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Toli Sous le Manguier

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nickel nickel a écrit le 23 décembre 2004 à 13h16
@ tous

LES LIONS DU CHAOS


Il ne faut pas être un spécialiste pour comprendre que la plus récente actualité de l’équipe nationale de football du Cameroun, les Lions indomptables, est révélatrice de la profonde crise que vit ce porte-étendard national. Après quelques années de bouderies et de bruits de bottes, c’est le temps des ruptures : les éléments, parmi les plus compétitifs de l’équipe nationale, quittent doucement le navire, malmenés, soit par des officiels trop kleptomanes qui leur dénient toute revendication sociale sous le prisme du chantage nationaliste qui ne s’applique jamais aux prédateurs, soit du fait de mauvais dirigeants, administratifs ou techniques, qui ne supportent pas la moindre observation sur leur gestion de “ ces petites gens qui ne valent que par leurs muscles ”.

Quelques faits significatifs. L’on a vécu, impuissants, l’offensive idiote du tristement célèbre Pierre Bidoung Mkpatt, fruit d’un hasard décrétal, contre des joueurs qui, selon sa trouvaille du moment, avaient truqué leur âge. La mise à la retraite précoce, au terme de moult accusations, de piliers de l’équipe, tels Patrick Mboma, dont le bref retour à l’équipe a donné raison à ceux qui pensaient que l’alors ministre de la Jeunesse et des Sports, incompétent et folklorique, se risquait dans un domaine où il était une tabula rasa ; l’on a, entre autres maladresses, assisté à une rupture inélégante et stupide avec tous ceux qui avaient fondé les Lions new look : Claude Leroy et Pierre Lechantre…

Ce faisant, les cas de défection dans cette équipe se multiplient : l’inamovible libero des Lions, Raymond Kalla Nkongo, a été précocement mis à la retraite dans le onze national et est aujourd’hui l’un des piliers de Bochum, l’un des cinq clubs d’élite de la Bundesliga, Modeste Mbami, meneur de jeu du Paris Saint-Germain, a déjà annoncé son retrait du navire ; Laurent Etame Mayer, joueur polyvalent et tout-puissant latéral droit de Arsenal en Première league anglaise, hésite désormais à revenir dans le bordel des Lions, tandis qu’Eto’o Fils risque de ne plus répondre aux prochains appels des entraîneurs camerounais...

Puis, on a vécu cette énième crise entre la Fifa et l’équipe dirigeante affairiste de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), qui s’est soldée, comme on le sait, par une lourde suspension de l’équipe nationale des compétitions de l’instance faîtière du football mondial, du fait d’un contrat léonin et mafieux avec la firme allemande, Puma. Et dont l’une des clauses semblait être le non-respect de certaines règles de jeu de la Fifa au nom d’une certaine affinité avec la firme.

Dans cette affaire, le Palais s’embrouille. Il avait cru devoir plaire à Zürich, en multipliant des émissaires et opérations de charme en Suisse et à Paris. Mais, c’est le vice-président camerounais de la Fifa, Issa Hayatou, qui, une fois de plus, a dû jouer de sa respectabilité sur le continent et de manœuvres pour faire changer d’avis au président de la Fifa, plus retourné que jamais. Pour bluffer Zürich, Paul Biya a rapidement limogé celui qui était à portée, le ministre de tutelle. Mais, l’équipe dirigeante, en première ligne dans cette affaire dans laquelle les candidatures ont afflué, s’est maintenue par la supercherie, par delà moult “ mesurettes ” régaliennes et la promesse d’une élection plus démocratique pour changer l’équipe prédatrice en place.
A ce jour, le débat a “ évolué ” dans le statu quo. Tardivement, l’un des éléments les plus contestés - et les plus incompétents !- de la mafia Puma/Fecafoot, Winfried Schäfer, a été limogé au moment le moins opportun et le plus dispendieux pour la Fédération. Il n’y a finalement pas eu d’élection à la tête de la Fecafoot, où règne, en oligarchie, ceux qui ont déclenché cette véritable descente aux enfers du football camerounais.

Même si, à coup de coûteuses missions des électeurs de Iya Mohammed à la recherche d’un remplaçant à Schäfer – pourquoi n’avoir pas pris les dispositions avant ? -, on nous promet un nouvel entraîneur, il est aujourd’hui clair que l’avenir de l’équipe, à la lumière d’un système chaotique, n’augure de rien de bon : l’intermède Schäfer a lentement bousillé la cohérence de la machine et annihilé toute stratégie de jeu ; les staffs administratifs et techniques successifs, essentiellement prédateurs, ont passé le temps à lutter soit contre les joueurs, soit pour se maintenir à la tête de la combinazione.

Et, aujourd’hui, à quelques jours d’une hypothétique alternance à la tête de la Fecafoot, la destruction du football camerounais, par un réseau de prévaricateurs, devrait se poursuivre normalement ; la relecture annoncée des textes instaurant un suffrage presque censitaire n’ayant pas eu lieu. Une prise de conscience nationale de la situation doit avoir lieu pour remettre le football à flot. Non pas pour trembler devant l’épouvantail d’une colère d’une ou de plusieurs tribus contre l’éviction de tel ou de tel, mais pour mettre fin à un système suicidaire pour le football camerounais. La nomination de Philippe Mbarga Mboa, dandy mais passionné de football, à la tête des sports, est, sans doute, une indication dans cette perspective, lui qui a supervisé, pour le compte du chef de l’Etat, la plus récente crise Fifa/Fecafoot/Puma. Telle est, nous semble-t-il, l’un des défis majeurs, l’un des challenges capitaux, d’un septennat qui se veut des grandes ambitions.


Publié le 21-12-2004
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