Ca chauffe dans les campus de Yaounde.
[Yaoundé I : Les étudiants défient le gouvernement]
26 Avr. 2005
Les cours n'ont pas eu lieu hier, malgré l'appel du ministre de l'Enseignement supérieur.
Le mot d'ordre de grève des étudiants a bien été respecté hier lundi 25 avril 2005, sur le campus de l'université de Yaoundé I. Pendant le week-end, Mouaffo, le président de l'Association pour la défense des droits des étudiants (Addec) les avait appelé à venir nombreux, vêtus de noir. Hier, dès 7h au campus de Ngoa-Ekellé, ils étaient plusieurs milliers, vêtus de noir ou portant un bandeau noir sur le bras. Massés devant l'amphi 300 et le rectorat, ils donnent de la voix à travers des chansons expressives : "Fame Ndongo, vient faire cours", "Chumbow va passer, Fame Ndongo va passer, mais l'étudiant ne passera pas..." Toutes ces chansons sont scandées au rythme des pas de danse bien cadencés.
Ils tiennent aussi des palmes et de nombreuses plaques sur les quelles des messages ont été hâtivement rédigés à la craie blanche ou au charbon. "Fameux Ndongo, la poignée d'étudiants ultra minoritaires vous saluent", "ô secours Benoit XVI", "Pourquoi on n'aime pas les étudiants?", peut-on lire. Au milieu de ces milliers d'étudiants, Mouafo prend la parole. Tel un tribun, il parle à ses camarades qui l'écoutent religieusement. De temps en temps, il l'applaudissent. "Nous les étudiants sommes la lumière de ce pays et nous allons le faire savoir. Notre combat est légitime et nous n'avons pas à craindre!", dit-il d'une voix affaiblie par 13 jours de grève de la faim. Après quelques minutes, épuisé, il retourne se coucher sur un matelas devant l'amphi 300 où il dort depuis bientôt deux semaines en compagnie de ses camarades. Les autres étudiants, au pas de course et en chantant, font le tour du campus. Pas un seul étudiant dans les amphis, ni l'ombre d'un enseignant.
Dans les conversations des étudiants, la sortie du ministre de l'Enseignement supérieur sur la Crtv vendredi dernier, reste le principal sujet. "Le ministre a été très arrogant et ignorant de l'université dont il prétend être le chef. Le restaurant ne coûte pas 100F! De toutes les façons, il a grillé sa carte et nous ne sommes plus à son niveau. C'est le Premier ministre désormais", lance un d'eux. La seule fille des grévistes de la faim, Carole Tchatchouang, pense que leur manifestation est une démonstration de la force et de la détermination des étudiants. "Nous avons voulu que les gars viennent montrer à l'administration camerounaise, à l'opinion nationale et internationale que nous ne sommes pas une minorité... l'université de Yaoundé I qui est la mère des université est en deuil... La grève va persister jusqu'à ce que le gouvernement nous respecte et nous traite en grands!"
Soa
Au rectorat, le professeur Samy Beban Chumbow recteur de l'université, guète les manifestations à travers la fenêtre de son secrétariat. Il ne manifeste pas beaucoup d'enthousiasme à recevoir la presse. Des sources internes à son service indiquent qu'il aurait donné l'ordre aux gendarmes de disperser les étudiants. Lesquels ont refusé en arguant l'incompétence de ce dernier à leur donner un tel ordre, surtout que l'option de non violence de la grève des étudiants est scrupuleusement respectée. 11h. Une quête est organisée pour ravitailler les grévistes de la faim en eau. Avec beaucoup d'enthousiasme, les étudiants mettent la main à la poche. Ce qui permet d'acheter 4 palettes d'eau minérale. Infatigables, ils continuent de chanter et de courir sur le campus. Dans les rangs, on parle de quelques étudiants, venus de l'université de Yaoundé II à Soa (Faculté des sciences économiques) pour apporter leur soutien à leurs camarades.
Subitement, on aperçoit un étudiant, tout de noir vêtu, grimper sur le toit de l'amphi 300. Il plante un drapeau noir. Ses camarades exultent et entonnent l'hymne national.
A un moment donné, une ambulance du Samu arrive sur le campus. La santé de Mouafo et de deux de ses camarade s'est détériorée. Sur de applaudissements nourris de ses camarades, il monte à bord du véhicule qui ne peut pas bouger. Les étudiants soupçonnent Fame Ndongo d'avoir "envoyé cette ambulance pour enlever les gars". Une longue discussion s'en suit entre les étudiants. Finalement le car s'ébranle vers le Chu, suivi par des milliers d'étudiants sur prés de 500 m. Seule la pluie qui s'est abattue sur le campus vers 14h30 disperse les étudiants qui promettent de "remettre ça demain". Selon des informations recueillies au téléphone au près du responsable de la communication du Minesup, le ministre Jacques Fame Ndongo, serait allé au Chu, au chevet des grévistes de la faim. Cette même source indique qu'avant toute levée du mot d'ordre de grève, Mouafo et ses camarades ont demandé à consulter leur base.
Diversion
Dans l'incapacité d'apporter des solutions tangibles aux revendications estudiantines, «diviser pour mieux régner», maxime mise en application dans des situations insurrectionnelles, semble occuper une place de choix dans la stratégie du ministre de l'Enseignement supérieur pour remédier à la grève qui paralyse le campus de Ngoa-Ekellé. Il est question de fragiliser les grévistes en essayant aux yeux de leurs camarades de les mettre en minorité en les présentant comme des marginaux. Et, minorer leur influence aux yeux de l'opinion en remettant en cause leur légitimité. Jusqu'ici les différentes initiatives allant dans ce sens ont tourné court.
On note même comme un effet boomerang, puisqu'on assiste à l'augmentation des effectifs des étudiants qui manifestent sur le campus aux côtés des leaders, membres de l'Association pour la défense des droits des étudiants camerounais, Addec.
La dernière en date, dont il ne fait pas de doute qu'elle a été impulsée par les services du Minesup qui se sont chargés de la ventilation du communiqué, est cette déclaration lue hier par un étudiant de la faculté des Lettres, sur les antennes du poste national de la Crtv en prime-time au journal de 13h. La déclaration a été rediffusée tout le reste de la journée lors des journaux parlés de la Crtv. Le porte parole des délégués d'étudiants a exhorté ses camarades «à reprendre le cours normal de la vie estudiantine.» Ce qui n'a rien changé à la réalité de la situation sur le campus puisque que ces délégués dont le processus de désignation est brumeux sont généralement contestés et soupçonnés par leurs camarades de collusion avec l'administration.
Dimanche 24 avril, au cours du magazine d'information «Dimanche midi», toujours sur le poste national de la Crtv, ce sont trois étudiants, qui disent être ceux jouissant de la légitimité pour parler au nom de l'Addec, qui ont, sur les ondes, invité leurs camarades à reprendre les cours conformément à l'appel de Jacques Fame Ndongo. Pour étayer cette position, ils ont parfois repris à leur compte un argumentaire similaire à celui usité par le Minesup au cours du point de presse donné vendredi dernier sur la Crtv-télé. René Bonono Bakota, Gaston Albert Efandene, Luc Christian Mballa n'ont pas dissimulé quelques accointances avec un très proche collaborateur du Minesup. Celui-ci se trouvait comme par enchantement à la sortie du studio-radio au moment où le président de l'Addec, son secrétaire général et son conseiller avaient fini de délivrer leur message. La tentative de remettre au goût du jour le fait qu'une grève estudiantine est liée à une manipulation de politiciens à laquelle il fallait répondre par une autre en créant un clan anatangoniste, sur la base d'un argumentaire ethno-tribal, comme dans les années 90 avec «le parlement» et «l'auto-défense», semble avoir vécu.
Jean-Bruno Tagne (Stagiaire) Mutations
[Yaoundé I : Les étudiants défient le gouvernement]
26 Avr. 2005
Les cours n'ont pas eu lieu hier, malgré l'appel du ministre de l'Enseignement supérieur.
Le mot d'ordre de grève des étudiants a bien été respecté hier lundi 25 avril 2005, sur le campus de l'université de Yaoundé I. Pendant le week-end, Mouaffo, le président de l'Association pour la défense des droits des étudiants (Addec) les avait appelé à venir nombreux, vêtus de noir. Hier, dès 7h au campus de Ngoa-Ekellé, ils étaient plusieurs milliers, vêtus de noir ou portant un bandeau noir sur le bras. Massés devant l'amphi 300 et le rectorat, ils donnent de la voix à travers des chansons expressives : "Fame Ndongo, vient faire cours", "Chumbow va passer, Fame Ndongo va passer, mais l'étudiant ne passera pas..." Toutes ces chansons sont scandées au rythme des pas de danse bien cadencés.
Ils tiennent aussi des palmes et de nombreuses plaques sur les quelles des messages ont été hâtivement rédigés à la craie blanche ou au charbon. "Fameux Ndongo, la poignée d'étudiants ultra minoritaires vous saluent", "ô secours Benoit XVI", "Pourquoi on n'aime pas les étudiants?", peut-on lire. Au milieu de ces milliers d'étudiants, Mouafo prend la parole. Tel un tribun, il parle à ses camarades qui l'écoutent religieusement. De temps en temps, il l'applaudissent. "Nous les étudiants sommes la lumière de ce pays et nous allons le faire savoir. Notre combat est légitime et nous n'avons pas à craindre!", dit-il d'une voix affaiblie par 13 jours de grève de la faim. Après quelques minutes, épuisé, il retourne se coucher sur un matelas devant l'amphi 300 où il dort depuis bientôt deux semaines en compagnie de ses camarades. Les autres étudiants, au pas de course et en chantant, font le tour du campus. Pas un seul étudiant dans les amphis, ni l'ombre d'un enseignant.
Dans les conversations des étudiants, la sortie du ministre de l'Enseignement supérieur sur la Crtv vendredi dernier, reste le principal sujet. "Le ministre a été très arrogant et ignorant de l'université dont il prétend être le chef. Le restaurant ne coûte pas 100F! De toutes les façons, il a grillé sa carte et nous ne sommes plus à son niveau. C'est le Premier ministre désormais", lance un d'eux. La seule fille des grévistes de la faim, Carole Tchatchouang, pense que leur manifestation est une démonstration de la force et de la détermination des étudiants. "Nous avons voulu que les gars viennent montrer à l'administration camerounaise, à l'opinion nationale et internationale que nous ne sommes pas une minorité... l'université de Yaoundé I qui est la mère des université est en deuil... La grève va persister jusqu'à ce que le gouvernement nous respecte et nous traite en grands!"
Soa
Au rectorat, le professeur Samy Beban Chumbow recteur de l'université, guète les manifestations à travers la fenêtre de son secrétariat. Il ne manifeste pas beaucoup d'enthousiasme à recevoir la presse. Des sources internes à son service indiquent qu'il aurait donné l'ordre aux gendarmes de disperser les étudiants. Lesquels ont refusé en arguant l'incompétence de ce dernier à leur donner un tel ordre, surtout que l'option de non violence de la grève des étudiants est scrupuleusement respectée. 11h. Une quête est organisée pour ravitailler les grévistes de la faim en eau. Avec beaucoup d'enthousiasme, les étudiants mettent la main à la poche. Ce qui permet d'acheter 4 palettes d'eau minérale. Infatigables, ils continuent de chanter et de courir sur le campus. Dans les rangs, on parle de quelques étudiants, venus de l'université de Yaoundé II à Soa (Faculté des sciences économiques) pour apporter leur soutien à leurs camarades.
Subitement, on aperçoit un étudiant, tout de noir vêtu, grimper sur le toit de l'amphi 300. Il plante un drapeau noir. Ses camarades exultent et entonnent l'hymne national.
A un moment donné, une ambulance du Samu arrive sur le campus. La santé de Mouafo et de deux de ses camarade s'est détériorée. Sur de applaudissements nourris de ses camarades, il monte à bord du véhicule qui ne peut pas bouger. Les étudiants soupçonnent Fame Ndongo d'avoir "envoyé cette ambulance pour enlever les gars". Une longue discussion s'en suit entre les étudiants. Finalement le car s'ébranle vers le Chu, suivi par des milliers d'étudiants sur prés de 500 m. Seule la pluie qui s'est abattue sur le campus vers 14h30 disperse les étudiants qui promettent de "remettre ça demain". Selon des informations recueillies au téléphone au près du responsable de la communication du Minesup, le ministre Jacques Fame Ndongo, serait allé au Chu, au chevet des grévistes de la faim. Cette même source indique qu'avant toute levée du mot d'ordre de grève, Mouafo et ses camarades ont demandé à consulter leur base.
Diversion
Dans l'incapacité d'apporter des solutions tangibles aux revendications estudiantines, «diviser pour mieux régner», maxime mise en application dans des situations insurrectionnelles, semble occuper une place de choix dans la stratégie du ministre de l'Enseignement supérieur pour remédier à la grève qui paralyse le campus de Ngoa-Ekellé. Il est question de fragiliser les grévistes en essayant aux yeux de leurs camarades de les mettre en minorité en les présentant comme des marginaux. Et, minorer leur influence aux yeux de l'opinion en remettant en cause leur légitimité. Jusqu'ici les différentes initiatives allant dans ce sens ont tourné court.
On note même comme un effet boomerang, puisqu'on assiste à l'augmentation des effectifs des étudiants qui manifestent sur le campus aux côtés des leaders, membres de l'Association pour la défense des droits des étudiants camerounais, Addec.
La dernière en date, dont il ne fait pas de doute qu'elle a été impulsée par les services du Minesup qui se sont chargés de la ventilation du communiqué, est cette déclaration lue hier par un étudiant de la faculté des Lettres, sur les antennes du poste national de la Crtv en prime-time au journal de 13h. La déclaration a été rediffusée tout le reste de la journée lors des journaux parlés de la Crtv. Le porte parole des délégués d'étudiants a exhorté ses camarades «à reprendre le cours normal de la vie estudiantine.» Ce qui n'a rien changé à la réalité de la situation sur le campus puisque que ces délégués dont le processus de désignation est brumeux sont généralement contestés et soupçonnés par leurs camarades de collusion avec l'administration.
Dimanche 24 avril, au cours du magazine d'information «Dimanche midi», toujours sur le poste national de la Crtv, ce sont trois étudiants, qui disent être ceux jouissant de la légitimité pour parler au nom de l'Addec, qui ont, sur les ondes, invité leurs camarades à reprendre les cours conformément à l'appel de Jacques Fame Ndongo. Pour étayer cette position, ils ont parfois repris à leur compte un argumentaire similaire à celui usité par le Minesup au cours du point de presse donné vendredi dernier sur la Crtv-télé. René Bonono Bakota, Gaston Albert Efandene, Luc Christian Mballa n'ont pas dissimulé quelques accointances avec un très proche collaborateur du Minesup. Celui-ci se trouvait comme par enchantement à la sortie du studio-radio au moment où le président de l'Addec, son secrétaire général et son conseiller avaient fini de délivrer leur message. La tentative de remettre au goût du jour le fait qu'une grève estudiantine est liée à une manipulation de politiciens à laquelle il fallait répondre par une autre en créant un clan anatangoniste, sur la base d'un argumentaire ethno-tribal, comme dans les années 90 avec «le parlement» et «l'auto-défense», semble avoir vécu.
Jean-Bruno Tagne (Stagiaire) Mutations

