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Onana Eloundou : les trois vies de Panka

Mutations

C’est un homme à la mine grisonnante et aux cheveux poivres, arborant un survêtement bleu de l’association Cœur d’Afrique de Roger Milla qu’on aperçoit le 11 février dernier à la place Charles Atangana Ntsama, attendant de conduire les jeunes au défilé. Des archives écrites et audiovisuelles ainsi que des anecdotes rapportent que cet homme, « Panka », est un mythe conçu à la faveur de la coupe du monde 1982 à laquelle le Cameroun prend part pour la première fois.

Le 1er mai 2007
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Après deux stages réservés aux anciennes gloires, Onana Eloundou est devenu entraîneur de football premier degré et éducateur de football de troisième niveau. Ce qui lui a permis de créer une école de football dénommé Mixtout. Centre de formation des jeunes de 8 à 16 ans ayant pour site d’entraînement le stade du Lycée de la Cité verte à Yaoundé.

Après moult déboires, Onana Eloundou a « donné » sa vie et ses biens à Dieu. Il est diacre de l’Eglise pentecôtiste chrétienne, assemblée d’Oyom-Abang. « Je suis le Lion de la tribu de Juda, car j’ai tout fait, j’ai essayé de mettre la main partout. Seul, Dieu a réalisé mes rêves », confie celui qui a offert un terrain à son Eglise pour la construction de la chapelle. Laquelle chapelle est voisine de son domicile, une maison modeste mais bien équipée, avec des murs ornés par des photos rappelant l’âge d’or du valeureux Lion Indomptable après la première victoire du Cameroun à la coupe d’Afrique des nations de football, Abidjan en 1984 : une, courbée, serrant la main du chef de l’Etat, une autre où il porte le trophée, une autre encore avec toute l’équipe autour du chef de l’Etat. Ces photos sont, avec celles du Canon de Yaoundé, les seuls objets de décoration d’une maison modeste et bien aérée. Une raison de plus pour ressasser les vieux souvenirs.

Quatre anciens du Mondial 82 en Espagne
De G à D : le gardien Simon Tchombang (Dynamo), le libéro Panka Onana Eloundou (Fédéral Foumban), le défenseur Edmond Enoka (Union Dla) et le stoppeur Réné Brice Ndjeya (Union Dla).

Espagne 82

Le mythe Onana Eloundou naît dans le cadre de la coupe du monde 1982. Phase finale qui se dispute en Espagne. L’opinion retient toujours les anecdotes autour de ce défenseur venu de Foumban, une autre ville que Yaoundé ou Douala, où étaient recrutés les meilleurs joueurs locaux. L’histoire est d’autant plus intéressante lorsqu’on évoque cette passe d’arme entre ce défenseur, « seul joueur venu de brousse », et le « Général » François Ndoumbe Léa, défenseur incontesté des Lions Indomptables et de l’Union sportive de Douala, plusieurs fois champion d’Afrique des clubs. Ses tacles, sa vélocité, sa détente athlétique et son jeu de tête imparable prennent le dessus sur le « Général » lors du premier match du Cameroun à la coupe d’Afrique des nations disputée en Libye. « François Ndoumbe Léa a eu des problèmes d’adaptation avec le terrain synthétique de la Libye et je le remplace vers la fin. Dès ce jour, je suis devenu titulaire à l’équipe nationale ». Le Cameroun aligne trois matches nuls et est éliminé de la compétition.

Après avoir convaincu le Yougoslave Zutick Branco, le sociétaire de Fédéral de Foumban est appelé par le Français Jean Vincent pour l’expédition espagnole où se reproduira le même scénario : trois matches nuls et une élimination au premier tour. Elie Onana Eloundou est titulaire. Mais, non sans obstacles : « Deux jours avant le premier match contre le Pérou, l’entraîneur communique la composition de l’équipe. Mes coéquipiers ne sont pas surpris. Mais, les membres de la délégation qui ne m’avaient pas vu jouer et savaient que François Ndoumbe Léa est le meilleur à ce poste ont commencé à exercer des pressions sur l’entraîneur afin qu’il classe mon concurrent », révèle-t-il aujourd’hui. Il ajoute que « certains joueurs s’en sont même mêlés. Or, l’entraîneur avait une mission : ne pas faire comme le Zaïre en 1974. Et j’étais le seul qui répondait à ce profil », laisse-t-il entendre. Toutefois, il reconnaît que son concurrent était techniquement à point.

Le premier match permet à Elie Onana Eloundou de convaincre les sceptiques. Le Cameroun fait un nul vierge. Le but de Roger Milla est refusé, pour un « hors jeu discutable ». Le Cameroun sort au premier tour sans plier l’échine. Au retour au pays natal, les Lions Indomptables sont accueillis en héros. Une prime de 500.000 Fcfa à chaque joueur. La nation reconnaissante à travers une réception qu’Ahmadou Ahidjo offre au Palais présidentiel, encore situé à l’actuel Musée national. A Foumban, l’hommage est grandissime : « c’était du jamais vu dans cette ville », raconte-t-il avec vigueur. C’est la montée au Paradis.

Consécration

Le capitaine de Fédéral de Foumban, déjà très grand de taille rentre dans la cour des grands. Il est intronisé notable à la cour du roi des Bamoun et baptisé Panka. Ce nom qui lui est resté collé à la peau. Mais, le plaisir d’un tel titre honorifique ne durera que le temps d’une rose. Panka, 31 ans, est sollicité par le Canon sportif de Yaoundé, pour aller renforcer une défense qui clochait. En réalité, révèle Panka, « c’était pour une raison politique, car le Canon était engagé en coupe d’Afrique des clubs champions et une victoire finale lui permettrait de conserver le trophée et de mettre un nouveau trophée en compétition baptisé du nom du président Ahmadou Ahidjo ».

De droite à gauche : Onana Eloundou, Milla, Bassoua, Nguéa, Mayebi.

Panka accepte alors de déposer ses valises à Nkolndongo (fief du Canon), valises pleines des promesses des dirigeants du Kpa-Kum telles que l’argent, le loyer et du matériel pour la construction d’une maison. A Foumban, les Bamoun crient à la (haute) trahison, passible de mort. Des malédictions sont proférées au passage. Rien n’y fait. Panka rêve d’un titre, national ou international. Le 7 août 1983, Panka remporte son premier titre : une finale de coupe du Cameroun épique devant l’Union de Douala, qui menait pourtant par deux buts à zéro. Le score final est de 3-2. L’histoire rapporte que c’est ce même jour qu’il y eut la première tentative de déstabilisation du pouvoir de Biya.

En 1984, Panka, 33 ans déjà, passe une année faste. Mais, en arrière plan. Il remporte avec le Cameroun la 14è Can à Abidjan en Côte-d’Ivoire. Le « Général » François Ndoumbe Léa est titulaire. La même année, les Lions prennent part, pour la première fois, à une phase finale des Jeux olympiques à Los Angeles aux Etats-Unis. Panka est de l’expédition. En 1985, Panka est champion du Cameroun. Mais, les signaux d’une descente aux enfers commencent clignoter. « Les dirigeants n’avaient pas tenu leurs promesses jusqu’ici alors que j’avais tout abandonné à Foumban. Nous commencions alors à ne plus nous entendre », explique Panka. Il n’est plus titulaire dans son club. Naturellement, les articulations grincent et Claude Le Roy l’ignore royalement. 1984 est donc sa dernière apparition au sein des Lions Indomptables. Dans l’optique de tirer la couverture de leur côté, les dirigeants du Canon ont commencé à l’accuser de plusieurs maux. « Ils ont dit que j’avais emmené la poisse dans le club », se souvient-il.

Enfer

Et pourtant il dit avoir toujours été contre certaines pratiques magiques ayant cours dans le club. « L’Etat major se retrouvait et venait nous rendre compte plus tard. On utilisait régulièrement l’eau bénite. Mais, une nuit, vers 2h, on m’a fait sortir et demandé de rentrer chez moi parce que j’avais refusé de me soumettre à certaines pratiques », révèle-t-il aujourd’hui, avec beaucoup de mépris. Il était question que les joueurs du Canon traversent la robe d’une dame avant d’aller se laver avec les gris-gris qu’elle avait préparés. Il lui avait alors été reproché de fatiguer ses coéquipiers. Las de vivre d’espoir d’un revirement de la situation, Panka quitte le Canon en 1987 pour rejoindre Santos de Yaoundé.

Coïncidence des coïncidences, le dernier club de Onana Eloundou est Santos de Yaoundé de Maître Eloundou. Son premier club est Santos d’Okola, dirigé par Alphonse Eloundou Ateba, ancien sous-préfet de Bélabo et actuel maire d’Okola. C’est effectivement dans cette ville d’Okola, dans le département de la Lékié, à quelques kilomètres de Yaoundé (ancienne route de Douala) que commence l’histoire épique, parfois épicée de l’enfant de Lendom II.
C’est à l’école primaire que, gardien de but au départ, il est surnommé « Marteau de fer », pour avoir sauvé son club en allant égaliser et assurer plus tard la défense, qu’il ne quittera plus. Santos d’Okola, qui évolue en ligue l’enrôle en 1967. Le club accède en deuxième division nationale en 1969. En 1971, Tonnerre Kalara club (Tkc) de Yaoundé, descendu en deuxième division, croise Santos. « Marteau de fer » tape dans l’œil des dirigeants de Mvog-Ada, qui seront très vite découragés par les autorités de la ville. « Le sous-préfet de l’époque, Martin Djinga Tchouankeu avait menacé ma famille de la mettre en prison si je partais au Tkc. Raison pour laquelle je désiste », se rappelle-t-il.

Rester à Okola n’était malheureusement une bonne solution, puisque, à la suite d’une émeute après un match ayant opposé Santos d’Okola à Diamant de Yaoundé en juillet 1973, « Marteau de fer », capitaine de son club, doit être arrêté pour trouble à l’ordre public. Il est interné à la prison centrale de Yaoundé-Kondengui. Le Lieutenant Gabriel Zoa en est le régisseur. Le 10 août, il est libéré. Le club ayant disparu à la suite des émeutes, Onana Eloundou est sollicité par Bafia Club, qui vient d’accéder en première division. Le club du Mbam réalise un exploit en remportant le Challenge Bastos, pour avoir aligné cinq victoires consécutives. Parmi ses victimes, hasard du calendrier, tous les quatre clubs de Yaoundé. Notamment Canon, Tonnerre, Dragon et Lion.
Le club du département riche en tabac, ignames, cacao et maïs et de grands footballeurs tels que Thomas Nkono, doit descendre en deuxième division en 1977. Onana Eloundou est encore jeune et talentueux (26 ans). C’est ainsi qu’il dépose ses valises, cette fois-ci, à Foumban. Comme dans ses précédents clubs, il se fait remarquer positivement et arbore le brassard de capitaine, jusqu’au jour de la déchirure en 1982.

« Panka » Onana Eloundou, le libéro du mondial 82

Le prisonnier

Instituteur devenu Panka à la faveur de ses exploits à la coupe du monde 82, Onana Eloundou Elie est marqué par une fessée que lui administre une gardienne de prison lors de son court séjour en 1973 à Kondengui. Il décide alors de devenir gardien de prison. Pour se venger ? Parallèlement à sa carrière, Onana Eloundou présente le concours de l’Ecole nationale d’administration pénitentiaire (Enap) de Buea en 1979 pour le grade de gardiens chefs de prison (Niveau Bepc). Sa formation de trois mois ne l’empêchera pas de continuer à jouer avec son club. A sa sortie, il sera dispensé de l’exercice de sa fonction, au regard de sa position privilégiée dans la ville.

En 1988, Panka raccroche définitivement les godasses. Il doit donc exercer sa profession. Il est affecté à l’Enap de Buea comme instructeur. En 1994, il est appelé au ministère, puis affecté à la prison centrale de Yaoundé, où il a été lui-même prisonnier en 1973. La rumeur court : Onana Eloundou est en prison. « Je n’ai pas fait la prison en ce moment là. Plutôt, j’ai eu un problème avec un ancien détenu, qui m’avait accusé d’avoir été monté pour l’assommer », s’explique-t-il. Une citation directe est servie à Panka. Mais, il comparaît libre et est acquitté. En 2001, il prend sa retraite et sa deuxième vie s’achève.

Les Bamoun lui avaient promis la mort, Panka y voit le signe du mauvais sort lorsqu’il tombe gravement malade vers 2001. Le sous-officier formé à Koutaba en 1986 ne veut pas encore jeter l’arme à gauche. On le donne même pour mort. Il dit avoir fait appel à la Fédération camerounaise de football pour une aide, en sa qualité d’ancien lion indomptable. En vain. Faute de moyens financiers, il fait recours à la médecine traditionnelle, qui le sauve. Panka découvre alors Dieu, sa troisième vie.

Justin Blaise Akono

Repères

- Nom : Onana Eloundou
- Prénom : Elie
- Surnom : Panka
- Date et Lieu de naissance : 13 octobre 1951 à Lendom II Okola
- Taille : 1,83 m
- Poids : 73 kg
- Poste : Libéro
- Dossard : 5
- Début : Santos d’Okola 1967
- Fin : Santos de Yaoundé 1988
- Profession : gardien chef de prison en retraite
- Palmarès avec les Lions Indomptables :

  • deux CAN jouées dont une gagnée (84)
  • une coupe du monde (82)
  • Jeux Olympiques (Los Angeles 84)

- Situation familiale : marié et père de six enfants


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Vos commentaires

  • Le 20 juillet 2017 à 19:03, par ELECTSPORT En réponse à : Onana Eloundou : les trois vies de Panka

    ENOKA EDMUND. a pillar that was never recognized by his people. He was a talented player for Dynamo a gwe raison. When football used to be football in Cameroon. Brise, Tchotcho, Panka. Good to see they are fine and doing well. They served us with a spectacle that the world never was exposed to. The Cameroonian way of playing football.

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  • Le 22 mai 2009 à 20:51, par Mounchili En réponse à : Onana Eloundou : les trois vies de Panka

    C’est malheureux que l’homme qui donna tout pour son pays et particulierement pour le Canon de Yaounde n’ait jamais eu la recompense meritee / promise. En fin de compte les Bamoun semblent etre les seuls qui lui avaient tout donne et qui etaient preparaient a donner plus. Peut etre pas a la hauteur de la promesse de canon, mais la veneration de cette star local dans le Noun ne faisait aucun doute. L’arrivee de Onana Eloundou a Koutaba apres la coupe du monde 1982 n’est comparable a rien dans le Noun. Meme les chefs d’etat du Cameroun ou d’etranger qui ont visite cette region du Cameroun n’ont jamais eu un si grand accueil ou le protocol motorise l’a accompagne de l’aeroport de Koutaba jusqu’au palais du Roi des Bamoun. Au dela de son titre honorifique traditionnel, Onana aurait n’importe quoi sur simple insinuation ; et ca il le sait bien. C’est regrettable qu’il ait opte pour la brillance du « plaquet or » qu’offrait le Canon. Be CAREFUL, ALL THAT GLITTER ISN’T GOLD AND LIFE ISN’T ALL ABOUT MATERIAL. Mais ou qu’il soit et quelque soit ce dans quoi il serait implique, je suis des Bamoun qui lui souhaitons Bonne reussite et merveilleuse sante, et surtout MERCI pour ses services dans Federal de Foumban qui ont permis de rever que tout bon joueur, meme de « campagne » comme ca se disait pouvait se permettre de rever a l’equipe nationale.

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  • Le 2 mai 2007 à 08:31, par Damba En réponse à : Onana Eloundou : les trois vies de Panka

    Quel plaisir de revoir cette génération de combattants. Tchotcho, le grand Brice, Panka, Le Général et tous les autres.

    Il faut vraiment tout faire pour assurer la reconversion des honorables combattants qui servent sous les couleurs nationales et plus généralement améliorer les conditions de vie de l’ensemble des citoyens. C’est quand même honteux de voir ce que deviennent certains de nos anciennes gloires. J’espère qu’un jour, on sera moins égoïste dans ce pays et plus porté vers l’intérêt général et la répartition équitable des ressources.

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