Tu disais à ceux qui s’impatientaient que tu voulais l’élection la plus propre, la plus transparente, pour que personne ne la conteste après. Et c’est pour en assurer cette transparence que tu as fait appel à l’ONU pour la certifier. Elle fut donc transparente comme tu le souhaitais. Tout le monde entier l’a surveillée. Tu avais tout prévu, sauf ta défaite. Et devant le monde entier, tu as perdu, Laurent. Mais tu l’avais déjà dit : « le pouvoir, j’y suis, j’y reste. » Seulement, Laurent, ce n’est pas comme cela, la démocratie. Tu en as été l’un des pères dans ton pays. Tu en connais les règles. Quand tu perds, tu te casses. C’est ce que ton peuple et le reste du monde te répètent depuis plus d’un mois. Mais Simone, qui dit avoir été touchée par la grâce de Dieu et ses pasteurs te chantent tous les jours et toutes les nuits que c’est Dieu qui t’a donné le pouvoir, et que, seul lui, peut te l’enlever. Désolé, Laurent, ça ne marche plus comme ça. Et Roland Dumas, et Jacques Vergès, ces vieux débris que tu as engagés à grand frais, avec l’argent de nos impôts, n’y pourront rien. Ça ne marche plus comme ça, Laurent. La Françafrique qui est devenue la sorcière qui permet à certains Africains de s’exonérer de toute responsabilité dans les malheurs de leur continent n’a rien à y faire. Tu as perdu les élections et tu dois laisser la place au vainqueur. C’est tout. Ces longues nuits de veille n’y changeront rien. Je suis fatigué, Laurent. Tu l’es aussi. Ton peuple également. Libère-nous. Deviens Séplou, l’autre surnom que tu t’es donné. Séplou, c’est l’oiseau qui apporte les bonnes nouvelles. Apporte pour une fois une bonne nouvelle à ton peuple, Laurent. Dis lui que tu reconnais que tu as perdu l’élection. Bon sang, Laurent, tu n’es tout de même pas le seul dans ce monde à perdre des élections ! Il y en a qui ont perdu et qui sont revenus au pouvoir après. Kérékou, du Bénin, il a bien perdu une élection et il est bien revenu cinq ans après. Laurent Koudou, je suis fatigué. Ton peuple aussi. Et le reste du monde également. Tu dis que tu es le Woudy, et que tu peux tenir tête au monde entier. Je ne serai plus là , cette nuit où ils viendront te chercher. Tu t’arrangeras avec Simone et ses pasteurs aux bouches menteuses. Quelle histoire, Laurent ! Quelle histoire ! Au revoir, mon ami.
Venance Konan
Venance Konan

