Stade Ahmadou Ahidjo

Comment les Egyptiens ont « momifiés » le chantier

Camfoot

Accusés, levez-vous ! Il est reproché à l’entreprise égyptienne Arab Contractors que le gouvernement camerounais a préférée aux chinois du consortium Sinohydro pour les travaux de réhabilitation du stade omnisport Ahmadou Ahidjo, de rendre la vie dure à tous les ouvriers qu’ils recrutent et utilisent dans des conditions presque inhumaines. Une situation insupportable qui a provoqué le courroux de ces pauvres travailleurs, prêts à engager un mouvement d’humeur dans les prochains jours.

Le 16 mai 2016
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Jeudi noir pour les ouvriers en service au chantier du stade omnisport Ahmadou Ahidjo. Ces techniciens camerounais recrutés par l’entreprise égyptienne Arab contractors pour assurer les travaux de réhabilitation de cette infrastructure vielle d’une cinquantaine d’années qui va abriter la Can féminine de football en novembre prochain, ont vécu une scène inattendue en début de matinée. Le pan droit de la tribune présidentielle s’est écroulé, tuant au passage un ouvrier. Deux autres, grièvement blessés, ont été conduits par les secouristes du corps national des Sapeurs pompiers aux urgences de l’hôpital de la Caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps) d’Essos où les nouvelles ne sont pas du tout rassurantes. Personne ne pourrait dire avec exactitude si leur vie est hors de danger. On ne parlera donc plus de Bouba Souaré qu’au passé. Le jeune technicien, recruté pour son expertise, a été complètement englouti alors qu’il effectuait une tâche au forceps. De peur de se voir virer sans concession et perdre son emploi, il a foncé vers un site à risque pour « satisfaire ses patrons et l’irréparable s’est produit.

Injustices

De quoi pousser à la révolte ses collègues qui critiquent les conditions drastiques de travail sur ce chantier sens dessus-dessous. Pas de bottes, pas de casque, pas de contrat de travail, salaires à périodicité inconnue, pas d’affiliation à la Cnps, pas de police d’assurance… La liste des injustices est loin d’être exhaustive. « Nous travaillons parfois plus de 10 heures par jour. Nous touchons moins de 2 000 Fcfa par jour. Tous les employés n’ont pas d’équipement de protection individuelle », détaille Thierry T, en montrant ses mains parsemées de blessures. « Lorsque les Chinois sont partis, on pensait que notre situation allait changer. On s’est trompés. » Pour lui comme pour tous ses camarades, travailler sous l’autorité des Egyptiens n’est pas loin d’un supplice. D’ailleurs, un mouvement d’humeur serait en gestation. Ce, dans le dessein d’exprimer le ras-le-bol des ouvriers à leurs « négriers » de contremaître.

Approchés, les responsables d’Egis-Cameroun, la société maître d’œuvre des travaux du stade omnisports et des annexes 1 et 2, n’ont pas voulu s’exprimer. Ils ont tout d’abord programmé un point presse avant de se défiler au dernier moment, évoquant une réunion de crise avec le ministre des Sports et de l’éducation physique.

Courroux et déception

En effet, le contrat de Sinohydro pour la réhabilitation du stade ainsi que les stades annexes a été résilié par l’Etat du Cameroun au mois de mars dernier, pour insuffisance de résultats. Trois mois après le démarrage des travaux prévus pour durer 8 mois, l’entreprise chinoise n’avait réussi à réaliser sa prestation qu’à 5%. Pourtant, le temps pressait et la Confédération africaine de football (Caf), dans son uniforme de gendarme, pouvait retirer l’organisation de la Can au Cameroun à tout moment. Autres raisons évoquées : les ingénieurs mentionnés dans l’offre de l’entreprise chinoise n’étaient pas visibles sur le chantier, par ailleurs confié à un sous-traitant. Suffisant pour provoquer le courroux et la déception de Pierre Ismaël Bidoung Mkpatt qui n’a eu d’autre choix que de rompre le contrat.

Vers une Can au rabais ?

Le gouvernement camerounais a donc porté son choix sur l’entreprise égyptienne Arab Contractors pour terminer la réhabilitation du stade. Une nouvelle bien accueillie par les ouvriers qui pensaient que les Egyptiens seraient de bons patrons. Que nenni ! Entre conditions inhumaines de travail et précipitation, les pauvres camerounais ont été momifiés. Pire, le volume de tâches non encore effectuées est considérable. Le climat et ses caprices ne contribuent pas non plus à garder espoir quant au respect des délais. Au regard de tous ces clichés, on craint bien que le pays hôte ne s’achemine vers une Can féminine au rabais. En attendant de relever le pari de l’organisation, l’inquiétude reste d’actualité : Le Cameroun sera-t-il prêt ? Question à deux balles !

Christou DOUBENA


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