La question que chaque acteur du changement devrait toujours se poser c’est : pourquoi Biya est-il resté si longtemps au pouvoir ? La politique n’est faite que d’alliances objectives pour composer et recomposer des relations de force, et les crises accélèrent le processus de formalisation de celles-ci. Découverte sur le front ivoirien, l’agitation anti-française est au mieux la distraction la plus récente que le mouvement démocratique camerounais ait eu sur son chemin, et au pire, la concaténation d’intérêts divergents sur la question de la liberté qui fait palpiter notre cœur à tous, mais pourrait bien allumer un feu qui brûlerait notre maison au lieu de nous réchauffer. Aux forces qui veulent réellement le changement au Cameroun, à tous ceux-là qui célèbrent nos héros de la décolonisation par delà les martyrs qu’ils auront été, il importe de demander de réfléchir sur cette équation tunisienne simple : pourquoi les jeunes de Tunis n’ont-ils pas brulé de drapeau français dans la rue lors de leur révolution du jasmin ? Et puis : pourquoi les jeunes égyptiens dans leur rage n’ont-ils donc pas, comme leurs ainés l’ont fait pendant trente ans sans succès, brulé eux aussi le drapeau américain ou israélien et l’effigie du président américain dans une cérémonie publique d’exorcisme ? Eh bien parce que, je dirais, ils ont compris enfin que dans la bataille pour la démocratie, il est des actes politiques qui aident autant le dictateur qu’ils desservent le peuple : pour nos pays dits francophones, l’agitation antifrançaise est le premier de ces actes-là . Ils ont surtout compris ceci, ces jeunes : nous commencerons enfin à être libres lorsque deux Camerounais se rencontreront dans un taxi à Yaoundé, et leur sujet de conversation ne sera plus la France ou les Français, et encore moins Sarkozy.

