On ne trouvait plus de journaux, ni de bière de la marque Tuborg dans la ville quand j’y étais, je ne sais pas trop pourquoi. C’est vrai qu’il n’y a plus beaucoup de camions qui vont d’Abidjan à l’intérieur du pays. Mon ami Anira qui ne boit que cette bière, était très furieux contre toi. Mais c’est moins dramatique que ce qui se passe à Duékoué, dans l’ouest extrême de ton pays. Depuis quelques jours on y assiste à des affrontements meurtriers entre les différentes ethnies, ou tribus, ce qu’en Europe on appelle communautés. Il y a beaucoup de morts. Je n’en connais pas le nombre exact. Personne ne le sait encore. Pendant ce temps, des dizaines de milliers de personnes fuient pour aller au Liberia voisin. Et à Abidjan, la vie semble normale. Les gens vont au travail, il y a des embouteillages partout, comme tous les jours. Mais les soirs, les maquis, ces endroits où nous allons boire et manger, sont désespérément vides. Même la rue Princesse à Yopougon, là où tu avais envoyé s’encanailler tes camarades Jack Lang et Jean Marie Le Guen, ces deux députés socialistes français, est devenue d’une de ces tristesses ! Plus de putes, plus de tables chargées de bouteilles de bière. Je te fais remarquer, juste en passant, que ton camarade Jack Lang t’a demandé de laisser le pouvoir que tu as perdu. Lang n’est plus ton camarade ? Excuse-moi alors. Ce n’est pas cela qui t’intéresse ? Je sais, Laurent Koudou Gbagbo, fils de Paul Zézé Koudou Gbagbo, ce que tu aimes par dessus tout, est que je te raconte ta vie. Alors, laisse-moi te la raconter encore une fois.
Faut-il que je rappelle que tu es né le 31 mai 1945, juste après que ton père soit revenu du pays des Blancs où il avait été combattre pour une guerre à laquelle je suis sûr qu’il ne comprenait rien du tout ? Des gens de mauvaise foi ont calculé que tu es né juste quelques jours après le retour de ton père. Et en ont déduit que tu serais le fils du Malinké auquel ta mère était mariée avant Paul. C’est elle, Marguerite, ta mère, qui nous a parlé de ce premier mariage, peu de temps après la mort de ton père. Les Malinké sont les populations du nord de la Côte d’Ivoire, et même au-delà . C’est l’ethnie d’Alassane Ouattara, celui à qui tu refuses de céder le pouvoir. Y a-t-il un lien ? Va savoir ! Ton enfance pauvre, tous les Ivoiriens la connaissent par coeur. Tu la leur a raconté mille fois. Est-ce pour cela que tu as voulu à tout prix le pouvoir ? Tu as dû comprendre très tôt qu’en Afrique, c’est le pouvoir politique qui donne la richesse dont tu rêvais. Alors tu
Faut-il que je rappelle que tu es né le 31 mai 1945, juste après que ton père soit revenu du pays des Blancs où il avait été combattre pour une guerre à laquelle je suis sûr qu’il ne comprenait rien du tout ? Des gens de mauvaise foi ont calculé que tu es né juste quelques jours après le retour de ton père. Et en ont déduit que tu serais le fils du Malinké auquel ta mère était mariée avant Paul. C’est elle, Marguerite, ta mère, qui nous a parlé de ce premier mariage, peu de temps après la mort de ton père. Les Malinké sont les populations du nord de la Côte d’Ivoire, et même au-delà . C’est l’ethnie d’Alassane Ouattara, celui à qui tu refuses de céder le pouvoir. Y a-t-il un lien ? Va savoir ! Ton enfance pauvre, tous les Ivoiriens la connaissent par coeur. Tu la leur a raconté mille fois. Est-ce pour cela que tu as voulu à tout prix le pouvoir ? Tu as dû comprendre très tôt qu’en Afrique, c’est le pouvoir politique qui donne la richesse dont tu rêvais. Alors tu

