Samuel Eto’o voulait offrir au ministre Narcisse Mouelle Kombi les honneurs d’accueillir en premier les Lionnes Indomptables et leur trophée continental. Le patron de la tutelle a préféré s’effacer, rappelant que ce privilège revient, avant tout autre, au chef de l’État.
Cela aurait pu être un piège. Mais il aura suffi d’une correspondance, sèche et protocolaire, pour recadrer les ambitions du président de la Fédération camerounaise de football. Deux jours après avoir accueilli en personne les héroïnes de la CAN féminine au siège flambant neuf de la Fecafoot, Samuel Eto’o a vu encore plus haut. Il avait sollicité une audience auprès de Narcisse Mouelle Kombi, ministre des Sports. Officiellement, c’était l’occasion de lui présenter le trophée. Les Lionnes l’ont conquis le 16 août à Rabat face au Malawi (3-0). Une démarche logique sur le papier, mais qui peut s’avérer détonante au vu de la période de fin de règne. On sait que la tutelle ministérielle constitue l’échelon institutionnel naturel entre la fédération et la Présidence de la République.
Sauf que le ministre n’a pas vu les choses de cette façon.
Un refus habillé dans de beaux mots
Narcisse Mouelle Kombi a répondu à la demande de Samuel Eto’o dans une lettre au ton administratif. Dans cette correspondance, chaque formule pèse son poids de préséance. Il a opposé un refus poli mais sans ambiguïté à la demande du président de la Fecafoot. Le message tient en une idée simple, déclinée dans le langage feutré de la haute administration camerounaise. Ce n’est pas à lui, ministre, de recevoir en premier les Lionnes et leur trophée. Ce droit revient au Président de la République lui-même. C’est à lui que reviendraient « la prérogative » et « le privilège solennel » d’honorer les Lionnes indomptables. Bien sûr au nom de la Nation tout entière.
Le ministre rappelle qu’il a lui-même fait partie de la délégation conduite par le Premier ministre à Rabat. C’était en plus sur instruction du chef de l’État, jusqu’à escorter les joueuses et leur trophée jusqu’à Yaoundé. Il n’a nul besoin d’une cérémonie supplémentaire pour justifier quoi que ce soit. Et il a aussi tenu à rappeler, de manière clair, que a suite du calendrier protocolaire ne se décidera pas à l’initiative de la fédération. Pour Mouelle Kombi, Samuel Eto’o devrait attendre les « Hautes Directives de la Très Haute Hiérarchie ». Il sait lui-même que Samuel Eto’o ne voulait faire que ce qui a toujours été fait. Au vu de la période presque turbulente dans laquelle vautre le Landerneau politique, il faut se tenir loin de ce qui peut prêter à confusion.
Un sacre pour la Présidence de la République
Ce n’est pas un hasard de calendrier. Le retour du président de la République de ce jeudi 20 août. Cela doit ouvrir la voie à une cérémonie de présentation du trophée au couple présidentiel, dans le décorum du Palais de l’Unité. Mouelle Kombi a ainsi fermement rappelé cette hiérarchie protocolaire à Samuel Eto’o. Le ministère des Sports s’assure qu’aucune étape intermédiaire ne vienne diluer la portée symbolique de ce moment pour l’exécutif. Cette conquête des Lionnes, la première, est devenue en quelques jours un événement de portée nationale. Et bien évidemment, cela a été largement récupéré par la classe politique.
Pour Samuel Eto’o, l’épisode a une saveur particulière. L’ancien capitaine des Lions Indomptables a trouvé un paravent à la plupart de ses critiques. Il va consommer son bonheur jusqu’à la lie. Ses années de leadership depuis sa prise de pouvoir en Lions Indomptables, arrivé à la tête de la Fecafoot fin 2021 sans avoir décroché le moindre titre continental depuis, tenait dans cette CAN féminine une victoire dont il n’a pas boudé les honneurs : appels vidéo aux joueuses pendant la compétition, réception solennelle à leur retour, hommage public appuyé. Ce sacre est la démonstration que sa gouvernance du football camerounais porte enfin ses fruits.











