Après le dernier tir de penalty de Nyadjou ce mercredi, au stade Moulay El Hassan de Rabat, la joie a envahi les coeurs. Sur la pelouse, les Lionnes Indomptables se ruent vers leur gardienne. Michaely Bihina. reste figée un instant, les bras levés, avant que ses coéquipières ne l’engloutissent dans une explosion de joie. Le Cameroun venait d’éliminer le Maroc, pays hôte, aux tirs au but (3-1), et se qualifiait pour la finale de la CAN féminine 2026. La principale artisane de cet exploit porte le numéro 1. Elle sort tout droit de l’académie d’André Onana, qui ne cesse de l’accompagner et de l’aider à progresser.
Michaely Bihina, metteur en scène de scénarios à suspense
Le match n’a offert aucun but en cent vingt minutes, mais il n’a manqué ni tension ni rebondissements. À la 117e minute de la prolongation, à peine trois minutes avant la séance fatidique, le Maroc obtient un penalty. Cela aurait pu qualifier directement le pays organisateur devant son public. Bihina reste sereine, jaillit comme Thomas Nkono, et repousse le tir de la Marocaine. C’était suffisant pour climatiser le stade. Le score reste vierge et on avançait inexorablement vers la séance de penalty. Avec un arrêt comme cela, les Marocaines avaient perdu leur sérénité et ce fut un avantage pour le Cameroun.
Il n’a fallu qu’un seul premier but encaissé pour réveiller la Lionne Indomptable. Bihina se chargera personnellement de détourner de manière incisives les trois prochaines tentatives marocaines successives. Au total dans cette rencontre, elle a neutralisé quatre penalties dans la seule soirée du 12 août, prolongation comprise. Le Cameroun s’impose 3 tirs au but à 1 et file en finale, où il retrouvera le Malawi, vainqueur de l’Algérie (3-1) dans l’autre demi-finale. Le Maroc, de son côté, disputera la petite finale face aux Algériennes le 15 août, deux jours avant la finale programmée le 16 août.
Une semaine de folie pour Michaely Bihina, « l’araignée noire ».
Cette performance ne sort pas de nulle part. Trois jours plus tôt, le 9 août à Casablanca, Bihina avait déjà été l’héroïne du quart de finale face au Nigeria, tenant du titre : neuf arrêts décisifs, dont une parade d’une main sur une tête d’Uchenna Kanu, pour un succès 1-0 des Lionnes. Elle décroche alors le titre de « Woman of the Match », gratifiée d’une note de 9,6/10 sur Flashscore. Après la rencontre, elle avait confié, fidèle à sa réserve : « C’est un sentiment de fierté, nous avons réussi à faire tomber la malédiction contre le Nigeria », préférant renvoyer le mérite à l’ensemble du groupe plutôt qu’à sa propre prestation.
Sur les réseaux sociaux, son nom est devenu, en quelques jours, l’un des plus commentés. Certains supporters, mi-sérieux mi-amusés, ont même suggéré de la faire jouer dans les buts des Lions Indomptables masculins. La presse sportive locale l’a surnommée « l’Araignée noire », en écho à Thomas N’Kono, légendaire gardien camerounais des années 1970-1990. En effet, sa gestuelle et son sang-froid rappellent les grandes heures du gardien camerounais.
Le parcours d’une gardienne encore peu connue
Michaely Kyria Bihina est née le 28 décembre 2003. Formée au Social FC du Mbam puis chez les filles du Canon de Yaoundé, elle rejoint ensuite l’Éclair de Sa’a, où un certain André Onana aide à sa progression, avant de s’exiler au Portugal. Elle porte d’abord les couleurs de Racing Power en deuxième division, contribue à hisser le club en première division, puis s’impose comme la meilleure gardienne du championnat portugais de D1 lors de la saison 2023‑2024, avec 14 clean sheets. Le 1er février 2026, elle rejoint le grand Benfica Lisbonne, avec lequel elle décroche dans la foulée le doublé championnat-coupe du Portugal.
Elle remporte la médaille d’argent aux Jeux africains 2019 alors qu’elle n’a que 15 ans. Sa carrière internationale A avait débuté plus discrètement, en septembre 2023 face au Kenya. Avec le manque de visibilité de la sélection nationale sur la scène internationale, elle restait, jusqu’à cette CAN marocaine, une valeur sûre mais peu connue du grand public en dehors des cercles avertis du football féminin.
Une finale déjà attendue
À l’issue de la rencontre, c’est peu dire que le Cameroun aborde sa finale du 16 août avec une confiance nouvelle. En deux matches à élimination directe, Bihina a repoussé pas moins de quatre penalties et multiplié les arrêts décisifs. Elle est devenue, presque malgré elle, le symbole d’un parcours camerounais que personne n’attendait. Reste à savoir si l’« Araignée noire » aura, dimanche, l’occasion de tisser sa toile une dernière fois face au Malawi, pour offrir au Cameroun un premier sacre continental féminin.











