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Achille Emana : « Il y a trop de corruption dans le football camerounais »

Sofoot.com

Que ce soit sur le terrain ou en dehors, certains anciens Lions Indomptables ont toujours dénoncé l’ambiance qui entoure le football camerounais. Quand on se rend compte de toutes les surfacturations qui sont associées aux infrastructures de la prochaine CAN2019, on peut s’imaginer qu’en période de vaches maigres, les autorités doivent aller trouver cet argent ailleurs. Achille Emana, l’un des rares courageux, dénonce.

Le 4 janvier 2018
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Depuis son départ du Betis Séville en 2011, Achille Emana (35 ans) ne fait plus parler de lui. Pourtant, l’ancienne star du Toulouse FC joue toujours au football. Il a depuis quelques mois posé ses valises à Mumbai où il évolue en Indian Super League. La dernière étape de plusieurs années de voyage qui l’ont vu parcourir le monde pour jouer au Mexique, en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis, au Japon, ou dans les divisions inférieures du championnat espagnol. En toute logique, c’est entre deux avions que le milieu camerounais revient sur son parcours.

Après tant d’expériences à l’étranger, comment t’es-tu retrouvé à jouer pour Mumbai ?

Comme je me suis retrouvé à jouer dans quasiment tous les clubs où je suis passé : l’entraîneur me voulait vraiment et il m’a donné un coup de téléphone pour me le faire comprendre. J’ai vite réalisé que ça pouvait être une expérience enrichissante pour moi et de ce fait, j’ai voulu essayer. Tout s’est fait super rapidement.

L’Indian League, ce n’est pas un peu ennuyant ?

Ça va peut-être te surprendre, mais je prends beaucoup de plaisir. Je m’amuse et j’avais besoin de ça. Bien évidemment, ce n’est pas le niveau de la Liga ou du championnat de France, mais ici, il y a une vraie volonté d’améliorer et de développer le football.

« En Inde, ils ont fait signer pas mal d’anciennes stars. L’autre jour, je me suis retrouvé à jouer contre Robbie Keane. »

Que ce soit au niveau de l’organisation de la compétition, ou au sein du club, tout est fait pour nous tirer vers le haut. En plus, j’arrive avec un statut de joueur expérimenté donc ils me donnent pas mal de responsabilités et ça me plaît. Et puis ils ont fait signer pas mal d’anciennes stars. L’autre jour, je me suis retrouvé à jouer contre Robbie Keane. Je n’ai jamais évolué en Premier League et j’ai trouvé ça super de pouvoir côtoyer ce type de joueur à l’autre bout du monde. Ici, ils ne regardent pas l’âge, s’ils considèrent que tu es au niveau, tu joueras.

Comment se passe ta vie de tous les jours en Inde ?

C’est complètement différent de ce que j’ai pu expérimenter auparavant. Il faut être capable de s’adapter à beaucoup de choses. L’une des grandes différences, c’est que quasiment tous les joueurs vivent à l’hôtel.

« On est beaucoup à être confinés à l’hôtel toute la journée. Je dois avouer que je passe pas mal de temps à regarder des films sur mon téléphone. »

Mis à part quelques locaux qui ont une maison, on est tous au même endroit sept jours sur sept. Les voyages sont longs, donc on ne peut pas se permettre de perdre de temps. Et puis il y a un gros problème de pollution et de trafic ici. Rien que pour se rendre sur le terrain d’entraînement, ça peut être très pénible. Je vais te donner un exemple : il y a un supermarché pas loin de l’hôtel. Il est supposé être à peine à vingt minutes, mais si tu veux t’y rendre en bus, il te faut plus d’une heure. Du coup, on est beaucoup à être confiné à l’hôtel toute la journée. Je dois avouer que je passe pas mal de temps à regarder des films sur mon téléphone.

Beaucoup de gens qui suivent le foot t’ont perdu de vue en 2011 quand tu as quitté le Betis pour l’Arabie saoudite. À ce moment-là, tu n’as que 29 ans. Pourquoi ce choix ?

Je ne le souhaitais pas. Le Betis non plus d’ailleurs. Rien n’était prévu. Je suis revenu après les vacances d’été et le club m’a fait comprendre qu’il y avait des problèmes financiers. De ce fait, ils devaient vendre beaucoup de joueurs. Je me suis donc retrouvé à jouer en Arabie saoudite.

Puis Dubaï...

Oui. Ça n’a pas vraiment été un endroit que j’ai aimé en matière de football. Les gens vivent la nuit là-bas, j’avais l’impression que le football n’intéressait absolument personne. T’arrives dans les stades, et les tribunes sont vides, c’est très étrange. Je ne m’attendais pas à ça, car j’arrivais d’Arabie saoudite où, contrairement à ce que l’on peut imaginer, les gens sont passionnés par le football et les stades sont toujours pleins.

Malgré tout, tu as continué à voyager...

Oui. (Il rigole.) C’est marrant parce que maintenant, quand je regarde mon passeport, il y a plein de visas partout. Mais honnêtement, je ne le regrette absolument pas, j’assume mes choix. Dans la vie, il faut parfois apprendre à souffrir et prendre des décisions difficiles si tu veux continuer à faire ce que tu aimes. J’ai acquis de l’expérience, pas seulement sur le terrain, mais aussi en dehors. Puis j’ai expérimenté différents types de football partout dans le monde. En fin de compte, c’est très positif.

Qu’est-ce que tu retiens de ces voyages ?

Qu’il faut être capable de s’adapter partout, ce qui n’est pas évident. Aujourd’hui en Inde par exemple, j’ai cinq heures de décalage horaire avec ma famille qui est en Espagne. Il faut donc être organisé pour arriver à avoir des nouvelles. Quasiment chaque semaine, j’apprends quelque chose de nouveau. Je pensais avoir déjà vu beaucoup de choses en arrivant ici. Mais ce qui me marque depuis mon arrivée à Mumbai, c’est que le pays est tellement grand qu’on prépare les matchs totalement différemment. À chaque fois qu’on se déplace, on part trois jours à l’avance pour pouvoir s’adapter au climat, au temps. Partir trois jours pour un déplacement en championnat, c’est quelque chose que je n’avais jamais fait.

Parmi toutes ces expériences à l’étranger, laquelle as-tu préférée et pourquoi ?

Sans hésiter le Mexique (Cruz Azul et Atlante entre 2013 et 2015, ndlr). On parlait de passion tout à l’heure. Là-bas, le foot est une religion et l’ambiance est exceptionnelle dans tous les stades où tu vas. Je me suis senti revivre. Je sortais de deux années difficiles en Arabie saoudite et à Dubaï. Pouvoir rejouer dans un championnat compétitif, avec autant de passion, c’était le top.

Tu as aussi signé au Japon, au Tokushima Vortis, mais tu n’as pas disputé une seule minute là-bas. Que s’est-il passé ?

Je suis resté six mois là-bas et malheureusement, c’est vrai, je n’ai pas joué.

« Au Japon, j’ai fini par comprendre que le club m’utilisait pour faire du marketing. J’allais aux entraînements, on me demandait d’aller faire des photos, puis c’est à peu près tout. »

Je suis arrivé trois semaines après la fin de saison en D2 espagnole. Physiquement, j’étais affûté. J’ai commencé à m’entraîner avec l’équipe, mais à chaque fois que l’heure du match arrivait, le coach ne me convoquait pas. J’ai attendu un peu, puis j’ai fini par demander des explications. On m’a dit que mon physique n’était pas suffisant. Pourtant, à ce moment-là, je peux t’assurer que j’étais plus que bien. J’ai fini par comprendre que le club m’utilisait pour faire du marketing. J’allais aux entraînements, on me demandait d’aller faire des photos, puis c’est à peu près tout. Finalement, j’ai pété un plomb, je leur ai demandé de déchirer mon contrat et je suis rentré chez moi.

Tu arrives à suivre les résultats de Toulouse ?

Difficilement. Quand je rentre chez moi en Espagne, oui sans problème. Mais ici en Inde, c’est quasiment impossible. Ils diffusent la Premier League et la Serie A, c’est tout. Heureusement, je suis le compte Instagram du club, donc j’arrive à avoir des nouvelles.

Ta période toulousaine coïncide-t-elle avec les meilleures années de ta vie ?

De loin. Je dois tout à ce club. Ils m’ont donné énormément. Quand je suis arrivé à Toulouse, on était en National. Et quand j’ai quitté le club, on venait de jouer la Ligue des champions.

« Quand je suis arrivé à Toulouse, on était en National. Et quand j’ai quitté le club, on venait de jouer la Ligue des champions. »

Ça a été une aventure humaine que je ne pourrai jamais oublier. Le président Sadran nous couvait comme si on était ses enfants. On a vécu des trucs de fou, mais mon plus grand souvenir, ça restera pour toujours la montée en Ligue 1. À l’époque, personne ne nous attendait, la fête avait été grande. Je revois le président en larmes sur le terrain et dans les vestiaires. De vraies émotions.

Le Cameroun ne s’est pas qualifié pour la Coupe du monde. Entre les Lions indomptables et toi, c’est bien terminé ?

Définitivement. Je ferme les yeux sur cette sélection. Je ne veux plus en entendre parler.

« Il y a trop de corruption dans le football camerounais, trop de gens qui se prennent pour les rois et qui font du mal à notre sport. »

Je ne dirai pas que ça a été une perte de temps pour moi, mais en tout cas, une immense déception. Il y a trop de corruption dans le football camerounais, trop de gens qui se prennent pour les rois et qui font du mal à notre sport. Ça a toujours été un honneur d’être convoqué. Mais bon, il faut que les dirigeants comprennent que quand tu viens jouer, tu laisses ton club pour plusieurs jours. Tu as le voyage à penser. Tu arrives au pays et tu te rends compte que tu dois dormir à l’aéroport. C’est vraiment n’importe quoi. Certaines personnes voient la sélection comme leur patrimoine personnel et ce n’est pas acceptable. Je souhaite continuer à vivre ma vie loin de tout ça.

Propos recueillis par Charles Thiallier


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Vos commentaires

  • Le 6 janvier à 15:26, par Johnny En réponse à : Achille Emana : « Il y a trop de corruption dans le football camerounais »

    D’accord avec toi Pulpite. Mais il faut aussi admettre que bon nombre de supporters ne peuvent ou ne veulent pas comprendre la défection d’un joueur appelé en sélection. Du coup nous mêmes nous devrions faire une auto évaluation de ce que nous désirons vraiment : que les joueurs viennent contre vents et marées ? ou qu’ils refusent de venir jouer tant que les conditions d’encadrement (sportif, administratif, financier, psychologique, etc.) ne sont pas réunies ???

    Pour ma part, depuis très longtemps je suis d’avis qu’il vaudrait mieux qu’un joueur qui n’est pas motivé quelles qu’en soient les raisons n’accepte pas une convocation, que de venir offrir une piètre performance et essayer de se justifier après par ce nous savons déjà (problèmes de billets d’avion, de primes, de chambres d’hôtels, de terrain d’entrainement, etc...).

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  • Le 5 janvier à 14:31, par Monkey D. Cabi En réponse à : Achille Emana : « Il y a trop de corruption dans le football camerounais »

    Pour ceux qui me suivent ici, j’avais dit il y’a quelques temps qu’il ne faut pas en vouloir a ceux qui refuse de venir en équipe national mais plutôt a chercher a comprendre pourquoi les camerounais refusent de jouer pour le Cameroun, par la suite j’avais dressé une liste de joueur ne voulant pas jouer pour le Cameroun malgré tout le talent qu’il y’a au Cameroun
    Et je peux vous assurer les déclarations d’Achille ne sont qu’une partie de la vrai histoire et s’il se décidait de tout raconter, il y’aurai de grave conséquence, impliquant certain joueurs
    je pense que le football camerounais doit être refondé depuis la racine et pas seulement le foot, mais le sport camerounais

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  • Le 5 janvier à 01:19, par camerondiazz En réponse à : Achille Emana : « Il y a trop de corruption dans le football camerounais »

    Merci pour ton franc-parler Emanatu avais les couilles que beaucoup n’avait pas.!
    C’est toujours ce que j’ai dit, ses dirigeants pense que l’équipe nationale appartient à leur mère.
    Même la nouvelle normalisation je ne leur fais même plus confiance, ils veulent tout simplement avoir leur part de gâteau aussi.
    J’ai encore un peu d’amertume envers ces jeunes joueurs qui ont refusé catégoriquement de venir !
    Mais hélas ils ont tout à fait raison.

    République bananière , qu’ils aillent tous au diable !

    • Le 5 janvier à 03:08, par jean mark En réponse à : Achille Emana : « Il y a trop de corruption dans le football camerounais »

      Laissez tombé @Camerondiazz vous êtes ces mêmes personnes qui passent le temps à tirer et insulté les joueurs quand ils décline la sélection je suis surpris de voir qu’ aujourd’hui tu soutient la déclaration d Emana

    • Le 5 janvier à 11:02, par camerondiazz En réponse à : Achille Emana : « Il y a trop de corruption dans le football camerounais »

      @ Jean Marc mon ami, je pense que tu as raté un épisode, si tu suis mes commentaires , la moindre des choses c’est de le suivre correctement au moins !!!
      C’était au début de la can que j’en voulais vraiment assez joueur qui décliné la sélection et et même bien avant ! quand j’ai su tout ce qui se passait à l’intérieur de l’équipe qui pour moi est encore plus grave que ce que je pensais, j’ai quasiment arrêter de les en vouloir mais plutôt chercher à comprendre pourquoi il refuse ?!
      Tu n’as pas totalement tort dans ce que tu dis mais ton intervention est en retard de presque 1 ans.

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  • Le 5 janvier à 10:03, par pulpite En réponse à : Achille Emana : « Il y a trop de corruption dans le football camerounais »

    Emana achille ça fait longtemps je suis content de voir que tu vas bien.tout ce que tu nous dit concernant notre équipe national ne surprend plus personne car avant ta première sélection dans cette équipe tout ça existait déjà. Moi ce qui me dérange dans tout cela c’est que quand vous sentez bon ( les joueurs) vous gardez le silence.mais quand ces mafieux vous l’a fon à l’envers vous déballez tout.

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