Jordanie 2016 : Djoubi, voix discrète et voie royale

FIFA

Soline Djoubi a du mal à y croire. C’est elle qui est aux centres de toutes les attentions alors qu’en jetant un œil dans la salle, on peut distinguer un certain Roger Milla, légende de la Coupe du Monde de la FIFA™, plusieurs ministres camerounais, le Président de la Fédération Camerounaise de Football et son Comité Exécutif, et plusieurs ministres.

Le 21 septembre 2016
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En ce 1er avril 2016, tout ce beau monde est réuni pour honorer Djoubi et ses coéquipières de la sélection U-17, qui viennent de décrocher la première qualification du Cameroun pour une Coupe du Monde Féminine U-17 de la FIFA. Comme les autres illustres convives, la capitaine des Bébé Lionnes doit se prêter au jeu des discours. Sa voix est timide et hésitante - est-ce vraiment surprenant pour une jeune fille de 16 ans ? -, et elle l’est toujours quelques mois plus tard lorsque FIFA.com lui tend son micro.

Mais il suffit d’évoquer le souvenir de la qualification pour que le volume sonore augmente. "Ça fait un moment qu’on s’est qualifiées, mais c’est toujours un plaisir de reparler de ce moment", entame-t-elle, d’un ton qui, cette fois, respire l’assurance et l’enthousiasme. "Surtout qu’on a énormément souffert durant ces qualifications. Ça rend l’émotion encore plus forte", ajoute-t-elle en référence précisément à une rencontre du premier tour en Éthiopie, qui aurait pu signer la fin de l’aventure camerounaise.

Saisir sa chance

A l’aller à Douala, les Camerounaises se sont imposées 2:1 grâce à un doublé de Djoubi, mais au retour à Addis-Abeba avec une si petite marge, les choses sont mal engagées. "Nous étions menées 2:0 et à la 87ème minute, on arrive enfin à marquer un but et à revenir au score sur l’ensemble des des matches", se souvient-elle, à propos de la réalisation d’Alexandra Takunda Engolo qui fait presque oublier le règlement aux Camerounaises. "Nous avons demandé à l’arbitre de jouer les prolongations, parce qu’on voyait que les Ethiopiennes étaient fatiguées. Mais elle a refusé parce que dans cette catégorie d’âge, on doit aller directement aux tirs au but."

Djoubi marque le premier, d’une série qui se terminera à 5:4, après six tentatives. "C’étaient deux matches vraiment très difficiles", insiste-t-elle. "Mais ces difficultés, la fatigue physique et tous les efforts sont loin derrière aujourd’hui. Les qualifications sont oubliées, nous sommes en forme et prêtes pour la Coupe du Monde. Nous n’avons qu’une envie, c’est d’y être."

La voix qui répond à nos questions est toujours la même, mais après ces premières minutes d’entretien, le ton est différent. On perçoit pourquoi le sélectionneur Minkreo Birwé lui a confié le brassard, et on l’imagine facilement motiver ses partenaires. "Je vais leur dire qu’une Coupe du Monde, c’est peut-être une seule fois dans une vie. Cette chance nous a été donnée, il faut savoir la saisir", prévient-elle quand on lui demande quel sera son discours avant l’entrée en lice du Cameroun en Jordanie. "Il faut écrire nos noms dans les livres d’histoire, ce sera une chose formidable. Il faut qu’on donne tout parce qu’en Coupe du Monde, on ne pardonne pas les erreurs."

Surtout quand les adversaires dans le Groupe B se nomment Allemagne, Canada et Venezuela, trois valeurs sûres dans cette catégorie d’âge. Mais plutôt que de s’inquiéter avec l’avenir, Soline préfère se rassurer avec le passé. Il y a un an, elle admirait devant sa télévision les exploits de ses "grandes sœurs" qui participaient elles aussi à leur première Coupe du Monde Féminine de la FIFA™. "Elles ont montré que pour réussir un beau parcours, il n’y a pas besoin d’être une équipe habituée de la Coupe du Monde, et d’avoir déjà une grande expérience", commente-t-elle à propos de Lionnes Indomptables qui s’étaient alors qualifiées pour le deuxième tour, grâce à un jeu offensif et spectaculaire, mais qui n’avait pas suffi pour venir à bout de la RP Chine en huitième de finale. "S’il n’y avait pas eu un peu de maladresse contre la Chine, elles auraient pu aller très loin. Elles ont fait rêver tout le monde, et elles ont donné envie à beaucoup de jeunes Camerounaises de se passionner pour le football."

Le rêve est permis

Du haut de ses 16 ans, la capitaine des Bébé Lionnes en fait partie, même si pour elle, la passion du ballon rond a d’autres origines. "Quand j’étais petite, je tapais dans le ballon avec mes grands frères, et je ne savais même pas que le football féminin existait ", raconte-t-elle, comme si elle parlait d’une enfance lointaine alors que les tournois de vacances qu’elle disputait remontent à deux ou trois ans à peine. A l’âge de 14 ans, elle s’engage à l’AS Police puis au Canon de Yaoundé l’année suivante, et en quelques mois, elle découvre les rassemblements des U-20 et des A. L’expérience engrangée lui a permis de briller lors des deux tours de qualifications pour la Coupe du Monde U-17 contre l’Éthiopie puis l’Égypte, et d’espérer désormais viser haut en Jordanie.

"Je pense que le Cameroun peut remporter cette Coupe du Monde, et toutes les équipes qualifiées doivent avoir cette ambition", confie celle qui admire "le grand neuf, Samuel Eto’o" chez les hommes, et Gaëlle Enganamouit, buteuse des Lionnes, et la Brésilienne Marta chez les dames, mais qui porte le numéro 8 par admiration pour Andrés Iniesta. "C’est notre première participation, mais nous comptons aller le plus loin possible, nous ne nous interdisons pas de rêver. Notre principale force, c’est le mental. Il ne suffit pas d’avoir de bonnes qualités physiques et techniques, mais plutôt un moral très fort."

Ce qui n’est pas incompatible avec une petite voix très douce, qu’il faudra encore utiliser pour de nombreux discours si elle rentre au Cameroun avec le trophée…


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