La Commission d’éthique de la Fecafoot a prononcé, le 17 août, une sanction à vie à l’encontre de Joseph Ndoko. Cet ancien sélectionneur des Lionnes Indomptables ne pourra plus exercer toute activité liée au football. On l’accuse d’« abus de fonction », « atteinte à l’intégrité physique et morale » et « tentative de corruption ». Pour bien comprendre la portée de cette décision, c’est la sentence maximale que l’on peut infliger à un professionnel qu’une juridiction peut rendre. Même l’ancien Président de la FIFA, condamné pour des affaires de corruption et de gestions douteuses, n’a pas reçu pareille sanction.
Une sanction à vie tombée en pleine euphorie
Ce 17 août, alors que le Cameroun célèbre encore le titre continental de ses Lionnes Indomptables, la Chambre de jugement de la Commission d’éthique de la Fecafoot rend sa décision dans le dossier Joseph Ndoko. L’ancien sélectionneur des Lionnes est déclaré coupable des trois chefs retenus contre lui . Il se voit infliger une interdiction à vie d’exercer toute activité liée au football. La sanction la plus lourde que puisse prononcer une instance disciplinaire fédérale.
Le timing, coïncidant avec les festivités du sacre continental, interpelle. Rien n’indique qu’il s’agisse d’autre chose qu’une coïncidence de calendrier procédural. Mais le contexte médiatique dans lequel la sanction est rendue publique reste, de fait, particulier.
Le document rendu public affirme la culpabilité de Joseph Ndoko sur les trois chefs retenus. Il ne détaille en revanche pas, dans son dispositif, les éléments matériels ayant fondé ces conclusions. La Commission a pu s’appuyer sur des témoignages ou des documents qui ne figurent pas dans le dispositif publié. Mais la question de la nature exacte des éléments retenus reste, pour l’heure, sans réponse publique. On se rappelle que lors de son éviction après la qualification pour la Coupe du Monde, on parlait d’affaires de moeurs. Avec le soutien affirmé des Lionnes indomptables qu’il avait transformé, les chefs d’accusations ont été modifiés. Et plusieurs joueuses exclues tacitement des sélections nationale.
Un contentieux qui remonte à 2013
L’affaire ne se limite pas à la seule décision disciplinaire de 2026. Elle s’inscrit dans une relation dégradée entre Joseph Ndoko et Céline Eko qui remonte à plus d’une décennie.
En 2013, Joseph Ndoko est entraîneur du DAC 2000, tandis que Céline Eko occupe la présidence du conseil d’administration du Canon de Yaoundé. Les deux trajectoires se croisent dans ce contexte et les relations se détériorent progressivement, jusqu’à devenir, au fil des années, particulièrement distantes.
Accra 2018 : la tension atteint un point de non-retour
Lorsque Joseph Ndoko prend les commandes des Lionnes Indomptables, cette histoire ancienne ne disparaît pas. À l’occasion de la CAN féminine 2018 au Ghana, le Cameroun réalise un parcours qui lui permet de décrocher sa qualification pour la Coupe du monde 2019. Mais en dehors du terrain, le climat se tend davantage.
Camfoot a appris que Joseph Ndoko aurait souhaité que les dirigeants ne logent pas dans le même hôtel que les joueuses. Cette décision aurait contribué à durcir ses relations avec certains responsables, dont Céline Eko.
France 2019 : un remplacement qui interroge
Quelques mois après cette qualification, et alors que le Mondial approche, Joseph Ndoko est viré. Il est remplacé par Alain Djeumfa à la tête des Lionnes. C’est ce dernier qui conduira finalement l’équipe jusqu’au deuxième tour de la compétition en France.
Ce changement, intervenu à quelques mois de l’échéance mondiale, a fait débat. Certains y voient un choix sportif et fédéral assumé. D’autres soulignent qu’il intervient dans un contexte de relations dégradées autour de la sélection.
Après son départ de la sélection A féminine, Joseph Ndoko reste actif dans le football, notamment en club. Il exerce son métier désormais en République Démocratique du Congo
Une sanction lourde, des zones d’ombre à éclaircir
Le point qui interpelle le plus dans cette affaire est l’écart entre la gravité de la sanction. Cette interdiction à vie est censée mettre pratiquement fin à une carrière. il y a pourtant peu d’éléments matériels qui peuvent justifier une décision aussi inique. Les motifs écrits, une fois obtenus par les parties, devraient permettre d’y voir plus clair sur la nature exacte des faits et des preuves retenus par la Commission.
Ce dossier superpose en réalité trois séquences distinctes : une relation professionnelle dégradée depuis 2013, un parcours sportif marqué par une qualification en Coupe du monde suivie d’un remplacement contesté, et une procédure disciplinaire qui aboutit en 2026 à la sanction la plus lourde du droit fédéral. Le tout se joue dans un contexte particulier, celui d’un pays encore tourné vers la célébration du sacre de ses Lionnes.












