allé l’argent? Qu’as-tu donc fait de l’argent? », chantaient des femmes beti dans les années 1990. Toutefois, il est indéniable que le fonctionnement du régime a aggravé les clivages. L’une des conséquences est la partition très nette du jeu politique: aujourd’hui, le RDPC est catalogué
beti, le SDF anglo-bamiléké, l’UDC bamoun, l’UPC toutes tendances confondues bassa, l’UNDP peul et kotoko. Au sein de l’administration, des postes semblent interdits aux Bamiléké et aux Nordistes, tandis que des départements de l’université sont réputés monopolisés par telle ou telle ethnie. L’Énam apparaît ainsi comme une enclave beti tandis que l’École polytechnique passe pour une principauté bamiléké. Au cours des années 2000, les associations à caractère ethnique se sont également multipliées. Avant des élections, il est désormais coutumier de les voir annoncer leur intention de vote, invariablement en faveur de Biya. Les élites politiques, administratives ou économiques affichent aussi de plus en plus leur appartenance ethnique. Les enterrements, notamment, servent à ces démonstrations identitaires. « Même dans les sociétés dotées d’une longue histoire de
mobilité et dépourvues de traditions claires d’inhumation des défunts dans des lieux précis, il est désormais impératif d’enterrer au village, en grande pompe, les membres des “élites†urbaines.
La floraison récente des rites funèbres semble donc moins provenir d’une obligation traditionnelle que de la nécessité, pressante en ces temps électoraux, d’affirmer appartenance et origine ». La « bamiphobie » du pouvoir a également pénétré en partie les consciences. Les nombreux forums Internet d’échanges entre Camerounais en témoignent tout particulièrement. « Vous desservez et fragilisez la lutte contre le tribalisme, notre cause nationale et première », écrit un Camerounais installé en France après la lecture d’un article du journaliste Shanda Tonm

