On aurait pu s’attendre, comme souvent, que cette CAN révèle des attaquantes flamboyantes. Ou des buteuses providentielles, des ailières qui font vibrer les tribunes. Cependant, cette CAN féminine 2026 est celle où une héroïne absolue, Michaely Bihina, n’a jamais eu besoin de marquer le moindre but. Il suffisait de la regarder garder ses cages. Bihina n’a pas seulement brillé de mille feux lors de cette Coupe d’Afrique des Nations 2026. Elle a impressionné le monde du football.
Deux récompenses de meilleure joueuse du match, et une légende qui s’écrit
C’est en quart de finale, face au Nigeria, cet adversaire qui hantait le Cameroun depuis trois finales perdues que son génie s’est exposé. Ce soir-là, Bihina claque neuf arrêts. Il y a eu un un-contre-un, sorti du bras gauche complètement improbable sur une tête d’Uchenna Kanu qui semblait déjà dans la lucarne. Les Lionnes l’emporte 1-0 Et file en demies. Elle est élue Woman of the Match avec une performance stratosphérique, jamais-vu pour une gardienne de cette compétition.
On pensait avoir déjà tout vu. On se trompait.
En demi-finale, face au Maroc, pays hôte porté par tout un stade, Bihina livre une prestation inouïe. Lors des prolongations, à la 117e minute, la VAR octroie un penalty au Maroc. Ce n’est rien pour la distraite. Mieux, elle le repousse. Et la séance de tirs au but qui suit ? Elle en arrête trois de plus. Quatre penalties stoppés sur une seule rencontre, entre le temps réglementaire et la loterie fatidique. Le Cameroun l’emporte 3-1 et file en finale. Deuxième récompense de meilleure joueuse du match pour la portière camerounaise. À elle seule, sa cage devient une citadelle imprenable.
Le « génie d’Onana » et l’ombre du grand Nkono en Michaely Bihina lors de cette CAN 2026
Il y a quelque chose de presque romanesque dans le parcours de Michaely Bihina. Adolescente, elle jouait attaquante dans les rues de Yaoundé, du côté d’Ekounou. C’est un entraîneur qui remarque sa taille, sa détente, son sens du placement, et qui décide de la reconvertir dans les buts. Six mois plus tard, elle reçoit sa première convocation en sélection jeunes. La suite, c’est un parcours classique. Elle change constamment de club: Social FC de Mbam, Canon de Yaoundé, puis Éclair de Sa’a. Et c’est là où elle croise la route d’un certain André Onana. Il deviendra son mentor et continuera de suivre sa progression bien après son envol vers l’Europe.
À 22 ans, la Camerounaise porte aujourd’hui les couleurs du Benfica Lisbonne, qu’elle a rejoint en février 2026. Elle est passée par Racing Power au Portugal — 14 clean sheets et un titre de meilleure gardienne du championnat lors de la saison 2023-2024. Avec les Aigles portugaises, elle a d’ailleurs déjà décroché le doublé Championnat-Coupe dès ses premiers mois sous ce nouveau maillot.
Trois clean sheets, une finale verrouillée, un sacre historique
Sur l’ensemble du tournoi, le bilan est vertigineux : trois clean sheets, deux titres de meilleure joueuse du match. Sa sélection n’aura concédé que deux buts sur l’intégralité de la compétition. En finale contre le Malawi, alors que les Lionnes menaient déjà 3-0 à la pause, elle a verrouillé la seconde période. La gardienne a étouffé dans l’œuf les rares assauts des sœurs Chawinga et de leurs coéquipières malawites.
On peut être convaincu que le jury a eu du mal à désigner la meilleure joueuse de cette CAN féminine 2026. Autant Michaely Bihina que sa coéquipière Monique Ngock méritait cette récompense. La gardienne camerounaise a semblé injouable dans les moments qui comptaient vraiment. Mais peu importe le trophée individuel finalement décerné : dans le cœur des Camerounais, Michaely Bihina restera à jamais la muraille qui a porté les Lionnes Indomptables vers leur tout premier sacre continental.
Le Cameroun peut célébrer son Araignée Noire.












