L’Espagne a Rodri. Le Cameroun dispose de Monique Ngock. Ce dimanche soir à Rabat, lorsque le speaker égrène le nom de la meilleure joueuse de cette CAN féminine 2026, personne dans le stade n’a de doute. Les journalistes en tribune de presse ont déjà leur titre prêt. Les supporters massés derrière les buts scandent son nom depuis des jours : Michaely Bihina. Neuf arrêts contre le Nigeria. Quatre penalties repoussés contre le Maroc, dont un en prolongation. Une gardienne devenue muraille, adulée par toute l’Afrique. Le trophée lui semblait promis.
Et puis un autre nom est prononcé. Monique Ngock. Sur les images, le milieu de terrain écarquille les yeux, porte les mains à son visage, cherche du regard ses coéquipières pour vérifier qu’elle n’a pas mal entendu. Elle n’a absolument pas mal entendu.
Un scénario à la « Rodri »
Difficile de ne pas penser à Rodri, sacré à deux reprises devant des attaquants autrement plus spectaculaires, au nom d’un travail de l’ombre jugé irremplaçable. Il avait doublé tout le monde pour le Ballon d’Or. Cet été encore, lors de la Coupe du Monde 2026, Rodri a aussi remporté le titre de meilleur joueur de la Coupe du Monde 2026 avec l’Espagne. On peut se dire que la CAF vient de faire sa propre version du geste de la FIFA. La CAF a préféré la sentinelle du milieu à la gardienne des exploits.
Cela a de quoi surprendre. Si on regarde de plus près, le choix de la CAF devient beaucoup moins étonnant.
Le vrai moteur des Lionnes indomptables, invisible à l’œil nu
On ne voit le pas forcément pas à la télévision quand on suit le ballon. Pendant que Bihina multipliait les parades spectaculaires dans ses cages, Monique Ngock, elle, empêchait le danger de naître. En demi-finale contre le Maroc, elle a réalisé une performance défensive hors norme : 20 duels remportés, 11 récupérations de balle et 7 tacles réussis. Des chiffres qui ne font pas la une, qui ne déclenchent aucune acclamation, mais qui expliquent pourquoi le Maroc n’a jamais réussi à installer son jeu contre les Lionnes.
C’est aussi ça le paradoxe du poste de sentinelle. Plus une joueuse défensive comme Ngock fait bien son travail, moins on la remarque. Son rôle consiste précisément à détruire ou stopper les actions adverses. Couper une passe avant qu’elle ne devienne dangereuse, tacler avant que l’attaquante adverse n’accélère, faire un pressing qui referme les espaces avant même que l’action ne prenne forme. Ces gestes ne finissent jamais en « highlights », mais qui décident très souvent des matchs.
Lors de la finale contre le Malawi, cela n’a pris que le Cameroun avait déjà plié l’affaire avant la pause. C’est encore ce travail de nettoyage au milieu qui a empêché les sœurs Chawinga et leurs coéquipières malawites de reconstruire l’once d’un espoir en seconde période. Un rôle de chef d’orchestre défensif que les statistiques finissent, cette fois, par récompenser à sa juste valeur.
De Mfou à la NWSL en passant par Reims
Le sacre individuel de Ngock récompense une travailleuse impénitente. Née le 17 septembre 2004 à Mfou, la milieu camerounaise a construit sa carrière loin des projecteurs. Son parcours professionnel la mène au Stade de Reims de 2022 à 2025. Elle y décroche le trophée NXGN Nine réservé aux jeunes talents les plus prometteurs du football féminin. Elle s’engagera par la suite au FC Fleury 91, avant de s’envoler cet été pour les États-Unis. Le Washington Spirit, en NWSL, lui a offert un contrat qui court jusqu’en 2028.
« À chaque fois que j’ai l’opportunité, et chaque fois que j’aurai la possibilité d’être sur un terrain, que ce soit dans un club ou en sélection, je me donnerai toujours à fond », confiait-elle récemment, avant même de savoir que cette philosophie du travail allait finir par lui offrir la plus belle distinction individuelle du football africain féminin. « C’est cette mentalité qui m’a permis de gravir les étapes : Reims, Fleury et maintenant les États-Unis. C’est un plus et c’est une récompense pour les efforts abattus. »
Monique Ngock
Une trajectoire qu’elle attribue aussi à son entourage :
« Je dirais aussi que je suis vraiment bénie, je suis même gâtée parce que je suis très bien entourée. C’est ce qui m’a permis de ne pas m’égarer et de rester sur le bon chemin : celui du travail, de beaucoup d’humilité et de résilience. »
Monique Ngock
Deux héroïnes, un seul trophée
Au delà de l’effet Rodri, et cela va alimenter les discussions dans les bars et les chaumières Michaely Bihina méritait-elle davantage ce sacre individuel ? Débat légitime, certainement. La CAF, elle, a tranché pour l’abattage au détriment des gestes spectaculaires. Michaely repart tout de même avec le titre de meilleure gardienne du tournoi, une reconnaissance amplement méritée elle aussi.
Au fond, peu importe qui a eu le trophée individuel : le Cameroun a soulevé sa première Coupe d’Afrique des Nations féminine avec une gardienne intraitable dans ses buts et une milieu increvable devant sa défense. C’est peut-être ça, la vraie histoire de cette CAN 2026.











