Ça n’aura duré qu’un seul match. Un seul. Quatre-vingt-dix minutes d’horreur face à la Suède, et la Fédération tunisienne de football (FTF) a déjà tout remis à plat. En moins de 48 heures, la Tunisie limoge Sabri Lamouchi, revient sur sa décision, puis nomme Hervé Renard comme sélectionneur. Résumé d’un chaos organisé à la tunisienne.
Dimanche 15 juin, à Monterrey. La Tunisie entrait dans son premier match du Groupe F face à la Suède avec l’espoir de créer la surprise. Le résultat a été une catastrophe absolue : 5 buts à 1. Une déroute qui laisse sans voix, d’autant que les Suédois avaient été battus par le Luxembourg (1-0) quelques mois plus tôt en amical. Les Aigles de Carthage ont semblé dépassés dans tous les secteurs de jeu, incapables de rivaliser avec l’intensité adverse.
À l’issue du match, Sabri Lamouchi tentait encore de garder la tête haute, déclarant que la qualité individuelle avait fait la différence et que les erreurs tunisiennes avaient été exploitées avec efficacité. Il évoquait déjà le prochain match face au Japon. Il ne savait pas encore — ou peut-être si — que ce serait sa dernière prise de parole en tant que sélectionneur.
Le limogeage en direct… puis la marche arrière
La nuit du 15 juin a été agitée du côté de la FTF. Le Bureau fédéral s’est réuni en urgence à Monterrey. Les sources proches de la sélection évoquaient des tensions profondes au sein du groupe, entre joueurs expérimentés et nouvelles recrues, et certains membres de la fédération menaçaient même de démissionner si Lamouchi était maintenu en poste.
Et là, la FTF a commis une bourde monumentale sur les réseaux sociaux. Un post officiel sur Instagram a annoncé, noir sur blanc : « Il a été officiellement convenu de licencier l’entraîneur Sabri Lamouchi » et que Mondher Kebaier serait nommé pour assurer l’intérim. Mais quelques minutes à peine après sa publication, le post a disparu, effacé sans explication. La fédération rétropédalait déjà.
Ce couac de communication a achevé d’installer la confusion. Pendant plusieurs heures, personne ne savait vraiment qui dirigeait l’équipe nationale tunisienne. Wahbi Khazri, l’ancien attaquant, avait même un temps été cité pour assurer une transition symbolique. Le chaos était total.
La confirmation – Lamouchi dehors, Renard dedans
Ce mardi 16 juin au matin, la FTF a officialisé ce que tout le monde pressentait. Sabri Lamouchi est bel et bien limogé. Et son successeur n’est pas Mondher Kebaier — pourtant un temps annoncé comme intérimaire — mais bien Hervé Renard, le technicien français à la chemise blanche légendaire, qui va débarquer au Mexique pour prendre les commandes des Aigles de Carthage pour les deux matchs restants en phase de groupes, contre le Japon puis les Pays-Bas.
Selon plusieurs sources, la FTF aurait proposé à Renard non seulement la mission de sauvetage immédiate, mais aussi un projet à plus long terme, au-delà du Mondial 2026.
Sabri Lamouchi, 54 ans, aura vécu une expérience tunisienne aussi brève que douloureuse. Nommé en janvier 2026 pour succéder à Sami Trabelsi, il avait été présenté comme l’homme de la rupture et du renouveau. Le bilan est accablant : cinq matchs, une seule victoire — en amical face à Haïti (1-0). Une préparation ponctuée d’une cuisante défaite 5-0 face à la Belgique avant le Mondial. Et une entrée en Coupe du monde catastrophique qui a précipité sa chute. Il quitte ses fonctions avec un contrat qui courait pourtant jusqu’en 2028. L’addition sera salée pour la FTF.
Renard : le pompier de luxe de l’Afrique
Hervé Renard, on l’appelle aussi le sorcier blanc. L’ancien défenseur reconverti entraîneur a construit un palmarès unique en Afrique :
- CAN 2012 avec la Zambie — victoire historique et première couronne continentale de l’histoire zambienne.
- CAN 2015 avec la Côte d’Ivoire — il devient ainsi le premier sélectionneur à remporter la CAN avec deux nations différentes. C’est un exploit qui reste à ce jour inégalé.
- Mondial 2018 avec le Maroc — première qualification des Lions de l’Atlas depuis 20 ans.
- Arabie Saoudite — avec qui il avait signé l’un des plus grands exploits de la Coupe du monde 2022 en battant l’Argentine (2-1) lors de la phase de groupes, avant d’être remercié avant le Mondial 2026.
- Équipe de France féminine — qu’il avait menée jusqu’en finale de la première Ligue des nations féminine de l’UEFA en 2024.
Avec la Tunisie qui a limogé Sabri Lamouchi, son mondial devient mission impossible ?
La situation dans laquelle hérite Renard est particulièrement délicate. La Tunisie, déjà dos au mur après cette déroute initiale (5-1), doit désormais affronter le Japon puis les Pays-Bas dans le Groupe F. La qualification pour les huitièmes de finale paraît compromise, mais pas totalement mathématiquement fermée. Le défi humain sera tout aussi considérable. Intégrer une équipe en pleine crise de confiance, avec des tensions internes connues, en quelques jours seulement : voilà le genre de challenge que peu d’entraîneurs au monde pourraient accepter. Renard, lui, l’a fait plusieurs fois dans sa carrière — c’est même sa marque de fabrique. Cette fois-ci cependant, le temps va clairement lui manquer.
La saga tunisienne au Mondial 2026 illustre parfaitement les travers qui guettent les fédérations africaines lorsque la pression devient insupportable : précipitation, communication chaotique, décisions contradictoires en l’espace de quelques heures. La FTF a montré ses failles à la face du monde entier sur les réseaux sociaux.
Mais au bout du compte, miser sur Hervé Renard reste un pari cohérent. L’homme a prouvé, à de multiples reprises, sa capacité à tirer le meilleur d’équipes africaines dans des contextes tendus. Si quelqu’un peut encore sauver quelque chose de ce Mondial tunisien, c’est bien lui.
Les Aigles de Carthage ont brûlé leurs ailes dès le premier vol. Il appartient désormais au « sorcier blanc » de tenter de les faire renaître.








