Gérémi Njitap veut la présidence du Synafoc

Geremi Sorele Fotso Njitap portait les espoirs du président David Mayebi, qui n’avait caché à personne sa volonté de voir l’ancien joueur du Real Madrid ou de Chelsea lui succéder à la présidence du Synafoc. Voilà quelques années déjà que le natif de Yoko apprenait le métier dans l’ombre de son mentor. Alors que le processus électoral suit son cours, le Lion indomptable aux 117 sélections se dit prêt et décidé à relever le défi, fort de confiance que David Mayebi avait placée en lui.

Le 5 septembre 2016
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Il s’engagera en respectant la mémoire du président défunt et en suivant la route qu’il a tracée pour la défense des droits et des intérêts des footballeurs au Cameroun…

Un peu plus de trois mois après le décès du président David Mayebi, qui incarnait à lui seul le Synafoc, comment se porte le syndicat des footballeurs professionnels du Cameroun ?

David, avec sa faconde, son énergie, sa capacité à dialoguer avec tous, était, il est vrai, omniprésent et portait le Synafoc sur ses larges épaules, acceptant également de prendre des coups pour protéger son équipe. Mais, ce que les gens ont peut-être oublié ou ne savent pas, c’est que le président Mayebi ne travaillait pas seul. Il avait bâti une équipe pour répondre, au quotidien, aux besoins et aux attentes des footballeurs évoluant dans notre pays. Cette équipe forte d’une vingtaine de salariés, qui a dû digérer la disparition de son mentor – ce qui n’a pas été facile, je le reconnais… Et je sais de quoi je parle ! -, s’est remise au travail avec le même sérieux et le même professionnalisme. C’est ce que David aurait voulu. C’est ce que nous devons, tous, à sa mémoire. C’est, aussi, ce qu’attendaient les joueurs, qu’il n’était pas question d’abandonner à eux-mêmes.

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Le temps du recueillement au Congrès de la Division Afrique de la FIFPro, en mai dernier à Kinshasa. Toutes les associations et syndicats africains ont tenu à affirmer leur soutien à Geremi, comme l’a fait la Division Afrique et la FIFPro.

Il semble pourtant que l’on s’agite en coulisses…

(Amusé…) Comme c’est souvent le cas, chez nous. (Il fronce les sourcils !) Certains n’hésitent pas à manquer du respect le plus élémentaire à la mémoire du grand joueur, du grand président, du grand homme que fut David. Ils s’affairent, ils parlent. Ils n’ont rien compris. Ils se donnent en spectacle en faisant beaucoup de bruit pour rien. Ils se trompent de combat en rêvant d’un héritage doré. Le seul héritage que nous a légué David n’est pas en argent sonnant et trébuchant, mais dans sa capacité à se battre, jour après jour, pour les footballeurs professionnels de notre pays. Pour moi, et pour tous ceux qui veulent reprendre le combat de David, cet héritage n’a pas de prix et nous ne laisserons personne – je dis bien personne ! – nous empêcher de suivre la route tracée par le président Mayebi pour de sombres histoires de pouvoir ou de fantasmagoriques espoirs de partages de l’argent du Synafoc, qui n’appartient à personne, si ce n’est aux joueurs.

David Mayebi avait fait de vous son successeur…

(Il coupe.) Et c’était un immense honneur pour moi ! Ce défi - parce que c’en est un ! -, je suis prêt et bien décidé à le relever avec tous ceux qui souhaitent reprendre l’idéal de David. Et nous n’avons ni le temps ni le cœur de nous lancer dans de stériles querelles. Comme je l’ai dit de l’argent du Synafoc, le temps ne nous appartient pas : nous nous devons de nous consacrer pleinement à la défense des droits et des intérêts des footballeurs, nous ne devons pas laisser les dirigeants reprendre l’espace que, sous la conduite de David, nous avons conquis. Tout le reste n’a strictement aucun intérêt, et les choses vont rapidement rentrer dans l’ordre, face à la réalité, face à notre farouche volonté, face à l’action. La raison va l’emporter ! Et s’il faut se montrer ferme, s’il faut trancher dans le vif pour remettre les choses en place et le Synafoc dans le sens de la marche et de l’histoire, je m’y engagerai avec la même détermination qui m’animait sur le terrain… Je ne lâcherai rien !

Mais vous n’êtes toujours pas élu à la présidence !

Je suis, aujourd’hui, le premier vice-président. Nous avons des statuts et un processus électoral à respecter, même si certains semblent l’avoir oublié. Selon les vœux du président Mayebi, et parce que j’ai décidé de m’engager voilà plusieurs années maintenant, je suis candidat à la présidence. Tout le monde le sait ou devra l’apprendre à ses dépens. Parce que j’ai été joueur, parce que la victoire fait partie de mon ADN, je ne doute pas du résultat des élections. N’y voyez pas un excès de confiance ou une quelconque suffisance, juste l’expression de ma forte détermination. Ces dernières années, à côté de David, je me suis préparé à prendre la succession d’un homme, qui m’a fait confiance, qui m’a beaucoup appris, et qui comptait sur moi. Je ne vais pas le décevoir, ce n’est pas dans ma nature. Je regrette simplement qu’il n’ait pas pu m’apporter plus encore, mais je finirai ma formation sur le terrain, avec les élus et les salariés du Synafoc, avec les footballeurs professionnels de notre pays, avec toutes les bonnes volontés… Avec la FIFPro, aussi, qui me soutient, et m’a ouvert qui plus est les portes d’une formation de haut niveau, le MIP de l’UEFA… Avec les Lions indomptables, enfin, qui sont avec moi, derrière moi. Cet élan, s’il n’est pas unanime – comment pourrait-il l’être au demeurant ? -, m’encourage, me prouve que j’ai fait le bon choix en m’engageant, et renvoie au rang de quantité négligeable les quelques affairistes professionnels, qui se fatiguent à intriguer sans toutefois réussir à m’atteindre ou à entamer la volonté qui est la mienne. Ils la renforcent au contraire : je ne peux pas imaginer l’avenir du Synafoc et des footballeurs de notre pays entre leurs mains. David ne l’aurait pas permis, je ne le permettrai pas !

Vos détracteurs mettent pourtant en avant votre manque de motivation…

Que voulez-vous que je réponde à cela ? Ça me ferait rire, si cela n’était pas triste à pleurer compte tenu des circonstances. Ces propos – et vous vous doutez bien que je sais qui osent les tenir ! - sont animés par des viles intentions, par la volonté affichée de nuire à mon image, à mon intégrité et à la force de mon engagement. A l’époque où je jouais avec les Lions, je m’étais déjà rapproché de David Mayebi, conscient de l’importance de son combat pour l’ensemble du football camerounais. Bien avant d’être élu vice-président du Synafoc, bien avant qu’il me confie la lourde charge de lui succéder un jour, nous étions déjà très proches lui et moi. Nous échangions régulièrement. Ceux qui me connaissent vraiment savent que je ne fais jamais les choses à moitié. Ma réputation est faite, ma carrière plaide pour moi. Si j’ai décidé de me lancer corps et âme dans cette aventure, c’est parce que je crois au Synafoc, que je connais les enjeux, tout comme les difficultés des footballeurs dans notre pays. Le Synafoc n’est pas la danseuse d’un ancien joueur, c’est un combat quotidien que je me dois de mener et de remporter, ne serait-ce, par delà même la mémoire de David, que pour rendre au football ce qu’il m’a apporté. Pour ce faire, j’ai décidé de servir les joueurs et je défie quiconque de pouvoir mettre en doute la force et la sincérité de mon engagement !

Les mêmes personnes mettent en avant votre présence à géométrie variable…

Moi, je dis qu’ils ont dernièrement organisé des réunions en mon absence, alors que tout le monde connaissait mon agenda, pour justement mettre en avant mon manque de participation. On se croirait dans une cour d’école ! Soyons sérieux ! Présent, je le suis, j’ai simplement droit à prendre des vacances en famille, non ? Maintenant, je n’ai jamais raté la moindre réunion à la Fécafoot depuis que j’y suis élu avec le mandat du Synafoc. Et lorsque je suis absent, notamment pour les cours du MIP, ou pour répondre aux invitations de la FIFPro ou de sa Division Afrique, toujours avec le mandat du Synafoc, je reste – comme l’était David Mayebi - en contact permanent avec Jonas Ndegwa, le DAG du syndicat, et avec l’ensemble des salariés. Ils m’informent, me demandent mon avis, et je joue, même à distance, le rôle qui est le mien. Je suis, n’en déplaise à certains, au courant de tout. J’ai bien dit de… tout !

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Quand il est loin du Cameroun, Geremi ne perd pas son temps, se perfectionnant via le MIP de l’UEFA, ou participant, comme ici, au Comité directeur de l’UNFP, dont les coprésidents, Sylvain Kastendeuch et Philippe Piat, soutiennent l’action de l’ancien Lion. Et doublement pour Philippe Piat, en sa qualité de président de la FIFPro !

Lorsque vous serez élu, quel sera votre programme ?

Permettez moi d’en réserver la primeur aux électeurs, aux élus et aux salariés du Synafoc. Il est évident toutefois que, si je m’inspirerais fortement des méthodes et du savoir-faire que David m’a légués, ces dernières années, j’apporterai ma touche personnelle. David et moi, nous n’étions pas de la même génération. S’il fut, lui aussi, un grand joueur, un international, mon vécu sportif est différent, et j’ai beaucoup appris en Espagne et en Angleterre en ma qualité de membre des syndicats des joueurs de ces deux grands pays de football. Mais si les méthodes changeront, inévitablement, la philosophie restera la même, et tous les footballeurs évoluant au Cameroun savent que je travaillerai avec l’ensemble des élus et des salariés du Synafoc à défendre leurs droits et leurs intérêts. Sans concession, mais avec passion ! »

Recueillis par Stéphane Saint-Raymond à Paris


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