@Webmassa
Pardon publie cet article du messager, qui rejoint notre appel en faveur de la Fécafoot
Merci d'avance
Le commentaire de Jean-Baptiste SIPA
Football : halte à l’auto-flagellation !…
Mes lecteurs ne seront certainement pas heureux que je substitue à leur plat habituel une lettre ouverte au Ministre de la Jeunesse et des sports. Mais, je me sens en conscience obligé de le faire parce qu’il faut qu’au moins en sport qui reste le seul objet de fierté des Camerounais, quelqu’un rappelle au gouvernement – pour paraphraser Christian Penda Ekoka («Julius Nyerere : un grand homme qui s’est trompé», article publié le 14/12/1999 par le Journal l’Action) – que c’est la dignité qui reste le ressort essentiel sur lequel repose la capacité d’un peuple à rebondir lorsque celui-ci s’est trompé. Il faut savoir se remettre en cause et repartir du bon pied.
Monsieur le ministre,
Il y a déjà bien longtemps que le peuple camerounais a fait le deuil des promesses du Renouveau politique, et bien longtemps aussi qu’il a perdu le gouvernail de son économie dans les circonstances de gestion que je n’ai pas besoin de vous rappeler. Il lui restait le sport, et singulièrement le football et ses Lions Indomptables, pour se donner tous les deux ou quatre ans, l’impression d’être à la fois une nation unie et une nation qui compte sur l’échiquier mondial en valeur positive. Et voici que depuis quelques mois, cet ultime objet de fierté nationale est menacé de passer à la trappe, grâce à une interférence illégitime et tatillonne de votre département dans la gestion de la Fédération camerounaise de football.
Et si la cupidité de vos prédécesseurs n’y est pas vraiment étranger, il me paraît plus correcte de mettre en cause la volonté obstinée de récupération politique des prestations sportives internationales, dont est coutumier du fait, le gouvernement auquel vous appartenez.
Certes, ce n’est pas encore un crime contre l’humanité, que de récupérer les victoires sportives à des fins de propagande politique. Mais, de le faire sans contrepartie pour les sportifs ressemble à de l’escroquerie. Pourtant nous savons, vous et moi, que chacun doit manger à la sueur de son front, fût-il le gouvernement, et qu’il est mal qualifiable de s’approprier les récoltes des champs que d’autres ont cultivés. Sans être vos employés.
Où le bât blesse
Mais, où les choses frôlent la trahison, monsieur le Ministre, c’est quand nous lisons dans la presse que vous, membre du gouvernement souverain du Cameroun notre pays, en êtes à écrire plus couramment au président de la Fifa qu’au Premier ministre ou au président de la République du Cameroun, pour demander la conduite à tenir dans la gestion du football, en lieu et place de la Fédération camerounaise de football dont l’organisation et la gestion de la pratique de ce sport sont la seule raison d’être.
Il se pourrait que personne autour de vous, dans ce pays d’idolâtrie ou de couardise, ne vous ait soufflé que ce faisant, vous sacrifiez la dignité d’un Etat souverain sur l’autel d’une association internationale et néanmoins privée, même si son activité comporte un aspect de service public.
Monsieur le Ministre,
Je sais bien que vous ne daignerez pas me répondre pour diverses raisons. Mais sans doute, beaucoup de Camerounais aimeraient comme moi savoir pourquoi le gouvernement s’en va-t-il perdre la face devant la Fifa, dans la négociation des statuts d’une fédération dont l’activité n’a en rien violé les lois du pays ? Pourquoi les autres fédérations du monde – et même d’Afrique – fonctionnent-elles sans que le gouvernement y mette autant de pagaille ? Est-ce parce que l’Etat ne les a jamais subventionnées, ou bien parce qu’elles n’ont pas obligation de reverser leurs recettes (tout ou partie) au Trésor public ?
Quand un ministre de la Jeunesse et des sports qui, en vertu d’un décret présidentiel, gère l’équipe nationale et veut à cet effet acheter sur budget de l’Etat des maillots à un équipementier, ne s’agit-il pas d’un marché public ? Et dans ce cas, pourquoi ne fait-il pas un appel d’offres public international afin que le marché soit adjugé au mieux-disant ? Et si c’est un marché privé, de quel droit peut-il vendre comme une propriété personnelle le dos d’une équipe nationale appartenant au pire à l’Etat et au mieux à la fédération ? Et dans quelle caisse verse-t-il la commission du marché ?
Entraîneurs sans salaires ?
Sur un tout autre plan, Monsieur le Ministre, nous apprenons, à moins qu’il s’agisse encore des rumeurs qui viennent d’en bas (!) que l’entraîneur des Lions Indomptables et l’oisif directeur technique national de football, sont restés six mois sans salaire. Croyez-vous, Monsieur le Ministre que cela fasse honneur à la dignité et à la réputation d’un pays (même pauvre-très endetté!) qui engrange quelques milliards de cfa de recettes depuis cinq participations consécutives à la Coupe du monde de football ? Si le Minjes ne peut pas payer honorablement 28 millions de francs cfa par mois à deux expatriés à la compétence et à l’utilisation douteuses, pourquoi ne pas avoir la modestie de recruter avec le même budget une cinquantaine d’entraîneurs nationaux, qui seraient répartis dans les dix provinces pour assurer le développement du football, et dont deux ou trois seraient affectés à la tête de la direction technique et de l’équipe nationales ?
A quoi cela rime-t-il pour nous d’être perçus dans l’opinion mondiale comme un pays qui ne respecte pas sa parole, alors que quand il a un problème, tous les footballeurs du monde défendent sa cause ? N’est-ce pas parce que le Minjes a alors l’alibi de brandir la plaque de la Fécafoot comme cela se devrait en temps normal ?
Il est possible, Monsieur le Ministre, que le fonctionnement de la Fécafoot par le passé ait pu suggérer son incapacité à gérer le football camerounais de la base au sommet (équipe nationale) comme dans les autres pays du monde. Pour autant vous n’aurez pas le droit, sur cette présomption, de pérenniser cette auto-répression, ce manque de foi en nous-mêmes… que le Comité de réflexion pour la réforme de l’université – que nous souhaitons prochaine – a appelé «notre aptitude à nous sous-estimer, sinon à nous détruire de diverses manières».
La situation de conflit latent entre la Fifa et le Cameroun actuellement, et la grande inquiétude qui s’empare des Camerounais devant les derniers résultats plutôt mitigés des Lions, sont une résultante de l’auto-sous-estimation ou de la dévaluation de notre expertise endogène qui veulent substituer l’omniscience présumée des fonctionnaires à l’incapacité supposée de la Fécafoot à gérer son équipe nationale, et la prétendue expertise des entraîneurs étrangers à l’incompétence supposée, et peut-être voulue… des entraîneurs locaux.
Monsieur le Ministre, vous qui avez appris à connaître les potentialités de ce pays, je crois que vous pouvez mettre fin à cette auto-flagellation de votre pays, en prenant le risque d’un patriotisme objectif, à travers des décisions uniquement conformes à votre tutelle de contrôle.
Parfaite considération.
Le messager
Le 25-06-2004
Pardon publie cet article du messager, qui rejoint notre appel en faveur de la Fécafoot
Merci d'avance
Le commentaire de Jean-Baptiste SIPA
Football : halte à l’auto-flagellation !…
Mes lecteurs ne seront certainement pas heureux que je substitue à leur plat habituel une lettre ouverte au Ministre de la Jeunesse et des sports. Mais, je me sens en conscience obligé de le faire parce qu’il faut qu’au moins en sport qui reste le seul objet de fierté des Camerounais, quelqu’un rappelle au gouvernement – pour paraphraser Christian Penda Ekoka («Julius Nyerere : un grand homme qui s’est trompé», article publié le 14/12/1999 par le Journal l’Action) – que c’est la dignité qui reste le ressort essentiel sur lequel repose la capacité d’un peuple à rebondir lorsque celui-ci s’est trompé. Il faut savoir se remettre en cause et repartir du bon pied.
Monsieur le ministre,
Il y a déjà bien longtemps que le peuple camerounais a fait le deuil des promesses du Renouveau politique, et bien longtemps aussi qu’il a perdu le gouvernail de son économie dans les circonstances de gestion que je n’ai pas besoin de vous rappeler. Il lui restait le sport, et singulièrement le football et ses Lions Indomptables, pour se donner tous les deux ou quatre ans, l’impression d’être à la fois une nation unie et une nation qui compte sur l’échiquier mondial en valeur positive. Et voici que depuis quelques mois, cet ultime objet de fierté nationale est menacé de passer à la trappe, grâce à une interférence illégitime et tatillonne de votre département dans la gestion de la Fédération camerounaise de football.
Et si la cupidité de vos prédécesseurs n’y est pas vraiment étranger, il me paraît plus correcte de mettre en cause la volonté obstinée de récupération politique des prestations sportives internationales, dont est coutumier du fait, le gouvernement auquel vous appartenez.
Certes, ce n’est pas encore un crime contre l’humanité, que de récupérer les victoires sportives à des fins de propagande politique. Mais, de le faire sans contrepartie pour les sportifs ressemble à de l’escroquerie. Pourtant nous savons, vous et moi, que chacun doit manger à la sueur de son front, fût-il le gouvernement, et qu’il est mal qualifiable de s’approprier les récoltes des champs que d’autres ont cultivés. Sans être vos employés.
Où le bât blesse
Mais, où les choses frôlent la trahison, monsieur le Ministre, c’est quand nous lisons dans la presse que vous, membre du gouvernement souverain du Cameroun notre pays, en êtes à écrire plus couramment au président de la Fifa qu’au Premier ministre ou au président de la République du Cameroun, pour demander la conduite à tenir dans la gestion du football, en lieu et place de la Fédération camerounaise de football dont l’organisation et la gestion de la pratique de ce sport sont la seule raison d’être.
Il se pourrait que personne autour de vous, dans ce pays d’idolâtrie ou de couardise, ne vous ait soufflé que ce faisant, vous sacrifiez la dignité d’un Etat souverain sur l’autel d’une association internationale et néanmoins privée, même si son activité comporte un aspect de service public.
Monsieur le Ministre,
Je sais bien que vous ne daignerez pas me répondre pour diverses raisons. Mais sans doute, beaucoup de Camerounais aimeraient comme moi savoir pourquoi le gouvernement s’en va-t-il perdre la face devant la Fifa, dans la négociation des statuts d’une fédération dont l’activité n’a en rien violé les lois du pays ? Pourquoi les autres fédérations du monde – et même d’Afrique – fonctionnent-elles sans que le gouvernement y mette autant de pagaille ? Est-ce parce que l’Etat ne les a jamais subventionnées, ou bien parce qu’elles n’ont pas obligation de reverser leurs recettes (tout ou partie) au Trésor public ?
Quand un ministre de la Jeunesse et des sports qui, en vertu d’un décret présidentiel, gère l’équipe nationale et veut à cet effet acheter sur budget de l’Etat des maillots à un équipementier, ne s’agit-il pas d’un marché public ? Et dans ce cas, pourquoi ne fait-il pas un appel d’offres public international afin que le marché soit adjugé au mieux-disant ? Et si c’est un marché privé, de quel droit peut-il vendre comme une propriété personnelle le dos d’une équipe nationale appartenant au pire à l’Etat et au mieux à la fédération ? Et dans quelle caisse verse-t-il la commission du marché ?
Entraîneurs sans salaires ?
Sur un tout autre plan, Monsieur le Ministre, nous apprenons, à moins qu’il s’agisse encore des rumeurs qui viennent d’en bas (!) que l’entraîneur des Lions Indomptables et l’oisif directeur technique national de football, sont restés six mois sans salaire. Croyez-vous, Monsieur le Ministre que cela fasse honneur à la dignité et à la réputation d’un pays (même pauvre-très endetté!) qui engrange quelques milliards de cfa de recettes depuis cinq participations consécutives à la Coupe du monde de football ? Si le Minjes ne peut pas payer honorablement 28 millions de francs cfa par mois à deux expatriés à la compétence et à l’utilisation douteuses, pourquoi ne pas avoir la modestie de recruter avec le même budget une cinquantaine d’entraîneurs nationaux, qui seraient répartis dans les dix provinces pour assurer le développement du football, et dont deux ou trois seraient affectés à la tête de la direction technique et de l’équipe nationales ?
A quoi cela rime-t-il pour nous d’être perçus dans l’opinion mondiale comme un pays qui ne respecte pas sa parole, alors que quand il a un problème, tous les footballeurs du monde défendent sa cause ? N’est-ce pas parce que le Minjes a alors l’alibi de brandir la plaque de la Fécafoot comme cela se devrait en temps normal ?
Il est possible, Monsieur le Ministre, que le fonctionnement de la Fécafoot par le passé ait pu suggérer son incapacité à gérer le football camerounais de la base au sommet (équipe nationale) comme dans les autres pays du monde. Pour autant vous n’aurez pas le droit, sur cette présomption, de pérenniser cette auto-répression, ce manque de foi en nous-mêmes… que le Comité de réflexion pour la réforme de l’université – que nous souhaitons prochaine – a appelé «notre aptitude à nous sous-estimer, sinon à nous détruire de diverses manières».
La situation de conflit latent entre la Fifa et le Cameroun actuellement, et la grande inquiétude qui s’empare des Camerounais devant les derniers résultats plutôt mitigés des Lions, sont une résultante de l’auto-sous-estimation ou de la dévaluation de notre expertise endogène qui veulent substituer l’omniscience présumée des fonctionnaires à l’incapacité supposée de la Fécafoot à gérer son équipe nationale, et la prétendue expertise des entraîneurs étrangers à l’incompétence supposée, et peut-être voulue… des entraîneurs locaux.
Monsieur le Ministre, vous qui avez appris à connaître les potentialités de ce pays, je crois que vous pouvez mettre fin à cette auto-flagellation de votre pays, en prenant le risque d’un patriotisme objectif, à travers des décisions uniquement conformes à votre tutelle de contrôle.
Parfaite considération.
Le messager
Le 25-06-2004

