Samedi 22 août, 16h45. Quarante-cinq minutes après l’heure prévue. Une porte s’ouvre dans la salle de réception diplomatique du troisième étage du Palais de l’Unité. Chef de l’État entre, au bras de son épouse Chantal. Face à lui, en rangs serrés, une centaine d’invités: ministres, membres du Cabinet Civil. Mais au premier plan, en tenue d’apparat, les championnes d’Afrique. C’est la première sortie publique de Paul Biya depuis son retour au pays, et elle est destinée aux Lionnes Indomptables.
Il faut revenir un peu en arrière pour comprendre ce qui se joue, ce jour-là, derrière les médailles et les photos protocolaires. Cela fait 74 jours que Paul Biya n’a pas été vu en public au Cameroun. Parti début juin, il devait, selon la promesse solennelle faite par le Premier ministre, accueillir lui-même les joueuses.
Les Lionnes servent un formidable alibi politique à Paul Biya
« Le Président, Papa Biya, et son épouse vous attendent à Yaoundé avec la coupe », avait lancé le chef du gouvernement. Pourtant, ce jour-là, sur le tarmac, pas de président. Les influenceurs et médias, jamais avares d’ironie, s’en étaient amusés. Un observateur politique cité dans la presse avait résumé le malaise en une phrase : « Un président qui ne paraît pas, c’est un président qui n’est plus pleinement là. »
L’absence, à 93 ans, avait fini par nourrir une rumeur que le pouvoir lui-même a eu du mal à contenir. Quelques jours avant le retour, le ministre des Finances, en déplacement à Sangmélima, avait cru bon de lancer :
« Vous ne devez jamais douter qu’il soit en vie. »
Une phrase qui, plutôt que de rassurer, a créé des doutes. Le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, avait de son côté assuré que le président « est en vie » et rentrerait « très bientôt », sans jamais donner de date ni produire d’image récente.
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Le 20 août, jeudi, Paul Biya finit par atterrir à Nsimalen, en provenance de Genève. Le retour et la mobilisation qu’il a générés a été pompeux. Mais les clichés comme preuve se sont fait à minima : quelques secondes à peine, une vitre de voiture entrouverte, une main qui salue. Environ deux cents journalistes avaient fait le déplacement pour ces quelques images. De quoi alimenter, plutôt que d’éteindre, les spéculations sur son état.
C’est donc dans ce climat que s’inscrit la réception du 22 août. Le protocole reste sobre. Pas de grand discours fleuve, pas de mise en scène dans la grande salle des fêtes habituelle. La réception s’est faite dans un salon plus restreint, une allocution de cinq minutes à peine. Paul Biya y félicite les joueuses pour leur « rigueur, leur patriotisme et leur détermination » tout au long du tournoi marocain. Il va leur remettre, une à une, les insignes de Chevalier de l’Ordre National de la Valeur. C’est la plus haute distinction civile du pays. Quelques phrases, surtout, resteront de cet instant, simple et directe :
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« Vous nous avez fait vibrer, au fil des matches, par votre courage, votre détermination, votre engagement et votre talent. Vous nous avez séduits par votre dynamisme, votre discipline, votre esprit d’équipe et votre solidarité. Vous nous avez émerveillés, avec les performances de BIHINA, Monique NGOCK et bien d’autres, mais surtout par la solidité de votre collectif. Vous nous avez rendus heureux, vous nous avez rendus fiers. La Nation par ma voix vous témoigne, en ce jour, sa plus profonde gratitude. Cette gratitude s’étend naturellement à votre encadrement technique, qui a réalisé un travail extraordinaire. »
Paul Biya lors de son discours au Lionnes Indomptables, Championnes d’Afrique 2026
Puis vient le toast, les photos de groupe, dans la salle d’abord, sur le perron du palais ensuite, entourée de la Première dame, du Premier ministre et du gouvernement. La délégation des Lionnes, elle, était conduite par Samuel Eto’o.
Paul Biya a l’art de déjouer ses détracteurs
Difficile, en la regardant, de trancher entre deux lectures. La première, un président réapparu, débout, capable de tenir une cérémonie officielle. Et de décorer de sa main une équipe qui vient d’offrir au pays sa première étoile continentale féminine. La seconde, une allocution volontairement courte, un format resserré, aucun long échange avec les joueuses.
Ce que l’on sait, c’est que ce samedi, au Palais de l’Unité, les Lionnes Indomptables ont eu leur moment. Après un mois d’août passé à faire vibrer un pays qui avait cessé depuis longtemps de croire en elles. Ce même pays, qui avait pour un long moment, s’interrogeait de savoir où se trouvait son Président. Pour Yaoundé, l’accueil des Lionnes Indomptables a donné l’alibi idéal de faire d’une pierre deux coups. Et le pays dans son ensemble a cessé de s’interroger sur son leader.