La défaite de l’Armée camerounaise est d’abord morale, avant d’être militaire. Une armée défaite moralement se retrouve exsangue, parce que ses soldats les mieux outillés fuient – refusent d’aller tuer leurs frères pour de l’argent. Et c’en est ainsi des soldats du BIR qui me contactent, c’en est ainsi des soldats communs qui me contactent. C’en est ainsi des policiers qui me contactent. Ils ne veulent plus aller commettre des crimes de guerre. Recrutés dans l’Armée camerounaise pour garantir le socle moral de la république – sa souveraineté -, ils refusent d’aller tuer leurs propres compatriotes. Ils refusent d’aller exécuter des gens qui parlent la même langue qu’eux, et celui qu’ils contactent c’est l’écrivain. Ils refusent d’aller exécuter bébés et mamans. Ils me contactent, parce que l’écrivain est le repère moral d’un pays, du pays. La révélation du mensonge de l’Armée camerounaise, l’explosion sur le visage de ses porte-parole de l’accusation que c’est moi, écrivain, qui avais fait la vidéo extraordinaire, c’est le sacre de l’écrivain comme repère moral de notre pays. Il n’est pas moment plus grave que celui-ci, car soudain, l’alphabet se trouve victorieuse devant les balles, devant les kalachnikovs, devant les chars d’assaut. Car soudain l’écrivain que je suis, se retrouve victorieux devant l’Armée nationale camerounaise – pour la deuxième fois. Car c’est de victoire de l’écriture sur les armes qu’il s’agit. C’est bien ce qui s’est passe. Et c’est cela la justice, car justice doit être rendue a partir des textes, des lois, pour ces enfants qui ont été ‘troués’ [pour parler comme les soldats du BIR] par les Bulu, justice doit être rendue pour cette maman qui a été abattue par des soldats bulu, en même temps qu’ils se filmaient en vidéo. Justice doit être rendue pour les Anglophones, pour les minorités de ce pays prises en otage par une milice à qui la république a remis des armes, et qui s’en sert pour tuer les citoyens.
La justice est le compas de l’écrivain.
Concierge de la république
La justice est le compas de l’écrivain.
Concierge de la république
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