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Toli Sous le Manguier

Parle Ta Part, Et je Reponds Ma Part

 
 
 
 
 
 
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un nostalgique un nostalgique de quelque part sur cette terre qui tourne a écrit le 28 novembre 2004 à 18h37
Paul Bahoken, éducateur à l’US Plan-de-Grasse, après des passages à l’ASPTT Grasse, au SC Mouans-Sartoux ou encore au RC Grasse.
si son nom ne vous dit toujours rien, sachez que l’homme peut s’enorgueillir de plus de quatre-vingt sélections sous le maillot Camerounais de 1973 à 1987, avec au passage, un brillant parcours lors de la Coupe du Monde 1982 et une participation aux Jeux Olympiques de Los Angelès en 1984 ! Accessoirement, sachez également que cet ailier droit a porté les couleurs du plus grand club camerounais, le Tonnerre de Yaoundé, avant de poursuivre sa carrière professionnelle en France, à Reims, Troyes, Cannes, Valenciennes et Alès. Un parcours dont peut être fier aujourd’hui ce Lion Indomptable qui a su demeurer indompté. Effectivement, doté d’un caractère en acier trempé, il a su construire une carrière, improbable à seize ans quand il disputait avec ferveur ces traditionnels matchs de quartier bien typiques au football africain.
Le parrain Milla
C’est à Douala, en décembre 1956, que Paul voit le jour.Doté d’un physique et d’un toucher de balle avantageux, Paul va quant à lui rapidement faire du football son activité favorite. C’est donc avec fierté qu’il représente le quartier de Bali et réalise ses premiers exploits sur le sable sec des terrains de Douala.
Bien lui en prend puisqu’à l’occasion d’une rencontre inter-quartiers, il tape dans l’œil d’un de ses aînés, lui-même joueur à l’Éclair de Douala, un certain Roger Milla… « Roger est plus vieux que moi de trois ans et quand il m’a vu jouer au quartier, il était déjà connu pour son talent bien au-delà des limites de la ville. Il était issu du quartier de Bonenjo et je le connaissais de vue depuis quelque temps déjà car son père était chef de gare. Ce jour-là, il m’a demandé si je voulais faire un essai avec l’Éclair, et bien sûr j’ai accepté. Il a donc parlé de moi à l’entraîneur et cela s’est fait très rapidement. Le seul problème c’était mon père. Il supportait les Caïmans de Douala et rêvait de me voir porter le maillot de cette équipe qu’il aimait par-dessus tout.
Entre-temps Milla a rejoint la capitale pour porter les couleurs du Tonnerre et après une première saison en 1re Division, Paul rejoint les rangs du Stade de Douala avec qui il parvient jusqu’en quart de finale de la Coupe du Cameroun contre le Canon de Yaoundé. Pour cette rencontre, des émissaires du Tonnerre sont présents, ainsi que le sélectionneur yougoslave des Lions Indomptables, Vladimir Beara. Auteur d’une excellente performance malgré la défaite de son équipe, Paul tape dans l’œil de tous les observateurs. Il n’a pas encore dix-neuf ans et s’il ne le sait pas encore, il sera bientôt l’une des stars du Tonnerre et de la sélection. Et la saison terminée, sa seconde au plus haut niveau camerounais, il prend tout naturellement la direction de Yaoundé, toujours parrainé par son ami Roger dont la renommée dépasse maintenant les frontières du pays. Quelques mois plus tard, son nom est attendu dans la liste du sélectionneur et c’est avec impatience que ses supporters appréhendent sa première cape. « En 1975, l’équipe nationale devait partir effectuer un stage de quarante-cinq jours en Chine. Dix-sept joueurs étaient convoqués et j’étais fortement pressenti pour en faire partie. Quand la liste est sortie, j’écoutais donc la radio et le speaker égrainait les noms des joueurs sélectionnés. Quand il est arrivé au seizième, je me suis dit que c’était raté pour moi et à ma grande surprise, j’étais le dix-septième sur la liste. Quand mon nom est sorti, c’était la folie. En trente minutes, ma maison était pleine d’amis qui étaient venus me féliciter. J’ai donc fait la tournée, et à notre retour, nous avons affronté l’AS St-Étienne en amical. Après ce match, je ne suis plus jamais sorti de la sélection jusqu’à ma retraite sportive. »

Coup de cœur pour Cannes
Si pour beaucoup de joueurs africains, Roger Milla a ouvert la voie, il l’a d’autant plus fait pour Paul Bahoken. Le grand Roger parti pour Valenciennes, Paul ne va pas tarder à l’imiter en prenant la direction de l’Hexagone pour tenter à son tour l’aventure européenne. C’est donc au Stade de Reims de Pierre Flamion qu’il débarque en 1977 avec la ferme intention de s’imposer.
Paul s’engage avec Troyes où il est prêté pour une saison. Rapidement, il prend la mesure de la 2e Division, les premiers mois sont satisfaisants sur tous les points, mais l’hiver arrivé, il éprouve beaucoup de difficultés à s’adapter au rude climat de l’Aube. « J’ai eu une adaptation très, très difficile à Troyes ! Je ne connaissais pas le froid et encore moins la neige alors là, j’étais servi ! Un jour, j’ouvre la porte de chez moi, et je vois du blanc partout. Il avait neigé ! Je n’ai pas cherché à comprendre, j’ai fermé la porte et je suis resté chez moi toute la journée ! Je n’avais qu’une envie, c’était de rentrer au Cameroun ! Heureusement, le Toulonnais Diallo, que j’avais connu au pays, m’a beaucoup soutenu. Je l’avais souvent au téléphone et il me disait que lui aussi il avait connu ça et qu’il s’était accroché… » C’est donc ce que fait Paul pour cette première année et cela paye car à l’aube de la saison 78/79.

En 1982, il sera pourtant transféré à Valenciennes, où il passera six mois avant que le club ne soit en proie à de sérieux problèmes financiers. Il portera aussi les couleurs d’Alès dans la foulée, mais à jamais son cœur sera azuréen.

Le Cameroun champion du monde !
Parallèlement à cette carrière française bien remplie, Paul Bahoken n’a bien sûr jamais laissé tomber la sélection. « C’est un immense honneur pour un footballeur camerounais que de devenir international et faire partie des Lions Indomptables », affirme-t-il, la voix teintée de fierté. Malchanceux, il n’a jamais pris part à la phase finale de la Coupe d’Afrique des Nations, alors qu’il participa activement aux rencontres de qualification. Mais il a eu le bonheur d’écrire la première grande page du football camerounais, lors de la Coupe du Monde espagnole de 1982, puis deux ans plus tard à l’occasion des JO de 1984. « Pour la qualification au Mondial, nous avions affronté le Maroc de Merry Krimau devant plus de 120 000 personnes. C’était inoubliable, il y avait une queue de plusieurs centaines de mètres et les tribunes du stade étaient déjà garnies la veille du match. Nous avions gagné deux buts à un, et se qualifier c’était comme si nous avions déjà gagné le mondial ! De la compétition en elle-même, je me souviens de trois bons matchs où nous n’avions pu prendre l’avantage. On avait d’abord affronté la Pologne pour un nul vierge, puis l’Italie pour un nul un but partout et enfin le Pérou pour un nouveau nul vierge. En fin de compétition les Polonais étaient troisièmes et l’Italie sur la plus haute marche du podium, ce qui renforçait notre performance malgré l’élimination dès le premier tour. Quand nous sommes rentrés au pays, c’était fantastique. Un cortège nous a mené de l’aéroport jusqu’au palais présidentiel où nous avons été décorés. » Depuis, les Lions Indomptables ont écrit d’autres très belles pages du football camerounais, un quart de finale lors du « Mondiale » italien en 90, un prestigieux titre de champion olympique à Sydney en 2000, mais pour beaucoup, l’équipe de 82 reste la plus belle et ses joueurs sont de véritables icônes de Douala à Yaoundé. Souvent conviés à disputer des
rencontres caritatives depuis leur départ en retraite, les héros de 82 ont régulièrement l’occasion de se retrouver et d’évoquer leurs exploits passés. C’est d’ailleurs pour l’une de ces rencontres que Paul a pu faire la connaissance du « docteur » Socrates, le légendaire milieu de terrain brésilien. « Parler football avec un grand monsieur comme lui est un honneur », dit-il sans révérence mais avec une flamme indescriptible dans le regard. Car Paul Bahoken a su s’enrichir au contact de ses coéquipiers, entraîneurs ou adversaires. Et cette richesse, il ne demande qu’à la partager, dans un message fort qui vient du fond du cœur.

Sur la lancée du succès des Lions de 82, il aurait pu glaner un poste au Ministère des Sports, mais comme son grand ami Joseph-Antoine Bell, il n’a jamais eu la vocation du démagogue… Et s’il retourne chaque année au pays pendant un mois et demi, c’est pour profiter des siens restés à Douala et aider son frère dans la gestion des affaires familiales.
Merci de patienter...
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