Tu as dû comprendre très tôt qu’en Afrique, c’est le pouvoir politique qui donne la richesse dont tu rêvais. Alors tu as cherché le pouvoir suprême. Il t’a d’abord fallu faire des études. Tu as étudié l’histoire. Tu ne m’as pas encore expliqué ce choix. Tu as fait un doctorat en histoire en France, où tu es devenu socialiste et où, accessoirement, ou peut-être pas, tu as rencontré ta première épouse, une Française qui t’a donné ton fils Michel. Il a publié un recueil de poèmes quand tu es devenu président de la république. Tu as dû remarquer que malgré toute la publicité qui a été faite autour de ce livre, peu de personnes l’ont acheté. Laisse-moi te le dire franchement, ses poèmes étaient vraiment nuls. Revenons à toi. Tu es devenu professeur d’histoire, et tu as passé le plus clair de ton temps à t’opposer à Houphouët-Boigny, notre premier président, qui a lui aussi passé le plus clair de son temps à te mettre en prison. Tu étais alors devenu le héros des jeunes gens que nous étions. En 1982, après la grande grève que nous, étudiants, avions organisée parce qu’on avait interdit une conférence que tu devais prononcer, tu en as eu marre d’aller tout le temps en prison et tu as fui en France. Tes camarades socialistes se sont occupés de toi, et tu n’es rentré qu’en 1989, lorsque la colère d’Houphouët-Boigny s’est calmée. Tu as alors créé ton parti, le Front Populaire Ivoirien, FPI, qui a fait rêver bien de personnes. Tu as été battu à l’élection présidentielle de 1990 par Houphouët-Boigny, puis à la faveur du coup d’Etat de 1999 contre son successeur Bédié, tu t’es allié à son tombeur, Robert Guéï. Et vous avez très habilement écarté les adversaires gênants à la course à la présidence, notamment Ouattara l’ancien premier ministre d’Houphouët-Boigny que beaucoup de personnes considéraient comme un étranger, du fait de l’origine burkinabé de son père, et Bédié, qui, malgré le coup d’Etat, étaient encore populaire auprès de sa tribu, les Baoulé, les plus nombreux dans le pays. Sautons les étapes, car la nuit est avancée. En 2000, tu réussis à devenir président, après avoir fait descendre le peuple dans la rue contre Guéï qui s’était proclamé vainqueur. Avoue que tes amis socialistes qui étaient au pouvoir en France à cette époque t’avaient donné un sacré coup de main. Mais c’est là où tout se gâte pour toi, et pour ton pays.
D’abord, le jour où tu prêtes serment, on découvre un charnier d’une soixantaine de cadavres. On saura plus tard que ce sont tes gendarmes qui ont tué des supposés partisans de Ouatta
D’abord, le jour où tu prêtes serment, on découvre un charnier d’une soixantaine de cadavres. On saura plus tard que ce sont tes gendarmes qui ont tué des supposés partisans de Ouatta

