Lu dans le Canard Enchaîné: Paul Biya, le dictateur a temps partiel (suite2)
Cette culture de prédation va jusqu’à l’ubuesque. En 2004, raconte le récent ouvrage de fanny Pigeaud, « Au Cameroun de Paul Biya », des conseillers sont chargés d’acheter un avion présidentiel. Ils gardent l’argent pour eux et en retapent un vieux. Des pannes répétées, lors de l’«inauguration », dévoilent l’arnaque... Ces facéties n’empêchent pas l’efficacité du régime policier.
La répression des opposants est implacable. La lutte contre la corruption est souvent invoquée pour coffrer les prétendants trop ambitieux.
Troisième pilier du système, un réseau d’entreprises étrangères,, aussi puissantes que discrètes. Au premier rang, les françaises, qui tiennent une partie des jeux et du PMU, des banques, des télécoms (Orange), des transports, des plantations (Bolloré, Compagnie fruitière) et, surtout, du pétrole où Total fait la loi.
En 2003, l’affaire Elf avait montré que le marchand d’or noir reversait au président un pourcentage sur chaque baril écoulé.
Comment s’étonner de la bienveillance de l’Elysée (de toute époque) pour le délicieux régime de Biya ? En 2008, les militaires, tricolores ont donné un coup, de main secret pour l’aider à reprendre la presqu’île de bakassi aux Nigérians. Soucieux de parfaire sa « bonne gouvernance « , plusieurs conseillers du président – dont l’ancien ambassadeur Yvon Omnes, les communicants Stéphane Fouks ou Patricia Balme – sont français.
Silencieux sur les atteintes aux droits de l’homme au Cameroun, Paris se tait même lorsqu’elles touchent nos compatriotes. Comme l’homme d’affaires Thierry Atangana Abega, qui croupit depuis... 1997 en prison, accusé d’un détournement qu’il conteste. Ou Lydienne Yen-Eyoum, ex-avocate de l’Etat camerounais, incarcérée en janvier 2010 pour corruption. Peu convaincue, une juge française conduit une instruction sur ses conditions d’arrestation, qu’elle pense ordonnée en haut lieu, et de détention (torture à l’appui). Mais le parquet vient de s’y opposer. « le pouvoir ne tolère pas qu’on enquête et qu’on poursuive un chef d’Etat étranger, tonneChristian Charrière –Bournazel, avocat de l’avocate. Les ordres viennent de l’Elysée ! » Encore un peu et il évoquera la « Françafrique ». Et pourquoi pas, tant qu’il y est, les mallettes de billets ?
Jean-François Julliard
Cette culture de prédation va jusqu’à l’ubuesque. En 2004, raconte le récent ouvrage de fanny Pigeaud, « Au Cameroun de Paul Biya », des conseillers sont chargés d’acheter un avion présidentiel. Ils gardent l’argent pour eux et en retapent un vieux. Des pannes répétées, lors de l’«inauguration », dévoilent l’arnaque... Ces facéties n’empêchent pas l’efficacité du régime policier.
La répression des opposants est implacable. La lutte contre la corruption est souvent invoquée pour coffrer les prétendants trop ambitieux.
Troisième pilier du système, un réseau d’entreprises étrangères,, aussi puissantes que discrètes. Au premier rang, les françaises, qui tiennent une partie des jeux et du PMU, des banques, des télécoms (Orange), des transports, des plantations (Bolloré, Compagnie fruitière) et, surtout, du pétrole où Total fait la loi.
En 2003, l’affaire Elf avait montré que le marchand d’or noir reversait au président un pourcentage sur chaque baril écoulé.
Comment s’étonner de la bienveillance de l’Elysée (de toute époque) pour le délicieux régime de Biya ? En 2008, les militaires, tricolores ont donné un coup, de main secret pour l’aider à reprendre la presqu’île de bakassi aux Nigérians. Soucieux de parfaire sa « bonne gouvernance « , plusieurs conseillers du président – dont l’ancien ambassadeur Yvon Omnes, les communicants Stéphane Fouks ou Patricia Balme – sont français.
Silencieux sur les atteintes aux droits de l’homme au Cameroun, Paris se tait même lorsqu’elles touchent nos compatriotes. Comme l’homme d’affaires Thierry Atangana Abega, qui croupit depuis... 1997 en prison, accusé d’un détournement qu’il conteste. Ou Lydienne Yen-Eyoum, ex-avocate de l’Etat camerounais, incarcérée en janvier 2010 pour corruption. Peu convaincue, une juge française conduit une instruction sur ses conditions d’arrestation, qu’elle pense ordonnée en haut lieu, et de détention (torture à l’appui). Mais le parquet vient de s’y opposer. « le pouvoir ne tolère pas qu’on enquête et qu’on poursuive un chef d’Etat étranger, tonneChristian Charrière –Bournazel, avocat de l’avocate. Les ordres viennent de l’Elysée ! » Encore un peu et il évoquera la « Françafrique ». Et pourquoi pas, tant qu’il y est, les mallettes de billets ?
Jean-François Julliard

