Le sifflet final de Rabat n’avait pas fini de résonner. À Yaoundé, Samuel Eto’o décrochait déjà son téléphone. Le président de la Fecafoot s’est entretenu en visioconférence avec les Lionnes Indomptables. C’était quelques minutes après la victoire contre le Maroc. Il est évident qu’à mille lieux de l’événement, le Président de la Fécafoot avait du mal à contenir sa joie. Cette qualification pour la finale de la CAN féminine 2026, arrachée aux dépens du Maroc, a fait du bien. Et le déroulé de la soirée qui s’est terminée par un succès aux tirs de penalty (3-1) après un 0-0 étouffant aura été jouissif.
Pour comprendre l’enjeu, il faut remonter à décembre 2021, date à laquelle l’ancien capitaine des Lions Indomptables prend la tête de la fédération. Depuis, aucun titre continental. Pas un. Si le Cameroun bat le Malawi le 16 août, Eto’o entrera dans une catégorie à part. Et il aime les premières : premier président de la Fecafoot à mener l’équipe féminine A jusqu’au sommet de l’Afrique. Personne ne voyait venir ce scénario quelques mois plus tôt, quand les Lionnes échouaient en qualifications directes face à l’Algérie. L’élargissement de la compétition à seize équipes les a depuis repêchées.
Les Lionnes Indomptables sauveront-elles la « legacy » de Samuel Eto’o ?
L’appel de Samuel Eto’o n’arrive pas seul. Le ministre des Sports Narcisse Mouelle Kombi a aussi salué, dans un communiqué, le « Fighting Spirit » du groupe. Mais surtout la prestation de Michaely Bihina dans les buts. Rigobert Song, ancien sélectionneur des Lions, glissait de son côté un message à l’attention de Valentine Nguele et ses joueuses. « Le plus dur a été fait, mais le plus beau reste à venir». Ministère, fédération, sélection masculine : en une soirée. Presque toute la chaîne du football camerounais s’est manifestée autour d’une équipe qu’on avait trop longtemps laissée dans l’angle mort.
Il y a pourtant un revers à cette unanimité de façade. Après la qualification, des médias et influenceurs sociaux se sont enflammés contre des voix critiques de la gouvernance fédérale. Cette unanimité de façade cache pourtant un revers. Après la qualification, des médias et influenceurs sociaux ont pris pour cible des voix critiques de la gouvernance fédérale. Le politologue Mathias Eric Owona Nguini, régulièrement virulent contre la Fecafoot, a dû s’en défendre publiquement :
« Samuel Eto’o est le dernier de mes soucis. Si cela lui permet d’avoir une gouvernance sportive avec au moins un trophée, tant mieux ! Le Cameroun d’abord et le Cameroun toujours ! »
Ce n’est pas la première fois que le nom de Samuel Eto’o circule dans les couloirs de cette CAN. Après le succès en quart de finale contre le Nigeria, des images avaient déjà montré les joueuses le scander. Alors quand le président appelle ses Lionnes après un exploit pareil, difficile de ne voir là qu’un simple geste de courtoisie. C’est aussi, qu’on le veuille ou non, un totem qui se construit en direct — celui d’un dirigeant enfin associé à une victoire, après des années où son nom revenait surtout dans les polémiques.
Reste aux Lionnes à faire maintenant l’essentiel. Jouer cette finale contre le Malawi sans complexe. Les mots chaleureux, les appels vidéo et les communiqués auront alors un seul juge de paix, le terrain. Et une question qui suivra les Lionnes bien au-delà du coup de sifflet final. Ce soutien affiché tiendra-t-il, trophée ou pas ?











