Laurent, quelle histoire !
Ah Laurent ! Nous voici à nouveau face à face, pour nos longues nuits de veille. Tu es fatigué, Laurent. Je le suis aussi. Comme le reste du monde à qui tu tiens tête. Mais laisse-moi te dire ceci d’abord. Le lundi 10 janvier, tes sicaires appelés CECOS (Centre de commandement des opérations de sécurité), censés assurer la sécurité des habitants d’Abidjan, mais qui se sont surtout illustrés par les meurtres gratuits, les rackets, les enlèvements, se sont rendus à mon ancien domicile. Ils voulaient savoir si j’y habitais toujours. Ils n’ont pas dit ce qu’ils me voulaient, mais je le devine. Comme tout le reste du monde. Ils ont à leur actif des dizaines de meurtres depuis cette élection qui nous a plongés dans cette crise. L’Onu et les organisations de défense des droits de l’homme parlent de plus de 200 morts. Si tu m’en avais parlé, Laurent, je t’aurais dit que j’avais déménagé depuis longtemps. Pas à cause de toi, je te rassure, mais je réalise que j’avais bien fait. Je sais, tu me diras que ce n’est pas toi qui les as envoyés. Tu n’as jamais envoyé qui que ce soit tuer les gens que tu n’aimes pas ou qui te dérangent. Les escadrons de la mort qui ont sévi dans le pays à partir de novembre 2002, après qu’une rébellion ait occupé la moitié de ton pays, tu n’y es pour rien. On en parlera. Mais en attendant, Laurent, je serai obligé de vivre caché, et je ne sais pas si j’aurai encore l’occasion de venir parler avec toi comme je le fais ce soir. Quelque part, je t’admire, mon ami. Il faut vraiment être toi, pour croire que tu auras raison contre le monde entier. Chez toi en pays bété, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, on t’appelle le Woudy, ce qui signifie le « garçon ». Le garçon, c’est l’homme courageux, celui qui n’a peur de rien. Et tu n’as peur de personne. Ni de tes pairs de la Communauté Economique Des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), ni de l’Union africaine, ni des Européens, ni de l’ONU. Tu es le Woudy de Mama, ton village natal. Tu avais écrit, en 1979, dans ta pièce théâtrale « Soudjata, le lion du Manding » (éditions CEDA), à la page 18 : « je suis au pouvoir, j’y reste. » Tu l’as rééditée lorsque tu es devenu président de ton pays. Personne n’avait fait attention à cette petite phrase. « Je suis au pouvoir, j’y reste. » Tu l’as répétée dans une interview accordée à un hebdomadaire panafricain, quelque temps avant l’élection présidentielle. Tu as perdu le pouvoir, face à Alassane Ouattara, mais tu as décidé que ton pouvoir, tu ne le cèderas à personne. « Je ne s
Ah Laurent ! Nous voici à nouveau face à face, pour nos longues nuits de veille. Tu es fatigué, Laurent. Je le suis aussi. Comme le reste du monde à qui tu tiens tête. Mais laisse-moi te dire ceci d’abord. Le lundi 10 janvier, tes sicaires appelés CECOS (Centre de commandement des opérations de sécurité), censés assurer la sécurité des habitants d’Abidjan, mais qui se sont surtout illustrés par les meurtres gratuits, les rackets, les enlèvements, se sont rendus à mon ancien domicile. Ils voulaient savoir si j’y habitais toujours. Ils n’ont pas dit ce qu’ils me voulaient, mais je le devine. Comme tout le reste du monde. Ils ont à leur actif des dizaines de meurtres depuis cette élection qui nous a plongés dans cette crise. L’Onu et les organisations de défense des droits de l’homme parlent de plus de 200 morts. Si tu m’en avais parlé, Laurent, je t’aurais dit que j’avais déménagé depuis longtemps. Pas à cause de toi, je te rassure, mais je réalise que j’avais bien fait. Je sais, tu me diras que ce n’est pas toi qui les as envoyés. Tu n’as jamais envoyé qui que ce soit tuer les gens que tu n’aimes pas ou qui te dérangent. Les escadrons de la mort qui ont sévi dans le pays à partir de novembre 2002, après qu’une rébellion ait occupé la moitié de ton pays, tu n’y es pour rien. On en parlera. Mais en attendant, Laurent, je serai obligé de vivre caché, et je ne sais pas si j’aurai encore l’occasion de venir parler avec toi comme je le fais ce soir. Quelque part, je t’admire, mon ami. Il faut vraiment être toi, pour croire que tu auras raison contre le monde entier. Chez toi en pays bété, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, on t’appelle le Woudy, ce qui signifie le « garçon ». Le garçon, c’est l’homme courageux, celui qui n’a peur de rien. Et tu n’as peur de personne. Ni de tes pairs de la Communauté Economique Des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), ni de l’Union africaine, ni des Européens, ni de l’ONU. Tu es le Woudy de Mama, ton village natal. Tu avais écrit, en 1979, dans ta pièce théâtrale « Soudjata, le lion du Manding » (éditions CEDA), à la page 18 : « je suis au pouvoir, j’y reste. » Tu l’as rééditée lorsque tu es devenu président de ton pays. Personne n’avait fait attention à cette petite phrase. « Je suis au pouvoir, j’y reste. » Tu l’as répétée dans une interview accordée à un hebdomadaire panafricain, quelque temps avant l’élection présidentielle. Tu as perdu le pouvoir, face à Alassane Ouattara, mais tu as décidé que ton pouvoir, tu ne le cèderas à personne. « Je ne s

